La Lettre d'information
mondiale et l’écrasement de la barbarie nazie,pendant que nos dirigeants déposaient des gerbessur les monuments des victimes de l’holocauste,qu’on a laissé se réaliser un nouveau programmed’extermination, organisé par un pouvoir que laFrance portait à bout de bras.
»«
Faudra-t-il attendre cinquante ans, comme dansle cas du procès Papon, pour que la justice passe, oumême, simplement, pour que les autorités françaisesdonnent des explications
?
»
Plus encore que l’affirmation sans détour desexigences de la conscience, Jean-Paul aura étéle méticuleux greffier de cette horreurorganisée. Ainsi, on peut savoir, par exemple,comment une quarantaine de responsables duparti génocidaire auront été
«
exfiltrés
»
parl’armée française, avec Agathe Habyarimana,dès les débuts du génocide, en tantqu’
«
accompagnateurs
»
des orphelins de Sainte-Agathe . C’est scandaleux, mais l’image des
«
gorilles
»
accompagnant les orphelines prêtaitpresque à sourire. Rapportant cette anecdote, Jean-Paul précisait que le personnel féminin del’orphelinat avait été
«
purgé
»
, un peu avant,par la garde présidentielle. Sept femmes,coupables d’être tutsi ou hutu du sud, avaientainsi été tuées, et l’une d’entre elles, l’assistantesociale tutsi, torturée. Elle s’appelait Alice.L’opération Turquoise – qui prétenditinstaurer une
«
zone humanitaire sûre
»
en fin degénocide
?En une phrase, Jean-Paul croquait le tableau
:
«
L’Élysée envoyait au Rwanda, officiellementpour arrêter le génocide et donc pour “protéger laminorité tutsi” en train de se faire massacrer, lesinstructeurs, les alliés et les amis de ceux quiétaient en train de commettre ces massacres
!
»
Les Tutsi
? Jean-Paul identifiait aussitôt le parallèle avecles Juifs. Et ses recherches le menaient droit au but, ramassant par brassées des citationspermettant de vérifier les étonnantessimilitudes de l’anti-tutsisme et del’antisémitisme.
«
Minorité orgueilleuse etsanguinaire qui se meut entre vous pour vousdiluer, vous diviser, vous dominer…
» «
Leurapparence intelligente et délicate, leur amour del’argent, leur capacité à s’adapter à n’importequ’elle situation semble indiquer une originesémite
»
…Mais, pire encore que les idéologues du
«
peuple majoritaire hutu
»
, Jean-Paul dénonçaitleurs complices français
:
«
Pour l’Élysée et le quai d’Orsay, en Afrique,l’appartenance à une majorité définie par lanaissance et le fichage racial peut donc servir debase à un régime politique dont la nature claniqueet dictatoriale est parfaitement connue.
»«
Pour ces “experts” de l’Afrique, qu’ils soientpolitiques, agents de la DGSE ou journalistes,
l’Homme africain doit s’effacer devant sonappartenance tribale qui est sa véritable etincontournable nature
»
… On entend ici lamusique du fameux discours – postérieur à lamort de Jean-Paul –, prononcé à Dakar parNicolas Sarkozy, qui lui vaut d’être huédésormais à chaque f ois qu’il met les pieds surle sol africain. Jean-Paul n’avait pas de mots assez durspour les tenants des
«
majorités ethniques
»
.Ainsi, l’inénarrable Védrine, pour lequel
«
dèsque l’on fait des élections convenables, ce sont lesHutu qui gagnent…
»«
Le cercle est bouclé
», commente Jean-Paul. Etl’ethnisme «
plante le décor conceptuel des génocides de demain
»
.Il voyait bien que la gravité de ce qu’ildénonçait n’était pas facilement perceptiblepar tous
:
«
Une éventuelle “complicité de génocide” estnon-crédible pour beaucoup de Français et rejetéecomme telle. Un tel cynisme ou un tel manque de jugement de la part de nos hommes politiques sontdifficilement imaginables…
»
Il comprenait surtout la difficulté quand detels faits sont
«
…parfaitement occultés par nosmédias
», les dits médias étant «
d’ailleurs contrôléspar les mêmes [hommes politiques]
»
.Parlant de média, sa critique du
Monde
estconnue pour avoir été y compris débattue judiciairement, comme on le rappelait. À lerelire, on peut s’étonner que le
«
quotidien dusoir
»
se soit ému quand on voit la bien plusgrande virulence avec laquelle Jean-Paulcritiquait le
«
journal du matin
», Libération
:
«
Ce journal devrait s’interroger sur la facilité aveclaquelle, dès qu’il est question de l’Afrique, il peut glisser sur la pente d’un racisme digne de l’ancien Je suis partout, reprenant une idéologie qui estdepuis l’époque coloniale la grille de lecture dulobby militaro-africaniste. Cette dérive idéologiqued’un grand journal français est tout à faitétonnante. Elle révèle, cinquante ans après laseconde Guerre mondiale, la facilité qu’ont lesmédias d’oublier ce qu’est une idéologie raciste.
»Libé
ne portera pas plainte… Jean-Pauln’avait pas caché sa pensée sur
«
la haine, unehaine froide indigne d’un journal d’information
»
.Mais cet ethnisme qu’il dénonçait avecvéhémence, il le retrouvait aussi dans
Le Monde, La Croix
ou le
Nouvel observateur
.«
Ces journaux oseraient-ils transposer cetteidéologie en Europe
? Oseraient-ils utilisercette notion de “majorité raciale” en France
?
»Le souci de Jean-Paul était de ne pas laisserune pierre dans le jardin sans la retourner.Ainsi, il osait aborder frontalement nonseulement les questions idéologiques ou
«
médiologiques
»
, mais aussi celle on ne peutplus épineuse du
«
rôle des services secrets
»
,généralement entourée d’un pudique non-dit.Il insistait sur le rôle de la DGSE, fameuse enAfrique. Il ne pouvait pas connaître encore laDPSD (ex-sécurité militaire) dont l’existencen’a été révélée qu’en 1998, après la parution dece livre. Mais il s’était avisé aussi de l’existencede la DRM (Direction du renseignementmilitaire) – créée après la guerre du Golfe, etdont les premiers terrains d’application aurontété le Rwanda et la Bosnie…
«
L’autre service concurrent direct de la DGSE, laDRM, vient de créer un “Bureau d’actionpsychologique”
», comme du temps de la guerred’Algérie
! Il n’est pas inutile de rappeler ici que lemême «
bureau d’action psychologique
»
, organiséavec les enseignements du colonel Lacheroy,avait été officiellement dissous par le généralde Gaulle – pour avoir trop incarné lesméthodes dégueulasses de la
«
guerrerévolutionnaire
»
. On ne savait pas encorecombien cette
«
doctrine
»
avait inspirél’intervention mitterrandienne – et servi de
«
mode d’emploi
»
pour le programmegénocidaire au Rwanda, comme pourl’ensemble des crimes de l’armée françaisedepuis les
«
indépendances
»
africaines (ycompris en Amérique latine).
«
La Françafrique a attisé un incendie qu’il seradifficile d’éteindre. Les discours ethnistes semultiplient un peu partout.
»
Mais Jean-Paul ne s’inquiétait pas seulementpour l’Afrique. Car la maladie de ladémocratie qu’il diagnostiquait ne secirconscrit certainement pas au
«
domaineréservé
»
africain, ni même à la politiqueétrangère.
«
On occulte souvent le rôle des services secretsoubliant qu’ils jouent aussi un rôle sur l’échiquierpolitique de la France.
»«
Formés pour la lutte anti-communiste du tempsde la guerre froide, les “hommes de l’ombre” sontspontanément et naturellement de droite, avec unpourcentage non négligeable dans la frangeextrême.
»
Pour donner la mesure de ce problème, ilrisquait même une prophétie
:
«
Les “Services” pourraient être, demain, àl’origine d’une dérive fascisante du pouvoir.Probablement pas en tant qu’alliés du Frontnational, par trop discrédité, mais derrière un autreparti poursuivant des objectifs similaires et qu’ilsrendraient d’autant plus redoutables.
»
À l’heure du sarkozysme triomphant, onmesure combien ces propos étaient pertinents– il y a douze ans.Il insistait
:
«
Ne sous-estimons pas la capacité de nos servicessecrets.
»
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