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 HEORIE DES CATEGORIES 
 ,
THEORIE DES TOPOS 
 
Alain Badiou (1995-1996)
[Notes de Daniel Fischer]
1. Introduction 2
 
2. La querelle autour de l'axiome du choix 3
 
3. Le thème contemporain de la finitude 4
 
4. Construction catégorielle de l'axiome du choix 6
 
a)
 
 Différenciation logique de l'axiome du choix 8
 
4.1 8
 
NOTE ADDITIONNELLE SUR LA DIFFÉRENCE 9
 
b) 11
 
démonstration...............................................................................................................................12
 
4.2 12
 
4.3 13
 
5 Qu'est-ce que le classicisme en Théorie des Topos ? 15
 
Voyons pour commencer où nous en étions arrivés à la fin de l'année dernière. L'idée centralec'est que des contraintes formelles nouent entre eux ce que j'ai appelé les cinq conceptsfondamentaux de l'onto-logie : la décision, le vide, la négation, la différence et l'infini. Cescontraintes formelles sont exprimées dans des théorèmes qui constituent
l'armature logique
detoute
décision ontologique
.Ces théorèmes nous permettent de penser l'idée fondamentale suivante : la logiquerétroactivement instituée par une décision est le prix à payer pour une liberté. En ce sens, êtrevéritablement libre c'est en réalité être conséquent avec un principe. Dans mes termes : touteliberté est une fidélité (à un événement). C'est là le sens de la formule de Mallarmé : "le hasardvaincu mot par mot".Deux de ces théorèmes ont fait l'objet d'une démonstration. J'en redonne l'énoncé :
1. Tout Topos qui admet un opérateur de succession en position universelle admet unobjet intrinsèquement infini.
Autrement dit : un Topos qui admet le concept de l'infini comme récurrence ou itérationindéfinie (i.e. l'infini potentiel) admet aussi une détermination intrinsèque de l'infini (i.e. l'infiniactuel). Plus exactement : un Topos qui admet le premier type d'infini est contraint d'admettre lesecond. L'infini conçu comme itération indéfinie n'est par conséquent pas une limitation, car onne saurait penser, dans une sorte d'entre-deux prudent, un statut autonome de l'indéfini;ultimement, la décision ontologique consiste soit à admettre qu'il y a de l'infini soit à le refuser.
2. Si dans un Topos il y a unicité du vide et que la logique du Topos est classique, alorsle Topos est bien pointé.
Ce que nous avons en réalité démontré l'année dernière, c'est la réciproque de ce théorème, àsavoir que, dans un Topos bien pointé, il y a unicité du vide et que la logique à laquelle ceTopos obéit est nécessairement une logique classique (la démonstration de l'énoncé direct est,quant à elle, particulièrement aride).On peut formuler ce théorème de la façon suivante : s'il y a du Zéro (Zéro étant le nomgénérique du
vide
comme unique)
et 
que le Deux est central (par où s'exprime le caractèreclassique de la
négation
: force maximale de la disjonction p ou ~ p - principe du tiers exclu - etatténuation de la force créatrice de la négation - équivalence de p et de la double négation de p),
alors
il y a de l'Un dans la
différence
(différence extensionnelle où l'on conclut à la différenceentre deux ensembles par la monstration d'un élément qui entre dans la présentation de l'un et
 
non dans celle de l'autre)
.
On peut d'ailleurs se demander si toute décision ontologique dans la pensée n'est pas toujours un régime particulier de connexion entre Zéro, Un et Deux
...
Abordons donc le 3ème théorème, qui fait noeud de la
décision
et de la
négation
.
 
Théorème 3 : tout Topos qui admet l'axiome du choix est classique
(théorème deDiaconescu : 1975).
1.
 
I
NTRODUCTION
 
Il y a des théories de la décision qui supposent, pour toute décision, une réduction au fini deson espace d'exercice; autrement dit : tant que la situation est proprement infinie, la décision estconsidérée par ces théories comme impraticable ou arbitraire. Une fois la situation ramenée à safinitude, préalable nécessaire à toute décision rationnelle, elle pourra le cas échéant êtredéclarée "complexe" et même à un point tel que toute décision concrète s'y révèlera en réalitéimpossible - on aura reconnu là une thèse majeure du monde contemporain. Or, l'axiome duchoix énonce qu'on peut décider dans l'infini
1[1]
. D'où les controverses auxquelles il a donné lieuet qui sont loin d'être éteintes aujourd'hui. Notre théorème pourra par conséquent se formuler ainsi : si dans votre univers vousadmettez la décision infinie, alors la logique de cet univers est nécessairement classique : toutedécision y est sous la loi d'un Deux en disjonction effective (soumis au principe du tiers exclu);vous ne pouvez plus être dans le modal quant à la négation (le monde des situations"complexes" est un monde de la modalité), la position centriste est intenable.La décision ontologique établit donc, avec ce théorème, une connexion entre l'infini et leDeux, connexion qui, il faut le reconnaître, n'est pas immédiatement perceptible
2[2]
. Nous avons vu l'année dernière que
les logiques non classiques
, dans lesquelles il n'est pas vraique ~~p p, impliquent à la fois une atténuation de la force disjonctive de la négation et uneréelle force créatrice de celle-ci - partant elles impliquent une topologie qui n'est pas trivialecomme dans les logiques classiques, mais une authentique création d'espace,
une topologie desvoisinages
. Par conséquent, notre théorème s'exprime également de la façon suivante : si vousadmettez la décision infinie, alors votre univers, en tant qu'il est contraint au classicisme, n'est pas compatible avec un fonctionnement topologique.La logique hégélienne est un exemple typique de logique non classique.Comme vous le savez, toute différence est, pour Hegel, ce que le négatif qui est au coeur del'être fait surgir comme expression de lui-même. Mais la négation n'est pas seulement au coeur de l'être, elle doit d'une certaine manière y revenir : la négation va se projeter dans desdifférences concrètes, des figures, puis ces figures vont retourner, ou se réinjecter, dans leur origine de telle sorte que la négation va elle-même être niée. C'est le thème, fondamental chezHegel, de la négation de la négation comme moment de la vérité. Autrement dit : la vérité d'unechose, c'est son devenir, i.e. le travail en elle du négatif; mais pour faire vérité de ce devenir, ilfaut que le devenir rentre en lui-même comme conscience de soi, il faut donc qu'il y ait enquelque sorte un devenir du devenir, c'est-à-dire effectivement une négation de la négation. Leretour à l'immédiat de p, une fois que p a été deux fois nié, produit autre chose que p, mais aussile principe d'intelligibilité de l'immédiat lui-même : p peut alors être dit conscient de lui-même.La double négation est chez Hegel à la fois
création
(avènement d'une nouvelle figure) et
retour 
 (ce qui rend raison de son origine).Revenant à notre théorème, nous pouvons donc énoncer que
la possibilité de la décision infinieest incompatible avec la dialectique;
et réciproquement : si la double négation est créatrice,alors la décision infinie est impossible.
1[1]
Rappelons la définition de l'axiome du choix : étant donnée une collection infinie d'ensembles disjointsnon vides A1, A2, ..., Ai, l'axiome du choix pose qu'il existe toujours un ensemble composé en prenant unélément, et un seul, de chacun des ensembles initiaux.
2[2]
La connexion entre l'infini et le Deux de la différence des sexes a cependant été entrevue par Lacan,ainsi que nous l'avons vu l'année dernière.
 
On comprend que ceci a pu embarrasser les marxistes. Car la question est la suivante : où est lacapacité créatrice, par où le nouveau advient-il ? Est-ce au travers de la négativité elle-même (le"travail du négatif") ? On a alors affaire à la figure dialectique hégélienne (et en fait, pluslointainement, à Héraclite). Ou bien la création est-elle une figure d'extension à l'infini de ladécision, ce que j'ai appelé la décision infinie ? - ce qui suppose, pour que le nouveau puisseadvenir, que la décision comporte nécessairement (c'est l'axiome du choix qui nous l'apprend)une part de pari, implique que quelque chose soit gagé sans aucun calcul. Or, le théorème nousapprend qu'il y a incompatibilité entre ces deux figures. Soit vous êtes l'homme des trajetstopologiques et vous déclarerez que les choses suivent leur cours au travers du travail dunégatif, moyennant certains ajustements à imprimer à ce cours; vous serez alorsimmanquablement amené à prononcer, dans une situation que d'aucuns jugeraient "pré-révolutionnaire", que les paramètres ne sont pas (encore) réunis pour la qualifier comme telle etqu'il faut (encore) attendre. Soit, tenant de l'autre figure, vous poserez qu'une décision estnécessaire sans que l'on puisse être dans l'assurance d'une connaissance adéquate de la topologiedu système (car dans une situation infinie il y a toujours la possibilité qu'il y ait des paramètresincontrolés) et qu'au contraire, pour reprendre les termes de J.C. Milner, il est possible "qu'ungeste puisse créer les conditions qui, rétroactivement, le font juste et opportun" (J.C. Milner 
 Lesnoms indistincts
p. 16 note 3). Il y a là-dessus un texte extraordinaire de Lénine datant del'automne 1917 :
 La crise est mûre
. Il y expose, à l'intention des dirigeants du Comité Central, pour qui la force des bolchéviks c'est d'attendre, que les conditions pour déclencher l'insurrection sont désormais réunies : il se place de ce fait dans une logique hégéliano-marxiste.Mais il ajoute,
dans le même texte
, que de toute façon, et en quelque sorte indépendamment des propriétés cumulables liées à ces circonstances objectives,
il faut y aller 
: cette fois-ci il est dansla position où il assume l'axiome du choix (cf.
Théorie du sujet 
p. 187-188 et S. Lazarus : "La politique n'est historique que rétrospectivement, au simple titre qu'elle a eu lieu (...) La périodede la prise de pouvoir est décisive parce que c'est une période où la myopie historique de la politique est attestée, où ses intrications à l'histoire réelle sont les plus fortes et les plus grandes"(
 Lénine et le temps
 p. 23-24)).
2.
 
L
A QUERELLE AUTOUR DE L
'
AXIOME DU CHOIX
 
Supposons une collection infinie d'ensembles disjoints non vides A1, A2, ..., Ai. L'axiome duchoix pose qu'il existe alors toujours un ensemble composé en prenant un élément, et un seul, dechacun des ensembles disjoints. Cet ensemble, composé par conséquent de "représentants" desdifférents Ai de la collection initiale, est appelé l'ensemble-choix. Autrement dit : dans unesituation infinie, existe une représentation, elle-même infinie, selon l'Un (car chaque ensembleest représenté par un élément et un seul).L'axiome du choix est un axiome existentiel, il pose l'existence de l'ensemble-choix. On peutdire aussi que ce dont l'existence est affirmée c'est une fonction - la fonction de choix fc - qui, àchacun des ensembles A1, A2,... de la collection initiale, fait correspondre un de ses éléments :( fc) ( Ai) ( xi) xi Ai et fc(Ai) = xiLe point essentiel est que si la collection est infinie, la règle selon laquelle les choix s'opèrentn'est pas explicitement définie : "en ce sens, la fonction de choix est essentiellement illégale auregard de ce qui prescrit qu'un multiple puisse être déclaré existant" (EE p. 251); on
démontre
même que, si la suite des ensembles initiaux est infinie, l'ensemble-choix n'est pas définissable,i.e. qu'il n'est constructible par aucune formule explicite. On ne sait pas "qui" sont lesreprésentants, comment ils sont selectionnés dans l'ensemble auquel ils appartiennent, on saitseulement qu'il y en a un, mais c'est n'importe qui : "ce représentant n'a pas d'autre identité qued'avoir à représenter le multiple auquel il appartient. Illégale, la représentation par choix est toutaussi bien anonyme" (EE p. 253).L'axiome du choix est une décision sur les puissances de la décision, c'est une décision sur ladécision car on atteint ici un degré de non-constructibilité radicale. C'est précisément ce qui faitle fond de la querelle autour de l'axiome du choix, querelle qui est avant tout de nature philosophique, car les grands analystes français de la fin du siècle dernier en faisaient
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