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La vision de la SIDI
Aujourd’hui, l’évaluation d’impact est aucœur des centres d’intérêt des acteurs de lamicrofinance. Pour les bailleurs de fonds, ils’agit de démontrer que les actions menéessont efficaces, rentables et conformes auxobjectifs de développement recherchés.Pour les Institutions de Microfinance(IMF), l’intérêt est d’en faire un outild’évaluation de la satisfaction des clients,afin d’adapter les services proposés, etainsi d’améliorer leur situation. Quant auxépargnants solidaires qui nous soutiennent,ils souhaitent évidemment apprécier laqualité du travail de la SIDI.Mais il est difficile d’isoler et d’évaluer l’impact d’une Structure de Financementde Proximité (SFP) : comment savoir sic’est réellement grâce à elle que deschangements économiques et sociaux sesont produits dans sa clientèle ? Commentcomparer la situation avant/après d’unclient, ou entre clients et non-clients, ouencore celle de différentes régions ?Une réflexion a donc été menée en internesur la «fécondité» sociale de l’action de laSIDI et de celle de ses partenaires. En effet,si l’objectif de tous les acteurs de la« Chaîne de Solidarité pour leFinancement » (CSF) est clair (améliorer lavie des gens grâce à l’accès à des servicesfinanciers adaptés à leur situation et à leurs besoins), il faut pouvoir apprécier la qualitécomme les effets sociaux de nos actions.C’est pourquoi la SIDI s’intéresse depuislongtemps à la performance sociale desSFP : quels moyens sont affectés à lamission qu’elles se donnent, avec quelsrésultats et le cas échéant quellescorrections ? Cependant pour la SIDI, uneapproche basée sur la seule performancesociale de l’institution n’est pas suffisante :il faut aussi prendre en considération leseffets durables au niveau des bénéficiaires.C’est ainsi que dès 2002, la SIDI s’estimposé de travailler spécifiquement sur cette question de la viabilité sociale (mêmesi la démarche était déjà établie) avec ladénomination de « Viabilité Sociale etDéveloppement » (VSD).La SIDI n’a pas d’outils techniquesuniques dans ce domaine mais elle établitune relation avec ses partenaires et essaied’établir avec eux une réflexion/action sur ce sujet. A partir de la connaissance deleurs objectifs sociaux, il s’agit alors demettre en place des outils de suivi et demesure au niveau de chaque SFP. C’est untravail qui se réalise avec chacune desinstitutions au cas par cas et qui s’insèredans une dynamique de réseau, tant enEurope que dans les pays et continentsd’intervention. La SIDI est donc partie dela situation et de la réalité des bénéficiaires,de leur volonté de changer et de sedévelopper, et non d’objectifs plaqués sur leur situation, pour ensuite en évaluer leschangements. Elle veut permettre aux SFP partenaires de se situer dans la dimensionsociale de leur activité, c’est d’ailleurs laraison pour laquelle elle a une approche plus pragmatique que théorique.Le processus d’apprentissage auquel laSIDI participe avec les partenaires serasystématisé et capitalisé en vue d’améliorer la qualité des services financiers et del’ingénierie financière à traversl’innovation. Il s’agit de « cheminer ensemble ».En résumé, la fonction « Viabilité socialeet Développement » doit permettred’apprécier la pertinence sociale (effets etchangements, processus de transformationsociale, pérennité) de l’activité de la SIDIet des SFP partenaires.
Laurent Chéreau - Communication
Marc Berger, responsable Viabilité Sociale àla SIDI, avec la CAC la Florida
Info 
Sidiidi
 
 N°16 - Mars 2007 - Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement
Le mot du Président
 
Christian Schmitz, président du directoire 
Chers épargnants et actionnaires solidai-res, chers amis de la SIDI, ce numéro d’INFOSIDIarrive au printemps, mais il n’est pas trop tard pourvous souhaiter à tous une bonne et heureuse année2007.Après une année 2005 décrétée « année de la micro-finance » par les Nations Unies, l’année 2006 seclôture par un prix Nobel de la Paix décerné auDocteur Muhammad Yunus, fondateur de la Gra-meen Bank au Bangladesh. Ce prix vient récompen-ser une pratique qui a fait ses preuves car près de100 millions de personnes dans le monde, exclues dusecteur bancaire classique, ont aujourd'hui la possi-bilité d'emprunter, pour développer leurs activités,et aussi d'épargner.Antoine de Saint-Exupéry disait : « pour ce qui estde l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de lerendre possible », et c’est ce que vous faites en parti-cipant de manière durable à la Chaine de SolidaritéFinancière avec la SIDI. Depuis décembre 2006, laSIDI compte plus de 800 actionnaires institutionnelset privés, qui détiennent un capital de 9 millionsd’euros, qui sera entièrement investi fin 2008 dansles pays du Sud. En outre, plus de 6000 souscrip-teurs au Fonds Commun de Placement de partage« Faim et Développement » (dont l’encours s’élève àprès de 60 millions d’Euros) acceptent de partagerune partie des revenus de leur épargne pour permet-tre la mission d’accompagnement de la SIDI. C’estainsi que la SIDI soutient financièrement et techni-quement un réseau d’une soixantaine de partenairesengagés dans le développement local et le finance-ment solidaire dans une trentaine de pays du Sud.La SIDI et ses partenaires ont pour objectif de pro-mouvoir des initiatives locales viables économique-ment mais aussi socialement. En effet la recherchede l’autonomie, de l’appropriation et de la pérennitédes services financiers et non-financiers sont despréoccupations essentielles pour ces acteurs, quipromeuvent une finance véritablement au servicedes hommes et des femmes.Pour apprécier les effets des actions mises en œuvre(changements sociaux, durabilité), un importanttravail de recherche-action autour de la notion de «viabilité sociale », a été mis en œuvre. Il s’agit depromouvoir et de faciliter une réflexion sur les ob- jectifs sociaux des structures de financement deproximité, leur cohérence et leur pilotage. Ceci per-met de rendre compte aux actionnaires de la SIDI dela pertinence de son action et de celle des structurespartenaires ainsi que de la viabilité des changementssociaux induits. Elle s’inscrit ainsi dans une perspec-tive de développement socialement durable. Ce sontles fruits de cette analyse que nous vous proposonsde découvrir, par des exemples du travail réaliséavec nos partenaires en Amérique Latine, au Mag-hreb et en Afrique.C’est grâce à vous que l’acti-vité de la SIDI et de ses par-tenaires est possible. Soyez-en vivement remerciés. CetInfoSIDI vous apporte desinformations concrètes surnotre volonté commune, SIDIet partenaires, de nous ins-crire dans une Viabilité So-ciale durable. Vous nous avezconfié ce mandat, nous conti-nuerons à le remplir avecconfiance, ténacité et espé-rance.
La Viabilité Sociale : Une démarche àLa Viabilité Sociale : Une démarche àLa Viabilité Sociale : Une démarche àlong terme centrée sur les bénéficiaireslong terme centrée sur les bénéficiaireslong terme centrée sur les bénéficiaires 
 
Viabilité Sociale et Développement Infosidi n°16—mars 2007 / Page 2 
L’UGPM : « Sortirdurablement du trou »
La viabilité sociale à l’UGPM c’est unehistoire qui a déjà 4 ans ! Mais toutcomme la prose pour Mr. Jourdain,l’organisation paysanne en a toujoursfait mais sans le savoir…Depuis toujours l’UGPM (Union desGroupements de Paysans de Méckhé,au Sénégal) a misé sur la dimensionsociale de son action en mettant en va-leur le facteur humain comme clef dudéveloppement : les valeurs, la vision prospective d’un projet de vie familiale,l’appropriation de ce projet par tous lesmembres de la famille, la structurationdes modes d’organisation de l’UGPM pour atteindre les objectifs de la familleet de l’organisation paysanne.La collaboration de la SIDI dans ce do-maine a surtout servi à faire émerger etrendre explicite ce qui était déjà aucœur de la démarche de l’UGPM. Desexpressions comme « Kiirraayu Kër Gi » (KKG) : « tout ce qui concourt à la protection » et « sortir durablement dutrou », signifient que le défi principal pour l’UGPM est de sortir les familles paysannes du cercle vicieux de la sou-dure (lorsque l’on a consommé la ré-colte précédente alors que la suivanten’est pas moissonnée). Pour cela elle promeut des formesd’appui et d’accompagne-ment qui réduisent les fac-teurs de vulnérabilité desExploitations Familiales (EF)et renforcent leurs potentiali-tés
 
 pour les rendre viableséconomiquement et sociale-ment. Les effets durablesrecherchés par ces actionsvisent en amont à éviter queles EF « tombent dans letrou » et en aval à les aider à« sortir du trou ».La démarche du programmeKKG est inspirée par cetterecherche d’ efficacitééconomique (activités« rentables », stratégies productives quirendent économiquement viables lesEF) mais sans oublier que l’assise de ladurabilité est fondamentalement le capi-tal humain et social des EF.S’intéresser à la viabilité sociale des EFc’est partir des fondamentaux : la fa-mille, ses valeurs et ses normes quisont le ciment de la cohésion sociale dela famille, c’est retrouver la dimensiondu sens.Les valeurs sont la base du programmeet évitent qu’il soit détourné de sa fina-lité : des valeurs comme « Benno » :« être solidaire », « Dimbelante » : « çaconsolide », « lëkkëlo » : « harmonie ».Chaque EF a reçu un nom en wolof quidonne le sens de la vision prospectivede la famille. « Darou Salam Diagne » :la « maison de la paix des Diagne", ouencore « Kër gou mag » : « La grandefamille ».C’est pourquoi, dans cet esprit, le pre-mier atelier réalisé en mars 2003 avait pour appellation « Redonner du Sensaux chiffres » et les 2 suivants ont portésur les valeurs de l’Islam et de laculture wolof et les critères pour appré-cier si une EF avance dans la voie de laviabilité et de la réduction de sa vulné-rabilité.C’est ainsi que le développement destratégies de diversification d’activités productives va de pair avec le renforce-ment des valeurs, de la cohésion fami-liale et de l’harmonie au sein de la fa-mille pour vaincre le cercle vicieux dusurendettement et de la soudure.A travers cette démarche les animateurs(rices) de l’UGPM ont acquis un nou-veau regard sur les EF, celui des signesde l’évolution de la viabilité sociale desEF. Ces signes traduisent concrètementles critères définis par l’UGPM pour apprécier la viabilité sociale : il s’agitde l’appropriation, la structuration, l’ac-cumulation et l’harmonie (cf. InfoSIDIn°14). Ce regard traduit une nouvellequalité de la relation qui s’établit entrel’animateur(rice) et l’EF. Le conseil prend ainsi une nouvelle dimension quiva au-delà des aspects techniques, éco-nomiques et financiers. Il devient unconseil « familial » qui touche à tousles aspects de la vie de la famille.En plus de leur rôle, reconnu, d’accom- pagnement dans le domaine économi-que,les animateurs(trices) jouent unvéritable rôle de médiateurs(rices) ausein des familles en facilitant la partici- pation, l’échange, la transparence et laconstruction de relations harmonieuses, basées sur l’équité, en aidant les mem- bres de la famille à résoudre leurs diffi-cultés et conflits internes.
 Le marché de Méckhé - Des vendeuses de vannerie
 
Viabilité Sociale et Développement Infosidi n°16—mars 2007 / Page 3 
Miser sur la viabilité sociale pour « sortir durablement du trou », c’estfaire le pari que la soudure ne pourraêtre combattue « définitivement » quesi les résultats économiques positifsreposent sur des relations harmonieusesau sein de la famille et entre l’EF etl’UGPM . Cette harmonie traduit unlien social fort entre l’UGPM et sesmembres et renforce son capital social,socle de sa reconnaissance et sa légiti-mité. Elle traduit l’objectif de KKG« tout ce qui concourt à la protection »réduit la vulnérabilité et construit laviabilité.
Marc Berger - Responsable ViabilitéSociale et Développement
L’exemple de la CACLa Florida
La
Cooperativa Agraria Cafetalera
 (CAC) La Florida, partenaire péruviende la SIDI depuis 2003, a appris à maî-triser l’ensemble de la filière (de la pro-duction à la commercialisation) et àrépondre aux exigences de la commer-cialisation d’un café solidaire haut degamme.Créée en 1966 par des petits produc-teurs de café de la Province de Chan-chamayo en Amazonie Centrale, la coo- pérative répond à la prédation des groscommerçants, selon les orientations et pratiques d’une entreprise communau-taire. Elle réunit aujourd’hui plus de3.000 petits producteurs.Les facteurs de ‘succès’ de la CAC sontles suivants :1.Une organisation tournée d’abordvers la commercialisation (30 000sacs en 2001, 65 000 en 2005 et100 000 cette année), ce qui permet àcette institution populaire de dégager des marges nettes pour financer sonrenforcement institutionnel.2.Diversification des productions avecles « créneaux » du café biologique etsolidaire qui permettent une meilleurerémunération de la production.
 Label-lisation Max Havelaar 
(la première auPérou).3.Acquisition d'une unité de transfor-mation du café (afin de permettre desdébouchés à l'intérieur du pays vul'évolution des goûts du café).4.Rôle central reconnu de la CAC ausein de la « Junta Nacional del Ca-»qui regroupe les petits produc-teurs. La CAC catalyse un travail enréseau avec 5 autres coopératives decafé qui partagent la même vision.5.Création d'un centre de formation paysan pour les coopérateurs, ap- puyé pour 3 ans par le CCFD.6.Contribution visible de la CAC à l’a-ménagement de la région : routes,chemins d’accès, ponts, postes de san-té, écoles, accès à l’eau potable dansles villages (ce fut à chaque fois en lescofinançant avec les pouvoirs publicset des ONG).Dans cette perspective, la SIDI appuiela CAC La Florida sur les points sui-vants :1.Financement de la campagne de com-mercialisation : un prêt SIDI de125’000 Euros sur 3 ans a été accordé,après deux prêts d’une année équiva-lant à une ‘campagne’, intégralementremboursés. Ce prêt permet, avecd’autres, de compléter les ressourcesde la CAC pour payer les coopéra-teurs dès la livraison du café en atten-dant le règlement des acheteurs. Lescoopérateurs touchent une prime enfin de campagne selon les résultats dela commercialisation.2.Appui à la CREDIFLORIDA : Crééeen 2004, elle est la Coopérative d’E- pargne et de Crédit des membres de laCAC. La SIDI y a investi 100 000 € etest le premier investisseur. Elle ac-compagne aussi la structure dans son projet d’être l’instrument financier efficace des producteurs de café.3.Appui stratégique et formation. Lesconvergences d’intérêt entre la CACet la SIDI font que la CAC expose et partage sa stratégie avec la SIDI. Lesavis de la SIDI sur les questions deGouvernance sont pris en compte. En2007, la CAC confiera à la SIDI l’ac-compagnement de la définition de sastratégie pour les 5 années qui sui-vront. Le CCFD soutient le centre deformation paysan de la CAC. La CACest leader d’un consortium de 6 coo- pératives ‘Café-Peru’ et leur fournitaussi des services techniques et decommercialisation.4.Viabilité sociale : la CAC est « uneentreprise communautaire quidoit avoir la capacité de se gérer éco-nomiquement, financièrement et so-cialement ». La vie dans les‘chacras’ (parcelles) relève de‘l’exploitation familiale’ ; il faut donc préserver l’unité familiale dans tousses aspects (répartition des rôles, res- ponsabilités, dialogue, concertation,harmonie). La CAC veut préparer leterrain pour et avec les nouvelles gé-nérations. C’est avec la SIDI que laCAC a décidé de réfléchir et cheminer sur ce thème exigeant.
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 La famille Inicios, membre de la CAC, entourée de deux responsables de la CAC la Florida:à gauche M. Vargas, administrateur de la CAC, et à droite le 1er président de Crediflorida
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