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Dessalines à la rencontre de Pétion: Au delà du slogan politique Par André Lafontant Joseph

Dessalines à la rencontre de Pétion: Au delà du slogan politique Par André Lafontant Joseph

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Published by Laurette M. Backer
Novembre 2013
Novembre 2013

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11/19/2013

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 André Lafontant Joseph
 
©2013
 Page 1
 
Dessalines à la rencontre de Pétion: Au delà du slogan politique
Par André Lafontant Joseph 
La dernière grande manifestation anti-gouvernementale du 17 octobre 2013 et celle projetée pour le 18 novembre 2013 dans la région métropolitaine ont adopté le slogan « Dessalines pwal kay Pétion » comme pour signifier que les exclus de la société haïtienne, ceux qui en majorité habitent des bas-quartiers de la capitale vont questionner les membres de la minorité, perchés dans les hauteurs de Pétionville (1), ceux qui se sont toujours considérés comme les « ayant-droit » du pays, les « prétendus héritiers » des colons, ceux qui ont conspiré pour assassiner l'empereur. Que signifie cette « rencontre » ? Dialogue ou confrontation ? Selon Joël Ducasse , avec l'assassinat de Dessalines, « l'autonomie promise par la "place à vivres" cédait le pas à une économie compradore de bord de mer dépendante qui allait imprimer sa marque sur le pays en dehors d'un fer peut-être aussi chaud que celui de l'esclavage. » Ducasse croit donc que les secteurs qui en 1806 ont comploté le parricide du Pont Rouge avec Alexandre Pétion étaient mus par un projet politique foncièrement opposé aux intérêts profonds du pays, projet favorable à leurs clans et aux puissances colonialistes et pré impérialistes. (2)
 
Le principe du paiement de la dette de l'indépendance négocié par Pétion et réalisé par Jean Pierre Boyer est perçu comme un changement de paradigme. Dessalines faisait fortifier le pays pour parrer au retour possible des français. L'acceptation même de la notion d'une dette de l'indépendance constitue en quelque sorte le reniement et l'avilissement d'une des révolutions les plus éclatantes de l'histoire humaine et en conséquence de la contribution de son architecte, Jean  Jacques Dessalines. La reconnaissance de cette dette marquait la soumission des anciens libres mulâtres à des pères qui après les avoir déboutés ne reconnaissaient leurs droits d'héritiers que contre « paiement » d'un tribut. En réalité, c'était un complot ourdi contre les cultivateurs, les anciens  va-nu-pieds de l'indépendance sur les épaules de qui allaient tomber les taxes à l'exportation et à l'importation qui, en dernière instance, devaient payer cette dette. Depuis quand les vainqueurs payaient-ils une indemnité aux vaincus ? La politique de Pétion était donc la négation de la grande  victoire de 1804. Dessalines et ses conseillers avaient bel et bien formulé les esquisses d'un projet économique national visant à un développement endogène. Ce projet n'avait pas eu le temps de se matérialiser
 
 André Lafontant Joseph
 
©2013
 Page 2
 
pour les cultivateurs et les anciens soldats, ce qui consistait une faiblesse de taille de la politique de l'Empereur. Par contre, le projet économique de Pétion, dans un semblant de « lese grennen » ne consistait qu'à s'assurer les bonnes grâces de l'ancienne puissance colonisatrice pour permettre à son clan de gruger les masses haïtiennes. C'est malheureusement ce projet antinational qui a inspiré la grande majorité de nos gouvernements de l'assassinat du Pont Rouge à nos jours. Gaëtan Mentor rapporte une correspondance du général Étienne Victor Mentor adressé à Dessalines sur les résultats de la campagne menée dans le Sud contre les velléités des anciens libres mulâtres en ces termes: « l'opération de vérification des titres de propriétés se poursuit fructueusement. Beaucoup de terres ont été rendues à l'État après avoir été reprises entre les mains de ceux qui les occupaient illéga-lement: ce qui nous permettra de donner satisfaction à nos pauvres frères, qui ont versé leur sang pour le triomphe de la cause de la liberté ». (3) La localisation de la capitale à Marchand Dessalines, une ville de l'intérieur du pays, en dehors de la dy-namique de l'économie extravertie n'a pas été un acte banal. Elle signifiait non seulement une  volonté de résistance militaire face à l'éventualité du retour des forces colonialistes mais aussi l'adoption d'un modèle économique basée sur une dynamique de développement endogène. Par contre, la relocalisation de la capitale à Port-au-Prince, après l'assassinat de l'empereur, marquait le retour au statu quo ante. Ducasse ajoute sans ambages qu'« historiquement, le principal garant des intérêts de l'ancienne puissance coloniale et de la déshérence continue du peuple haïtien a été une minorité servant d'intendance "d'État reconnu" et OPÉRANT CONTRE LA NATION ». L'opposition Dessalines Versus Pétion n'est donc pas une polémique vide de sens. Reste à savoir si les politiciens qui aujourd'hui la brandissent sont prêts à en assumer pleinement les conséquences, à en faire comprendre le sens exact et à en tirer une politique nationale qui puisse faire sortir le pays de la dynamique rétrograde de la dépendance et de la domestication de l'État haïtien par les puissances étrangères. Disons d'emblée que Dessalines n'a jamais été un raciste anti mulâtre et que l'opposition Dessalines Pétion ne peut se réduire à une résurgence du « noirisme ».  À l'exception du Général Étienne Victor Mentor, tous les proches conseillers de Dessalines étaient des mulâtres et plusieurs d'entre eux ont été assassinés avec lui le 17 octobre 1806 ou dans les jours qui ont suivis. Marta Arnecker souligne à juste titre le fait que l'origine de classe ne détermine pas nécessairement la conscience de classe. La politique de Pétion qui a triomphé avec l'assassinat de Dessalines se caractérise par l'alliance avec les forces étrangères pour garantir les intérêts de la minorité des anciens libres formée en grande partie de mulâtres (ceci est un fait de l'histoire que nous ne pouvons pas changer). Dessalines, c'est celui qui voulait orienter le pays vers une politique endogène à travers le développement d'une élite socioéconomique « multisectorielle » (anciens libres mulâtres, anciens libres noirs, hauts gradés noirs

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