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Lettre d'information n°5 - 12 Juillet 2009
La Lettre de La Nuit rwandaise • N°5 • 12 Juillet 2009
L'implication française dans le dernier génocide du XXe siècle
Publié une première fois en1997 par les
 ÉditionsSociales
, l’auteur et l’éditeurse verront poursuivis par
 Le Monde
, quotidien du soir. Ledirecteur de ce journal, Jean-Marie Colombani s’estimaitdiffamé – ainsi que sonchroniqueurmilitaire, JacquesIsnard – par le faitqu’était dénoncée là l’excessive complaisanceavec laquelle ils avaient pu rendre compte del’intervention française au Rwanda.
à
 
• Trois tomes de plusieurscentaines de pages• Un index général• Un abrégé de l’histoire duRwanda, du Burundi et duCongo• Une chronologie trèsdétaillée des événements.
Nous remercions toutes lespersonnes qui, en pré-commandant ce livre, aurontpermis qu’il soit imprimé etauront donc participé à ladiffusion d’une œuvre majeuredans l’établissement de la véritésur les responsabilités françaisesdans le génocide des Tutsi.
Veuillez nous excuser pource retard.Les personnes ayant pré-commandé le livre lerecevront dès sa sortied'imprimerie.
 à
 
La Lettre de La Nuit rwandaise N°5 12 Juillet 2009 p. 2
La Lettre d'information
 
Le Monde
réclamait 200 000 francs. Unesomme pour une petite maison d’éditions,proche du Parti communiste, qui ne bénéficiait plus de l’or de Moscou…Surtout, on pouvait s’étonner que
Le Monde
 estime urgent de poursuivre ce livre pourquelques phrases relativement anodines dansle contexte de la dénonciation bien plusterrible d’une politique d’État génocidaire. Jean-Paul Gouteux était de ces rarescitoyens qui dès le départ s’étaient insurgéscontre la participation française au génocidedes Tutsi du Rwanda. Ce livre était unecontribution importante à cette dénonciation.Il n’avait mentionné
Le Monde
que pourpréciser combien ce journal avait fait défautpour aider à la prise de conscience citoyenneà laquelle il appelait. Colombani et Isnards’étaient effectivement faits les relais del’entreprise idéologique nauséabonde quiavait conduit à une mort atroce un million depersonnes. Pire encore, omettant d’informerses lecteurs,
Le Monde
«
 
quotidien deréférence
 
»
précisait Jean-Paul –, n’avaitassurément pas rempli son rôle de
«
 
contre-pouvoir
 
»
– ainsi que ce sera développé dansun deuxième livre,
Le Monde, un contre-pouvoir
 
?
 , publié chez
L’Esprit frappeur
enréponse à ces poursuites.Le procès intenté par Colombani aux
Éditions Sociales
sera perdu en premièreinstance.
Le Monde
fera appel, et perdraderechef en appel. Il se pourvoira encassation. S’il gagna en cassation le droit defaire rejuger l’affaire,
Le Monde
perdradéfinitivement ce procès en 2006. En dépit deces jurisprudences, une deuxième procédureengagée parallèlement contre
L’EspritFrappeur
pour le deuxième livre aboutira àune condamnation. Et ce malgré le travailmagistral de Jean-Paul, qui reprenaitpatiemment l’ensemble du traitement del’affaire rwandaise dans le journal
«
 
deréférence
 
»
. Ce livre restera à la fois comme unmoment important dans l’histoire de la
«
 
médiacritique
 
»
et comme la plus sérieusemise en cause du fameux quotidien du soir, àce jour. Surtout il a ouvert la voie pour denombreux travaux, y compris universitaires,qui s’attachent à ausculter méthodiquement letraitement de l’information par la presse.Mais, ce n’était pas le sujet de ce livre,
«
 
Un génocide, secret d’État
 
»
 , qui dénonçait ce qu’onappellera là le Rwandagate. La référence auscandale du Watergate qui devait contraindreà démissionner un président des Etats-Unis,était transparente dans l’esprit de Jean-Paul
 
:un scandale comme celui de lacompromission dans un génocide ne pourraitque provoquer un sacré remue-ménage à latête de l’État français. C’était la moindre deschoses. Jean-Paul publiait ce livre il y a douze ans…Il n’est pas sûr qu’il ait été entendu depuis.
«
 
En 1997, nous ne pouvons plus dire que nousne savons pas.
 
»
Que dire en 2009
 
?
«
 
La seule idée d’une complicité éventuelle de laFrance dans un génocide est intolérable.
 
»«
 
Le refus et la dénonciation d’une complicité inavouée et d’une idéologie raciste n’est passeulement une réaction citoyenne devant uneatteinte grave aux principes de la République, c’estaussi et surtout une précaution vitale.
 
»«
 
C’est un problème franco-français qui estposé.
 
»«
 
Il est d’une absolue nécessité de faire toute lalumière sur le rôle de la France dans le dernier grand génocide du siècle. Si ce drame est enterré,si les responsables et les complices d’une politiquemortelle échappent à tout contrôle, c’estl’acceptation d’un futur apocalyptique où les génocides seraient banalisés.
 
»
 Jean-Paul est mort en 2006, et oncomprendra que sa voix nous manque.Il aura été le seul à poser dans tous sestermes le scandale absolu de ce qu’il a appelédans un livre ultérieur, devenu une référenceincontournable sur le sujet,
«
 
La Nuitrwandaise
 
»
.En quelques mots, il disait l’essentiel
 
:
«
 
De toute l’histoire humaine, jamais autantd’êtres humains n’ont été tués en si peu de temps.
 
»«
 
La mise au supplice des enfants devant leursparents, ou l’obligation faite à ceux-ci de les tuer etde s’entre-tuer, ont été parmi les procédés favoris.Il n’y a aucune complaisance morbide à lerappeler.
 
»
Et il touchait la problématique qui esttoujours la nôtre
 
:
«
 
La compromission de l’Élysée avec les génocideurs hutu paraît trop monstrueuse pourêtre vraie. Il y a des choses qu’on se refuse àcroire.
 
»«
 
En fait, il ne s’agit pas de croire ou non, ilimporte de savoir.
 
»«
 
L’histoire est plus forte que les volontéspolitiques du moment et même que tous les“secrets d’État”. Elle finit toujours par avoir ledernier mot.
 
»
Avouons que nous n’étions pas d’accord surtout. Je discutais cet optimisme, où je voyais latrace de son
“positivisme”
de chercheur quivoudrait que la connaissance soit enperpétuel progrès.On attend encore ce
«
 
dernier mot
 
»
quel’histoire devrait rendre sur nombre dequestions. Malheureusement, bien souvent lecrime paye. Et, un siècle après, on méconnaîttoujours les responsabilités de RaymondPoincaré, de la diplomatie secrète et desservices français, à l’origine de la guerre de1914. Aussi loin que l’on puisse remonter, auxsources de l’empire chinois ou dans l’histoiredes guerres puniques, il semble bien que la
«
 
vérité 
 
»
des vainqueurs s’impose souvent àl’historiographie. Force est de constater entout cas que les militaires présents auRwanda n’auront pas eu à souffrir pourl’avancement de leur carrière, d’avoir étécompromis dans un crime majeur. Pas plusque le ministre du Budget porte-parole dugouvernement de l’époque, un certainNicolas Sarkozy. Au contraire, on apprenaitrécemment la promotion par l’Elysée de tousles militaires qui ont eu le déplaisir de se voirdénoncés formellement pour leurparticipation au génocide, au rang de laLégion d’honneur. Légion d’horreur.En 1997, Jean-Paul écrivait, avant la Missiond’information parlementaire, dite
 MissionQuilès
 , qui se réunira l’année suivante
 
:
«
 
On peut s’étonner de l’absence de débatsparlementaires dans une grande démocratie, surun acte aussi grave que l’implication de soldats français dans une guerre civile étrangère. Le faitqu’en France ces questions relèvent du “domaineréservé” de la présidence de la République est une faille impressionnante de notre systèmedémocratique.
 
»
Peu après la publication de ce livre, des
«
 
débats parlementaires
 
»
sur l’interventionfrançaise au Rwanda allaient s’ouvrir, dans lecadre d’une Mission d’information présidéepar Paul Quilès – qui avait été ministre de laDéfense de François Mitterrand. Quoiqu’onpuisse penser de la mauvaise foi de cettedémarche, force est de constater que quatreans après les faits, c’était un peu tard… Face àun crime de cette envergure, une telledésinvolture, à elle seule, n’était certainementpas à l’honneur des institutionsdémocratiques.Mais Jean-Paul tenait à préciser l’ampleurdes responsabilités
 
:
«
 
Cette honte doit être connue, car elle nouséclabousse tous.
 
»«
 
Cet abandon par l’Onu de tout un peuple mis àmort au nom d’un racisme officiel hutu, fait de latragédie rwandaise un drame qui, parce qu’ilinterpelle l’humanité entière, nous concerne tousdirectement.
 
»«
 
Après les camps de la mort nazis, nosinstitutions étaient censées faire du “Plus jamaisça
 
!” de 1945 une réalité. C’est précisément cetteannée 1994, alors qu’était célébré le cinquantièmeanniversaire de la fin de la seconde Guerre
 
CLUB SÉQUOIA La Lettre de La Nuit rwandaise N°5 12 Juillet 2009 p. 3
Sur le site Internetwww.lanuitrwandaise.netretrouvez l'ensemble des articles de la revueainsi qu'une sélection de documents -audio, textes, vidéo- sur l'implication française dans legénocide des Tutsi au Rwanda.
 
La Lettre d'information
mondiale et l’écrasement de la barbarie nazie,pendant que nos dirigeants déposaient des gerbessur les monuments des victimes de l’holocauste,qu’on a laissé se réaliser un nouveau programmed’extermination, organisé par un pouvoir que laFrance portait à bout de bras.
 
»«
 
Faudra-t-il attendre cinquante ans, comme dansle cas du procès Papon, pour que la justice passe, oumême, simplement, pour que les autorités françaisesdonnent des explications
 
?
 
»
Plus encore que l’affirmation sans détour desexigences de la conscience, Jean-Paul aura étéle méticuleux greffier de cette horreurorganisée. Ainsi, on peut savoir, par exemple,comment une quarantaine de responsables duparti génocidaire auront été
«
 
exfiltrés
 
»
parl’armée française, avec Agathe Habyarimana,dès les débuts du génocide, en tantqu’
«
 
accompagnateurs
 
»
des orphelins de Sainte-Agathe . C’est scandaleux, mais l’image des
«
 
 gorilles
 
»
accompagnant les orphelines prêtaitpresque à sourire. Rapportant cette anecdote, Jean-Paul précisait que le personnel féminin del’orphelinat avait été
«
 
purgé 
 
»
 , un peu avant,par la garde présidentielle. Sept femmes,coupables d’être tutsi ou hutu du sud, avaientainsi été tuées, et l’une d’entre elles, l’assistantesociale tutsi, torturée. Elle s’appelait Alice.L’opération Turquoise – qui prétenditinstaurer une
«
 
zone humanitaire sûre
 
»
en fin degénocide
 
?En une phrase, Jean-Paul croquait le tableau
 
:
«
 
L’Élysée envoyait au Rwanda, officiellementpour arrêter le génocide et donc pour “protéger laminorité tutsi” en train de se faire massacrer, lesinstructeurs, les alliés et les amis de ceux quiétaient en train de commettre ces massacres
 
!
 
»
Les Tutsi
 
? Jean-Paul identifiait aussitôt le parallèle avecles Juifs. Et ses recherches le menaient droit au but, ramassant par brassées des citationspermettant de vérifier les étonnantessimilitudes de l’anti-tutsisme et del’antisémitisme.
«
 
 Minorité orgueilleuse etsanguinaire qui se meut entre vous pour vousdiluer, vous diviser, vous dominer…
 
» «
 
Leurapparence intelligente et délicate, leur amour del’argent, leur capacité à s’adapter à n’importequ’elle situation semble indiquer une originesémite
 
»
Mais, pire encore que les idéologues du
«
 
peuple majoritaire hutu
 
»
 , Jean-Paul dénonçaitleurs complices français
 
:
«
 
Pour l’Élysée et le quai d’Orsay, en Afrique,l’appartenance à une majorité définie par lanaissance et le fichage racial peut donc servir debase à un régime politique dont la nature claniqueet dictatoriale est parfaitement connue.
 
»«
 
Pour ces “experts” de l’Afrique, qu’ils soientpolitiques, agents de la DGSE ou journalistes,
 
l’Homme africain doit s’effacer devant sonappartenance tribale qui est sa véritable etincontournable nature
 
»
… On entend ici lamusique du fameux discours – postérieur à lamort de Jean-Paul –, prononcé à Dakar parNicolas Sarkozy, qui lui vaut d’être huédésormais à chaque f ois qu’il met les pieds surle sol africain. Jean-Paul n’avait pas de mots assez durspour les tenants des
«
 
majorités ethniques
 
»
.Ainsi, l’inénarrable Védrine, pour lequel
«
 
dèsque l’on fait des élections convenables, ce sont lesHutu qui gagnent…
 
»«
 
Le cercle est bouclé 
 
», commente Jean-Paul. Etl’ethnisme «
 
plante le décor conceptuel des génocides de demain
 
»
.Il voyait bien que la gravité de ce qu’ildénonçait n’était pas facilement perceptiblepar tous
 
:
«
 
Une éventuelle “complicité de génocide” estnon-crédible pour beaucoup de Français et rejetéecomme telle. Un tel cynisme ou un tel manque de jugement de la part de nos hommes politiques sontdifficilement imaginables…
 
»
Il comprenait surtout la difficulté quand detels faits sont
«
 
…parfaitement occultés par nosmédias
 
», les dits médias étant «
 
d’ailleurs contrôléspar les mêmes [hommes politiques]
 
»
.Parlant de média, sa critique du
 Monde
estconnue pour avoir été y compris débattue judiciairement, comme on le rappelait. À lerelire, on peut s’étonner que le
«
 
quotidien dusoir
 
»
se soit ému quand on voit la bien plusgrande virulence avec laquelle Jean-Paulcritiquait le
«
 
 journal du matin
 
», Libération
:
«
 
Ce journal devrait s’interroger sur la facilité aveclaquelle, dès qu’il est question de l’Afrique, il peut glisser sur la pente d’un racisme digne de l’ancien Je suis partout, reprenant une idéologie qui estdepuis l’époque coloniale la grille de lecture dulobby militaro-africaniste. Cette dérive idéologiqued’un grand journal français est tout à faitétonnante. Elle révèle, cinquante ans après laseconde Guerre mondiale, la facilité qu’ont lesmédias d’oublier ce qu’est une idéologie raciste.
 
»Libé 
ne portera pas plainte… Jean-Pauln’avait pas caché sa pensée sur
«
 
la haine, unehaine froide indigne d’un journal d’information
 
»
.Mais cet ethnisme qu’il dénonçait avecvéhémence, il le retrouvait aussi dans
Le Monde, La Croix
ou le
Nouvel observateur
.«
 
Ces journaux oseraient-ils transposer cetteidéologie en Europe
 
? Oseraient-ils utilisercette notion de “majorité raciale” en France
 
?
 
»Le souci de Jean-Paul était de ne pas laisserune pierre dans le jardin sans la retourner.Ainsi, il osait aborder frontalement nonseulement les questions idéologiques ou
«
 
médiologiques
 
»
 , mais aussi celle on ne peutplus épineuse du
«
 
rôle des services secrets
 
»
 ,généralement entourée d’un pudique non-dit.Il insistait sur le rôle de la DGSE, fameuse enAfrique. Il ne pouvait pas connaître encore laDPSD (ex-sécurité militaire) dont l’existencen’a été révélée qu’en 1998, après la parution dece livre. Mais il s’était avisé aussi de l’existencede la DRM (Direction du renseignementmilitaire) – créée après la guerre du Golfe, etdont les premiers terrains d’application aurontété le Rwanda et la Bosnie…
«
 
L’autre service concurrent direct de la DGSE, laDRM, vient de créer un “Bureau d’actionpsychologique”
 
», comme du temps de la guerred’Algérie
 
! Il n’est pas inutile de rappeler ici que lemême «
 
bureau d’action psychologique
 
»
 , organiséavec les enseignements du colonel Lacheroy,avait été officiellement dissous par le généralde Gaulle – pour avoir trop incarné lesméthodes dégueulasses de la
«
 
 guerrerévolutionnaire
 
»
. On ne savait pas encorecombien cette
«
 
doctrine
 
»
avait inspirél’intervention mitterrandienne – et servi de
«
 
mode d’emploi
 
»
pour le programmegénocidaire au Rwanda, comme pourl’ensemble des crimes de l’armée françaisedepuis les
«
 
indépendances
 
»
africaines (ycompris en Amérique latine).
«
 
La Françafrique a attisé un incendie qu’il seradifficile d’éteindre. Les discours ethnistes semultiplient un peu partout.
 
»
Mais Jean-Paul ne s’inquiétait pas seulementpour l’Afrique. Car la maladie de ladémocratie qu’il diagnostiquait ne secirconscrit certainement pas au
«
 
domaineréservé 
 
»
africain, ni même à la politiqueétrangère.
«
 
On occulte souvent le rôle des services secretsoubliant qu’ils jouent aussi un rôle sur l’échiquierpolitique de la France.
 
»«
 
Formés pour la lutte anti-communiste du tempsde la guerre froide, les “hommes de l’ombre” sontspontanément et naturellement de droite, avec unpourcentage non négligeable dans la frangeextrême.
 
»
Pour donner la mesure de ce problème, ilrisquait même une prophétie
 
:
«
 
Les “Services” pourraient être, demain, àl’origine d’une dérive fascisante du pouvoir.Probablement pas en tant qu’alliés du Frontnational, par trop discrédité, mais derrière un autreparti poursuivant des objectifs similaires et qu’ilsrendraient d’autant plus redoutables.
 
»
À l’heure du sarkozysme triomphant, onmesure combien ces propos étaient pertinents– il y a douze ans.Il insistait
 
:
«
 
Ne sous-estimons pas la capacité de nos servicessecrets.
 
»

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