Jean-François LyotardLa logique qu'il nous faut7 février 1975Si on reprenait le problème de cet espace et de ce temps qui a été élaboré àpartir d'une tradition qui, du reste, n'est pas romaine, mais grecque, peut-êtrequ'on pourrait préciser un peu ce qu'il en est de cet espace, et donc aussi cequ'il en est de ce temps. Au fond, notre objet ce serait précisément derestituer un type de raisonnement, un type de vie, et aussi probablement un typede politique., et donc aussi un type de temps historique qui sont sophistiques.En ce moment, je serais prêt à dire que ce qui nous intéresse, c'est de nousrestituer, à nous-mêmes, les moyens qui ont été effectivement ceux de lasophistique. Du reste, il règne sur cette sophistique une très mauvaiseréputation qui date de Platon et peut-être qu'il serait intéressant de se dire,qu'au fond, ce qu'on cherche, ce que par exemple Nietzsche cherchait quand ilparle des sophistes, c'était précisément, je ne dirais pas cette pratique, maiscette manière des sophistes. J'appelle ça Rétorsion. Je pars d'un premier pointqui est la question de la décadence telle que Nietzsche l'élabore, les notes desannées 1885-1887. Nous avons déjà été amenés à parler du problème de ladécadence à propos de l'empire romain et que, sous le problème de la décadence,dans le problème de la décadence, se trouve impliqué celui de la limite ducapital. Je ne reviens pas là-dessus.Sur la décadence, Nietzsche a à première vue une position qui est ambivalente,c'est à dire que sa position consiste à dire qu'au fond, il n'y a pas dedécadence, ou plutôt qu'il y a décadence et que, par le fait même qu'il y adécadence, il n'y a pas décadence. C'est à dire que toute décadence estambivalente, et donc ça veut dire que les mêmes caractères qu'on peut pointercomme signes de décadence sont aussi simultanément des caractères qui vont dansl'autre sens, dans un sens inverse de la décadence, étant bien entendu que quandNietzsche parle de la décadence, il l'entend, non pas exactement en terme desystème, mais en terme de forces. Décadence, ça veut dire affaiblissement desforces. Affaiblissement de la puissance. Quand il dit que toute décadence estambivalente, il veut dire que les mêmes processus par lesquels les forcess'affaiblissent, sont des processus par lesquels les forces peuvent serenforcer. On va lire le texte.3ème partie de la VP, mauvaise traduction, 1885, 15 paragraphe 109 :"En principe, il y a de la décadence dans tout ce qui signale l'homme moderne,mais à côté de la maladie, se montrent des symptômes de forces vierges et depuissance de l'âme. Les mêmes raisons qui causent l'amenuisement de l'homme,haussent jusqu'à la grandeur les âmes plus fortes et plus rares".15, paragraphe 69, ed. Kroner 14, 1ère partie, paragraphe 441 :"Le vingtième siècle a deux visages dont l'un de décadence. Toutes les raisonsqui peuvent produire dorénavant des âmes plus puissantes et plus compréhensivesque jamais, plus libres de préjugés, plus immorales, agissent dans le sens de ladécadence. Il naîtra peut-être une sorte de chinoiserie européenne avec unedouce croyance bouddhiste et chrétienne et la pratique épicurienne et prudentequi est celle des chinois. Des réductions d'hommes."Alors les homme qui produisent ces réductions d'hommes peuvent produire,dorénavant, des âmes plus puissantes et plus libres de préjugés, plus immorales.Donc, ambivalence, mais il semble, à première vue, que, dans toute décadence, ily a une espèce de dualité de courants, ça marche dans les deux sens. Cette idéequ'il y a deux sens me paraît elle-même sommaire, ça veut dire qu'il y a deux
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