2. La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Église. Toute responsabilité ettout engagement définis par cette doctrine sont imprégnés de l’amour qui, selon l’enseigne-ment du Christ, est la synthèse de toute la Loi (cf.
Mt
22, 36-40). L’amour donne une substanceauthentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seu-lement des micro-relations: rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également desmacro-relations: rapports sociaux, économiques, politiques. Pour l’Église – instruite parl’Évangile –, l’amour est tout parce que, comme l’enseigne saint Jean (cf. 1
Jn
4, 8.16) etcomme je l’ai rappelé dans ma première Lettre encyclique, « Dieu est amour » (
Deus caritas est
):
tout provient de l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui
. L’amour est le don le plusgrand que Dieu ait fait aux hommes, il est sa promesse et notre espérance. Je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et qui marquentencore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l’exclurede la vie morale et, dans tous les cas, d’en empêcher la juste mise en valeur. Dans les domainessocial, juridique, culturel, politique, économique, c’est-à-dire dans les contextes les plus exposésà ce danger, il n’est pas rare qu’elle soit déclarée incapable d’interpréter et d’orienter les respon-sabilités morales. De là, découle la nécessité de conjuguer l’amour avec la vérité non seulementselon la direction indiquée par saint Paul: celle de la « veritas in caritate » (
Ep
4, 15), mais aussi,dans celle inverse et complémentaire, de la « caritas in veritate ». La vérité doit être cherchée,découverte et exprimée dans l’ « économie » de l’amour, mais l’amour à son tour doit êtrecompris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. Nous aurons ainsi non seulement renduservice à l’amour, illuminé par la vérité, mais nous aurons aussi contribué à rendre crédible la vérité en en montrant le pouvoir d’authentification et de persuasion dans le concret de la viesociale. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas rien compte tenu du contexte social et culturel présentqui relativise la vérité, s’en désintéresse souvent ou s’y montre réticent.3. Par son lien étroit avec la vérité, l’amour peut être reconnu comme une expression authen-tique d’humanité et comme un élément d’importance fondamentale dans les relations humai-nes, même de nature publique.
Ce n’est que dans la vérité que l’amour resplendit
et qu’il peut être vé-cu avec authenticité. La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l’amour. Cette lumièreest, en même temps, celle de la raison et de la foi, par laquelle l’intelligence parvient à la vériténaturelle et surnaturelle de l’amour: l’intelligence en reçoit le sens de don, d’accueil et de com-munion. Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient unecoque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affrontel’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingentedes êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et so-ciaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. Dans la vérité, l’amour re-flète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique qui est àla fois «
Agapè
» et «
Lógos
»: Charité et Vérité, Amour et Parole.
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