25 ans de la Chaine de Solidarité pour le Financement
Infosidi n°19—février 2009 / Page 2
ailleurs l'animateur de « Solidarité France-Pologne » le CCFD a créé deux entitéscomplémentaires : un Fonds commun de placement (Faim et Développement) qui, pour la première fois en Europe associait un placement financier et un don d'une partiedu revenu, et une société commerciale, laSIDI (à l’époque Société Internationaled'Investissement et de DéveloppementInternational). Le mot
société
était destiné àrassurer les autorités polonaises sur lanature économique de son activité.Ainsi, la SIDI a vu le jour avec un capitalde 500 000 FF ( 76 225 € ) apporté par cescommunautés qui plaçaient dans le mêmetemps 2.500.000 FF ( 38I 125 €) dans lefonds « Faim et Développement ». Ainsi lesressources provenant de ce fonds permettaient l'alimentation financière de laSIDI et surtout la part de sonfonctionnement liée à ces activités risquéeset lointaines.Malheureusement, il fut impossible deréaliser le moindre investissement enPologne, l'administration refusant pour des prétextes divers tous les projets présentés par le promoteur polonais.C'est alors que des immigrés marocains enBelgique rencontrés par l'intermédiaire duCCFD proposèrent à la toute jeune SIDI des'associer avec eux pour créer au Maroc unemenuiserie susceptible de leur fournir dutravail et de créer des emplois locaux. Cefut la première activité commerciale de laSIDI. Suivirent les investissements dansune autre entreprise marocaine, une agencede voyage en Turquie créée par d'ancienssyndicalistes libérés des prisons du régimemilitaire, puis une exploitation forestièrecanaque en Nouvelle Calédonie.Mais très vite, après ce rodage, on s'aperçutqu'il fallait, pour être plus efficace,s'associer à des partenaires étrangers pour mettre en place des outils locaux definancement, mais ceci c'est une autrehistoire, ou du moins la même qui continue.
Jean-Paul VigierPrésident du directoire de la SIDI de1983 à 1995
Le défi dufinancement rural
Le 18 octobre 2008 furent invités à la SIDItous les acteurs de la Chaine de Solidarité pour le Financement, qu’ils soient partenaires du Sud, actionnaires, alliés dunord…pour réfléchir ensemble sur unthème ambitieux, qui correspond au défiactuel pour la SIDI du financement dumonde rural : « L’investissement socialface aux défis du développement rural ».Deux spécialistes ont été invités à nousfaire partager l’état actuel de leursréflexions, dont voici les principauxéléments.
Marc Dufumier est agronome et spécialistedes questions de développement. Il ouvre ledébat, en allant droit à l’essentiel, sansdétours et sans concession.
« Il y a 200 fois plus de travail dansun riz de la Casamance que dans unriz de Floride ou de Camargue. Lesmettre en compétition, c’est fairecourir un coureur à pied contre une formule 1, et en plus, la F1 est subventionnée »
Marc Dufumier montre que lesdifficultés de l’agriculture, quientretiennent un cercle vicieux de lamisère dans le monde, ne sont pas unefatalité.Le constat actuel est pourtantredoutable : les prix augmentent, il està craindre une généralisation desdisettes, de même l’aide alimentaireattendue n’arrive pas. Quelles sont lescauses d’une telle situation ?
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Un déficit agricole actuel dans denombreux pays, alors qu’il y a deuxans le monde était dans une situationde surproduction. Les politiquesagricoles du Sud ont joué la carte desimportations alimentaires à bas prix.Les pays du Sud risquent de le payer très cher : en effet les producteurs nedégagent pas assez de revenus pour vivre, et sont contraints de diminuer leur production (par manque demoyens), voire de quitter la terre.
La concurrence des pays riches dontl’agriculture est à la fois hautement productive et très subventionnée. AuSénégal, sur les marchés, le riz deCasamance coûte aussi cher que le riz deThaïlande, de Camargue… Or enCasamance, il y a 200 fois plus de travailqu’aux Etats-Unis pour produire la mêmequantité de riz, vendue au même prix.Comment est-il possible que des gens quigagnent 200 fois moins soient compétitifs ?
Les solutions :
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Acheter plus cher pour mieux rémunérer les producteurs : que les politiquesacceptent le principe d’un prixrémunérateur, incitatif et stable afin queles producteurs augmentent leur production.
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Produire de manière durable. Lesengrais azotés sont très coûteux en pétrochimie. Il nous faut penser à lamanière de produire davantage sansrecourir aux engrais (meilleur usage dessurfaces de captation, meilleureutilisation des associationslégumineuses/cultures vivrières…).
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Permettre aux paysans d’avoir uneépargne et des crédits pour investir, car ces systèmes « durables » coûtent moinsen intrants fossiles mais sont pluscoûteux en unités de travail. Il n’y a,contrairement à une idée reçue, pas plus productif que le crédit à laconsommation dans les zones rurales.Car quand vous prêtez pour deux mois,vous évitez aux paysans de vendre la petite chèvre, le petit cochon, autrementdit de « décapitaliser » pendant la période de soudure, et vous lui rendezun grand service…
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Des droits de douane importants : ne pas renoncer qu’à l’OMC on mette desdroits de douane. Cela aurait sur lesagricultures du Sud un effet beaucoup plus important que l’Aide Publique auDéveloppement.
Pierre Rabhi est paysan, auteur (La part duColibri), philosophe et conférencier. Il appelle à une « sobriété heureuse » pour fédérer ce que l’humanité a de meilleur et Marc Dufumier et Pierre Rabhi sont venus exposer leur vision du développement agricole
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