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Désunis dans l’adversité : les consommateurs américains et le conflit du bois d’œuvreentre le Canada et les États-UnisDavid Descôteaux et Pierre Martin
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Résumé
: Dans le conflit canado-américain du bois d’œuvre, malgré les ententes de libre-échangeet l’importance des consommateurs de ce produit aux États-Unis, les producteurs américainscontinuent d’obtenir gain de cause. Qu’est-ce qui empêche les consommateurs américains de boisd’œuvre d’être plus efficaces que les producteurs auprès des décideurs publics? Pour répondre àcette question, nous utilisons un cadre analytique fondé sur trois niveaux: la société, le cadreinstitutionnel et le niveau international. Nous concluons que les groupes oppos au protectionnisme échouent à faire prévaloir leur intérêt en raison de trois facteurs prépondérants: ladiversiindustrielle de leurs membres rend leurs efforts de lobbying inefficaces, les loisaméricaines limitent l’action juridique des consommateurs et certains intervenants canadiens ontminé leurs efforts en appuyant la position des producteurs américains.États-Unis; Canada; protectionnisme; bois d’œuvre; lobbying.
 Divided in Adversity: American Consumers and the Canada-U.S. Softwood Lumber Conflict  Summary :
 In the conflict between Canada and the United States over softwood lumber, U.S. producers have consistently maintained the upper hand, in spite of free trade agreements and in spite of the importance of U.S. softwood consumers as an economic and political force. Why have American softwood consumers not been nearly as efficient as producers in their lobbying effortsthroughout this conflict? To answer this question, we use an analytical framework that focuses onthree levels: the balance of groups in society, institutions and international forces. We concludethat anti-protection groups have consistently failed to prevail for three main reasons: theindustrial diversity of their members hampered their lobbying efforts, U.S. trade laws limit theactions of consumers in cases of administrative protection; and some Canadian actors in thisconflicts undermined their efforts and favoured the protectionist position of U.S. producers.United States; Canada; protectionism; softwood lumber; lobbying.
Le Canada et les États-Unis ont signé, en octobre 2006, une trêve dans un conflit sur le boisd’œuvre qui les oppose depuis plus d’un quart de siècle. L’entente devait assurer une paixcommerciale pour quelques années mais, selon les termes imposés par Washington, si le prix du
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David Descôteaux est économiste à l’Institut économique de Montréal et chercheur associé à la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal (CÉPÉA). Pierre Martin est professeur titulairede science politique à l’Université de Montréal et directeur de la CÉPÉA. Cet article est fondé sur un mémoire demaîtrise rédigé par le premier auteur (Descôteaux 2009) sous la direction du second. Nous remercions MartialFoucault, Richard Nadeau et les évaluateurs de cette revue pour leurs commentaires et suggestions. Nous tenonségalement à remercier le ministère des Relations internationales du Québec pour son appui financier à la Chaired’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal.
 
2 bois d’œuvre vendu sur le marché américain descend sous un certain seuil, le bois canadien seraitassujetti à des tarifs douaniers. Cette entente résultait en partie des efforts des producteursaméricains de bois d’œuvre, qui ont réussi à faire prévaloir leurs intérêts. Or, en avril 2009,Washington accédait encore aux demandes des producteurs américains annonçant l'imposition d'undroit de douane de 10 % sur le bois d'œuvre en provenance de quatre provinces canadiennes,alléguant que celles-ci livrent trop de bois aux États-Unis par rapport aux modalités de l’entente.Le Canada possède des alliés aux États-Unis qui peuvent potentiellement contrer ce lobby :les utilisateurs de bois d’œuvre. Les constructeurs immobiliers et les vendeurs de matériaux deconstruction, entre autres, ont intérêt à ce que le bois d’œuvre canadien – moins cher et demeilleure qualité – leur soit accessible. Réunies, ces firmes représentent 30 fois plus d’emplois auxÉtats-Unis que les producteurs. Elles sont aussi plus nombreuses et jouissent de moyens financierssupérieurs à ceux des producteurs de bois d’œuvre. Pourquoi ces industries finissent-elles toujours par perdre les batailles politiques?Du point de vue canadien, il est utile de comprendre l’action d’alls potentiels àWashington. Si le lobby des consommateurs de bois d’œuvre avait été plus efficace, l’entente de2006 aurait été plus favorable au Canada. Les scieries canadiennes, qui ont perdu plus de 20 000emplois depuis 2001, n’auraient pas à s’inquiéter de représailles au moindre ralentissementéconomique au sud de la frontière. L’entente de 2006 et les nouvelles poursuites qui l’ont suivieconfirment que les producteurs américains ne subissent aucun préjudice si le conflit perdure. Les profits qu’ils engrangent grâce au prix élevé du bois d’œuvre sur leur marché compensentlargement les coûts du combat. C’est pourquoi une solution durable semble hors de portée.
 
3Quels sont les obstacles qui ont empêché les consommateurs américains de bois d’œuvred’être plus efficaces que les producteurs auprès des décideurs publics? Pour répondre à cettequestion, nous proposons un cadre théorique multidimensionnel, fondé sur trois niveaux d'analysecomplémentaires. À un premier niveau, celui des sources sociétales de pressions et de demandessur les décideurs politiques, nous examinons l’activité politique des consommateurs et des producteurs de bois d’œuvre en fonction des contraintes posées par la composition industrielle etographique des deux groupes. Le deuxième niveau est celui des institutions politiques,administratives et juridiques de l’État, qui structurent et orientent l’action des groupes en conflit, etcontribuent à modeler les rapports de force entre producteurs et consommateurs. Finalement, auniveau international, nous analysons les rapports de force entre les deux pays et l’influenced’acteurs politiques externes impliqués dans le conflit. Nous concluons que les groupes opposés au protectionnisme échouent à faire prévaloir lelibre-échange du bois d’œuvre en raison de trois facteurs prépondérants: la grande diversitéindustrielle de leurs membres rend leur lobbying face au Congrès inefficace, les lois américainesdu commerce international bloquent l’action juridique des consommateurs et certains intervenantscanadiens ont miné leurs efforts en appuyant les producteurs américains.Dans un premier temps, avant d’aborder les détails de l’étude, nous présentons un bref aperçu des faits saillants du conflit du bois d’œuvre.
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