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Le mouvement ouvrier anarchiste au Pérou (1890-1930) : essai de synthèse et d’analyse historiographique

Le mouvement ouvrier anarchiste au Pérou (1890-1930) : essai de synthèse et d’analyse historiographique

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Le mouvement ouvrier anarchiste au Pérou (1890-1930) : essai de synthèse et d’analyse historiographique
Le mouvement ouvrier anarchiste au Pérou (1890-1930) : essai de synthèse et d’analyse historiographique

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Le mouvement ouvrier anarchiste au Pérou (1890-1930).Essai de synthèse et d’analyse historiographique
1
Joël D
ELHOM
Publié dans :Joël Delhom, David Doillon
et al.
,
¡Viva la Social! Anarchistes et anarcho-syndicalistes en Amérique latine (1860-1930)
,Paris – Saint-Georges d’Oléron, Nada Éditions – Éd. Noir et Rouge – Les Éditions libertaires (col. América libertaria),2013, p. 219-247.
La « question sociale » a fait irruption au Pérou dans les deux dernières décennies du XIX
e
sièclecomme conséquence du développement industriel stimupar les investissements du capitalétranger. Les associations professionnelles et mutualistes de type pré-industriel qui s’étaientdéveloppées depuis la fin des années 1850 ont commencé à se consolider et à s’étendre à partir de1880, alors même que des idées à caractère socialiste commençaient à circuler parmi les travailleursdu pays. Une première union voit le jour en mai 1886, lorsqu’est fondée la
Confederación de Artesanos “Unión Universal”
(Confédération des artisans « Union universelle » - CAUU), qui varapidement rassembler la quasi-totalides corporations de Lima sur la base de principes philanthropiques et solidaires. Il est possible qu’elle ait été impulsée par un délégué de la PremièreInternationale, mais cette Confédération était dominée par un esprit de conciliation entre les classeset restait liée aux principales instances politiques représentatives. Le
Congreso Provincial deObreros de Lima
(Congrès provincial des ouvriers de Lima) organisé en 1896 et le
 Primer Congreso Nacional Obrero
(Premier congrès national ouvrier) de 1901 sont révélateurs de cetteorientation très modérée. Ces deux événements ont rassemblé des patrons, des députés, desconseillers municipaux et des travailleurs afin de concilier les intérêts des industriels et desouvriers. Une
 Asamblea de Sociedades Unidas
(Assemblée des sociétés unies) est aussi fondée en1904 pour servir de forum permanent de conciliation, outre son rôle de promotion du mutualisme etdu coopératisme. C’est cette Assemblée qui a créé la première bibliothèque populaire
2
.Cependant, la croissance économique
3
 a produit de nouveaux types de travailleurs urbains-industriels ou ruraux-industriels, sociologiquement différents des artisans ou des paysanstraditionnels et soumis à de nouvelles formes de relations professionnelles. Ce nouveau prolétariat,guidé par l’expérience de ses premiers conflits sociaux et soutenu par une presse libérale radicale poussant à la constitution de
Sociedades de Resistencia
(Sociétés de résistance), s’est doté
1
Ce texte a été présenté lors du Congrès annuel de la
Society for Latin American Studies
, à l’Université de Birmingham,6-8 avril 2001, session «
 Labour History and the History of Labour in Latin America
».
2
Voir PEREDA TORRES, Rolando,
 Historia de las luchas sociales del movimiento obrero en el Perú republicano:1858-1917,
Lima, Edimssa, 1982, p. 37-107 ; BARCELLI S., Agustín,
Crónicas de las luchas obreras en el Perú[1864-1913] (Historia del sindicalismo peruano),
t. 1, Lima, Cuadernos Sindicales, 1979, p. 32-46 et 57-59.
3
De nouvelles usines sont créées un peu avant la fin du XIX
e
siècle : de tissage de coton et de laine (Lima, Arequipa,Cuzco), de fabrication de farines, pâtes alimentaires, chocolat, sucre, boissons, glace, allumettes, savons, chapeaux,cigares, bougies, articles de cuir, etc. La construction du
 Ferrocarril Central 
(chemin de fer central) est achevée en1893 et en 1896 plusieurs compagnies électriques fusionnent pour constituer les
 Empresas Eléctricas Asociadas
(Entreprises électriques associées), qui permettent le développement du transport urbain et de la production industrielle.Voir PEREDA TORRES, R.,
 Historia de las luchas sociales..., op. cit.,
 p.
 
75-82 et YEPES DEL CASTILLO, Ernesto,
 Perú, 1820-1920: un siglo de desarrollo capitalista
, Lima, Instituto de Estudios Peruanos-Campodonico Ediciones,1972, p. 207-219.
 
 progressivement de nouvelles formes de lutte et d’organisation, éloignées du mutuellisme classique.Celui-ci entra en cadence à partir de 1910, tandis que les premiers syndicats anarchistesinfluençaient le prolétariat en s’opposant à la stratégie de la CAUU. Hégémonique jusqu’en 1920,l’anarcho-syndicalisme dut ensuite faire face à la concurrence des organisations marxistes, qui prirent le contrôle du mouvement ouvrier à partir de 1926.
Naissance du syndicalisme anarchiste
Il est probable que l'immigration de quelques militants ouvriers ait favorisé l'organisation du prolétariat péruvien ; des historiens ont mentionné par exemple deux Espagnols, un Argentin et unChilien. Plus tard, en 1912 (année durant laquelle fut organisée une grève générale), trois déléguésde la
 Federación Obrera Regional Argentina
(Fédération ouvrière régionale argentine – FORA,d’inspiration anarchiste) sont arrivés à Lima : deux Italiens et un Argentin
4
. Mais, l'impulsiondécisive n’est pas venue de l'étranger. Depuis la fin du XIX
e
siècle, il existait déjà des liens entrecertains dirigeants ouvriers et la franc-maçonnerie ou, de manière plus large, avec les groupes de propagande libérale, qui cherchaient à favoriser la promotion intellectuelle, morale et économiquedes travailleurs. C'est un aspect qui mérite des investigations complémentaires bien que soient déjàsignificatives les relations de Christian Dam, dentiste membre de la Grande loge maçonnique duPérou avec le boulanger Manuel Caracciolo Lévano, un des dirigeants anarcho-syndicalistes les plus actifs ; de Glicerio Tassara, journaliste et directeur de
 La Idea Libre
(L'Idée libre) avec legroupe d’ouvriers éditeurs du journal anarchiste
 La Protesta
(La Protestation) ; ou encore dumusicien José B. Ugarte avec le
Centro de Estudios Sociales 1° de Mayo
(Centre d'études sociales1
er 
mai). Les
 Ligas de Libres Pensadores
(Ligues de libres penseurs) constituées par Dam seconsacraient à l'éducation et au soutien des travailleurs ; par ailleurs, Dam et Ugarte comptaient parmi les membres fondateurs du
 Partido Radical Unión Nacional 
(Parti radical Union nationale)créé par l'écrivain Manuel González Prada en 1891 et dont le programme montrait unengagement social. D'autres publications libérales de critique sociopolitique ont également réaliséun travail remarquable de sensibilisation et d'éducation de classe :
 La Luz Eléctrica
(La Lumièreélectrique, 1886-1897),
 Integridad 
(Intégrité, 1889-1891),
Germinal 
(1889 et 1901-1906),
 El Libre Pensamiento
(La Libre pensée, 1896-1904),
 La Idea Libre
(1900-1920), avant que n'apparaisse une presse se définissant comme anarchiste :
 Los Parias
(Les Parias, 1904-1910),
 La Simiente Roja
(LaSemence rouge, 1905-1907 ?),
 El Hambriento
(L'Affamé, 1905-1910 ?),
 Humanidad 
(Humanité,1906-1907),
 El Oprimido
(L'Opprimé, 1907-1909 ?) et
 La Protesta
(1911-1926).L'arrêt de travail des typographes en décembre 1883, pour des augmentations de salaires, est le premier cas d'action revendicative utilisant la grève comme moyen de pression. Mais, c'est sansdoute le mouvement des boulangers de Lima en janvier 1887 qui eut le plus de répercussions,notamment en entraînant la création en avril de la même année de la
Sociedad Obrera de Panaderos “Estrella del Perú”
(Sociéouvrière des boulangers « Etoile du Pérou »). Cetteorganisation a joué un rôle fondamental dans la formation de la conscience de classe du prolétariat.Le premier grand conflit industriel eut lieu en 1896 : il s'agit de la grève des tisserands de Vitarte enaoût, suivie par les mouvements des cigaretiers, des typographes et des pâtissiers de la capitale. Lesouvriers de ces industries commençaient à être influencés par certains militants anarchistes ; lesouvriers du tabac, par exemple, n’ont pas hésité à détruire les nouvelles machines, cause dechômage. Mais ce type d'action violente restait exceptionnel et les ouvriers avaient pour coutume defaire appel à la médiation politique de députés, de ministres voire même du président de la
4
Ont été d’abord signalés les Espagnols Pascó et Sánchez Bodero, l’Argentin Leopoldo Urmachea et le ChilienInocencio Lombardozzi, puis en 1912 les Italiens José Spagnolli et Antonio Gustinelli, ainsi que l’Argentin Santinelli.Certains militants étrangers furent expulsés en octobre 1914 et en juillet-août 1916 (Daniel Antuniano, AntonioPanades, José Pica y José Chamorro). Voir PAREJA [PFLÜCKER], Piedad,
 Anarquismo y sindicalismo en el Perú(1904-1929),
pról. de César Lévano, Lima, Rickchay Perú, 1978, p. 53.
 
République, ce qui n'empêchait pas toujours une répression sévère
5
. Le nouveau siècle débuta àLima par la grève des cochers en janvier 1900 et, surtout, par la grève victorieuse des boulangers enavril-mai 1901. Bien qu'ils aient encore eu recours à des commissions d'arbitrage, ces derniersavaient organisé de manière exemplaire la solidarité au sein de la profession et tenté d'empêcher lefonctionnement des entreprises de panification
6
. L'ane 1904, caractérisée par une forteaugmentation des prix des produits de base, fut déterminante pour la maturation idéologique : la
Sociedad Obrera de Panaderos
, dirigée par Manuel C. Lévano, se sépara de la CAUU et changeason nom en
 Federación de Obreros Panaderos « Estrella del Perú »
. Elle a ainsi sonné l’heure d'unsyndicalisme moderne représentant les intérêts du prolétariat. La séparation résultait du refus des pratiques collaborationnistes de la
Confederación de Artesanos
. Les boulangers adoptèrent commeobjectif la journée de huit heures et célébrèrent pour la première fois dans le pays le Premier mai, en1905. Le premier périodique anarchiste d'importance, le mensuel
 Los Parias
, vit également le jour en mars 1904 à Lima. Soutenu par l’intellectuel M. González Prada
7
, ce journal était favorable ausyndicalisme et aspirait au « communisme prolétarien ». Au mois de mai, la grève des dockers du port du Callao, près de Lima, fut non seulement la première à coûter la vie à un travailleur maisconstitua également une importante expérience de lutte et de solidarité de classe, bien qu'elle ait étéfinalement résolue par l'intervention du président Andrés Cáceres.
Les apports conceptuels de Manuel González Prada
Tous les historiens mentionnent le rôle déterminant de González Prada dans la formationidéologique des travailleurs du Pérou
8
mais, jusqu'à présent, la teneur de sa contribution n'a pas étéanalysée attentivement
9
. Depuis la fin des années 1880, González Prada était devenu le porte-paroled’un courant nationaliste démocratique hostile à l’aristocratie et au clergé. A son retour d’Europe en1898, sa popularité augmenta encore du fait de ses critiques acerbes des pouvoirs en place. Lorsd’un discours en août 1898 dans le local de l'
Unión Nacional 
, l'essayiste avait désigné l'ouvrier et le paysan comme la partie saine du pays qu’ils étaient appelés à régénérer. La semaine suivante, sonami Ch. Dam l'invita à donner une autre conférence à la
 Liga de Libres Pensadores
,
 
mais cette
5
En 1896, quatre dirigeants ouvriers de Vitarte furent emprisonnés pendant six ans pour un incendie qu'ils n'avaient pascommis. V. PEREDA TORRES, R.,
 Historia de las luchas sociales..., op. cit.,
 p.
 
88.
6
PEREDA TORRES, R.,
 Historia de las luchas sociales..., op. cit.
, p. 82-104.
7
Ce poète, essayiste et brillant polémiste est né dans une famille aristocratique de Lima en 1844. Après la Guerre duPacifique (1879-1883), il a rompu avec l'oligarchie dirigeante qu'il jugeait responsable de la déroute du Pérou face auChili et a fondé un parti politique libéral, radical et fédéraliste, l’
Unión Nacional 
(1891). Le projet démocratique de ce parti s'appuyait sur les classes moyennes urbaines et aspirait à améliorer la condition sociale des secteurs populaires,ouvriers et paysans. Pour des raisons un peu obscures, González Prada s’embarqua peu après pour la France, où sa pensée s’est définitivement tournée vers l’anarchisme. De retour au Pérou en 1898, il s’est progressivement détaché deson parti, dont il condamnait l'électoralisme, jusqu'à la séparation officielle en 1902. Il est alors devenu un fervent propagandiste de l’anarchisme, ce qui ne l’a pas empêché, en 1912, d’être nommé directeur de la Bibliothèquenationale. Il démissionna en 1914 pour manifester son opposition au coup d'État du colonel Oscar Benavides, mais futréintégré deux ans plus tard dans ses fonctions à la faveur du retour à la normalité constitutionnelle. González Prada estmort à Lima le 22 juillet 1918. Sur ses idées, voir DELHOM, J., « Itinéraire idéologique d'un anarchiste latino-américain : Manuel González Prada (1844-1918) », dans
 L’anarchisme a-t-il un avenir ? Histoire de femmes, d’hommeset de leurs imaginaires,
Lyon, Atelier de création libertaire, 2001, p. 53-66.
8
Denis Sulmont, par exemple, écrit que González Prada a été le « propulseur de la pensée révolutionnaire aux débuts dusiècle dans le pays et un des premiers intellectuels à tisser des liens avec les ouvriers » (SULMONT SAMAIN, Denis,
 El movimiento obrero peruano: 1890-1980, reseña histórica,
2ª ed. corr. y aum., Lima, Tarea, 1980, p. 19). Hugo GarcíaSalvatecci, quant à lui, précise que « l'importance de l'Anarchisme au Pérou se manifeste par l'énorme influencequ'exerça González Prada durant tant d'années sur la jeunesse et par son énorme répercussion sur l'origine dumouvement syndical » (GARCÍA SALVATECCI, Hugo,
 El Anarquismo frente al Marxismo y el Perú,
Lima, MoscaAzul, 1972, p. 117). Voir aussi PAREJA [PFLÜCKER], P.,
 Anarquismo y sindicalismo en el Perú..., op. cit.
, p. 87,BARBA CABALLERO, José,
 Historia del movimiento obrero peruano,
Lima, Signo, 1981, p. 72, et PEREDATORRES, R.,
 Historia de las luchas sociales..., op. cit.
, p. 113
 sq.
9
PEREDA TORRES, R.,
 Historia de las luchas sociales..., op. cit.
, p. 130-140, l’a fait de manière partielle.

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