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Pierre Michel, « La violence d’un anarchiste non-violent : le cas Octave Mirbeau »

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Pierre MICHEL, « La violence d’un anarchiste non-violent : le cas Octave Mirbeau », in Violence politique et littérature au XIXe siècle, Éditions Le Manuscrit, février 2013, pp. 379-398.
Pierre MICHEL, « La violence d’un anarchiste non-violent : le cas Octave Mirbeau », in Violence politique et littérature au XIXe siècle, Éditions Le Manuscrit, février 2013, pp. 379-398.

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05/15/2014

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Pierre M I C H E L
LA VIOLENCE D'UN ANARCHISTE NON-VIOLENT : LE CAS OCTAVE MIRBEAU
Pamphlétaire, romancier, intellectuel engagé, Octave Mirbeau passe pour un écrivain «
féroce
 » et violent, voire ultra-violent, selon Lawrence Schehr
1
. Mais ce uali!icati! accusatoire est problématiue, car il ne permet pas "e !aire le "épart entre la violence sociale, ui constitue un th#me littéraire et ui est "énoncée par un écrivain "$inspiration libertaire, et la violence "u pamphlétaire et "u critiue engagé "ans "es combats politiues ou esthétiues ui reui#rent le ma%imum "$e!!icacité. &t surtout il ne permet pas "e "istinguer la !in et les mo'ens, comme si la violence "u polémiste et la cruauté "u conteur étaient ( mettre sur le compte "e la personnali"e l$écrivain, sans tenir compte "e ses ob)ecti!s, littéraires, éthiues ou politiues. *$est ( ces nécessaires "istinguo ue )e vou"rais procé"er au)our"$hui.
La violence sociale
O!!iciellement rallié ( l$anarchisme en 1+, mais libertaire "e cur et "$esprit "epuis sa )eunesse, Mirbeau n$a cessé "e "énoncer la violence e%ercée par les institutions sur les in"ivi"us, et au premier che! par l$/tat, «
assassin et voleur 
 », u$il vou"rait ré"uire ( son «
minimum de malfaisance
0
 »  «
L'État pèse sur l'individu d'un poids chaque jour plus écrasant, plus intolérable. De l'homme qu'il énerve et qu'il abrutit, il ne fait qu'un paquet de chair à impôts. a seule mission est de vivre de lui, comme un pou vit de la b!te sur laquelle il a posé ses su"oirs. L'État prend à l'homme son ar#ent, misérablement #a#né dans ce ba#ne $ le travail % il lui filoute sa liberté à toute minute entravée par les lois % dès sa naissance, il tue ses facultés individuelles, administrativement, ou il les fausse, ce qui revient au m!me
2
. » &n théorie, la !onction "e l$/tat est "$assurer l3égalité la pai% sociale, gr4ce au r#gne "es lois. Mais, pour Mirbeau,
1
 Lawrence Schehr,
 
« Mirbeau’s Ultraviolence »,
Substance
, n° 86, vol. 27, 18, !!.1"6#127.
2
 $nterview %’&ctave Mirbeau !ar 'n%r( )icar%,
 Le Gaulois
, 2* +(vrier 18.
 
loin "$5tre neutre, "e servir "3arbitre entre les classes et "e ré"uire les inégalités sociales, l3/tat n3est en alité u3un instrument "3oppression, au service "e la classe "ominante, ui e%erce une violence permanente sur le prolétariat et le sous-prolétariat
6
. 7uant au% lois, elles résultent "3un rapport "e !orce entre les classes et ne !ont )amais u3entériner le 8"roit9 "u plus !ort «
Les lois sont toujours faites par les riches contre les pauvres
 », elles «
ne  protè#ent que les heureu& 
:
 » ; «
inhumaines et tortionnaires
 », elles étou!!ent, «
de leur poids écrasant
», «
la vie des faibles et des  petits
<
 ». La violence la plus évi"ente e%ercée par l$/tat est celle "e son bras armé. *$est en e!!et au sein "e l$armée ue les )eunes gens sont initiés ( «
toutes les violences criminelles
 » "ont «
léducation militaire
 » !ait l$apologie, et c$est l( ue l$on «
fabrique des assassins
 » «
(n arrache brusquement un jeune homme à la vie tranquille des champs, à l)atelier, à la famille, à son r!ve qui commence, et, sans préparation, on le jette, tout d)un coup, dans un milieu déjà pourri, que la discipline a servilisé, bestialisé.
=...>
 ous le  préte&te fallacieu& de lui apprendre à servir son pa*s, on ne lui apprend que le crime et qu'il n'est beau que de voler, piller, tuer... détruire quelque chose ou quelqu'un, n'importe quoi, n'importe qui...  pourvu qu'il détruise au nom de la +atrie -Le mépris de la pitié, l)effro*able haine de la vie, la monomanie du meurtre, et ce qui en rive, le culte des #rands bri#ands laurés, de ces #otantes brutes que sont les ros militaires, telles sont les le"ons qui, désormais, vont l)envelopper, le conquérir, le corrompre, l)enliser, tout entier, dans la boue san#l
ante
?
. » *et apprentissage "u meurtre trouve son aboutissement logiue "ans les guerres, "ont les civils innocents sont les principales victimes, comme Mirbeau l$a illustré "ans le chapitre @@ "u
/alvaire
, ui !it hurler les « patriotes ». Au% guerres entre puissances impérialistes s$a)outent les guerres civiles, oB l$are peut algrement massacrer les cito'ens u$elle est supposée "é!en"re Cvoir le "énouement "es
0auvais ber#ers
D, et les guerres coloniales, ui, au nom "u « progr#s », "e la « civilisation » et "$une « religion "$amour », trans!orment "es continents entiers en "e
-
 &ctave Mirbeau, )r(+ace 
 La Société mourante et l'anarchie,
 %e /ean 0rave, 18- 
Combats  politiques
 %e Mirbeau, S(uier, 1", !. 123.
 4oir )ierre Michel, « &ctave Mirbeau et la 5uestion sociale », in /ac5ues )etit (%.3,
 Intégration et exclusion sociale
, 'nthro!os, 1, !!. 17#28.
*
 &ctave Mirbeau, « (!o!ulation »,
 Le Journal 
, 2* novebre 1"".
6
 &ctave Mirbeau, « Le oestea% »,
 La France
, 6 ao9t 188*.
7
 &ctave Mirbeau, )r(+ace 
Un an de caserne
, %e Louis Laar5ue 
alias
 :u;ne Mont+ort3, 1"1.
 
terri!iants )ar"in "es supplices et "ont l$histoire, selon Mirbeau, «
sera la honte à jamais ineffa"able de notre temps
+
 
».
 
@l stigmatise une "eu%i#me violence étatiue  l$appareil répressi! nommé 8Eustice9, sans "oute par antiphrase. @l est entre les mains "$in"ivi"us ue Mirbeau uali!ie "e «
monstres morau& 
 », parce u$ils sont "épourvus "e pitié et "$humanité, courbent le "os "evant les puissants et écrasent les pauvres "e leur pouvoir arbitraire, ( la !aveur "e ces lois iniues u$ils ont pour mission "$appliuer impito'ablement.Autre cible "e choi%  la violence e%ercée par la sainte trinité "e la !amille, "e l$école et "e l$/glise F Le massacre "es innocents commence au sein "e la !amille, oB c$est avant tout l$autorité paternelle ue Mirbeau met en cause. Ainsi, si le narrateur "e
Dans le ciel
 entrepren" "e ré"iger ses souvenirs, c$est a!in "e «
rendre plus sensible une des plus  prodi#ieuses t*rannies, une des plus ravalantes oppressions de la vie, dont je n'ai pas été seul à souffrir, hélas  1 c'est2à2dire l'autorité  paternelle. /ar tout le monde en souffre.
=...>
3out !tre, à peu près bien constitué na4t avec des facultés dominantes, des forces individuelles, qui correspondent e&actement à un besoin ou à un a#rément de la vie. 5u lieu de veiller à leur développement, dans un sens normal, la famille a bien vite fait de les déprimer et de les anéantir. 6lle ne produit que des class, des voltés, des déséquilibrés, des malheureu&, en les rejetant, avec un merveilleu& instinct, hors de leur moi % en leur imposant, de par son autorité lé#ale, des #ots, des fonctions, des actions qui ne sont pas les leurs, et qui deviennent non plus une joie, ce qu'ils devraient !tre, mais un intolérable supplice
. »F *omme si leur uniue ob)ecti! était "e tuer l$homme "ans l$en!ant, les pro!esseurs, ui prennent le relais "es parents, s$emploient ( susciter cheG leurs él#ves l$ennui et le "égoHt, a!in "$5tre bien sHrs ue rien ne subsistera "e leurs potentialis intellectuelles ni "e leur personnalité. Les programmes scolaires accor"ent la priorité ( une langue morte, le latin, et ( une littérature "u passé, ue rien ne vient revitaliser, "$oB un tr#s vi! sentiment "$inutilité, ue ressent, par e%emple, le )eune Sébastien Ioch. 7uant ( l$histoire, elle se ré"uit ( une morne et abrutissante propagan"e  «
(n le #or#eait de dates enfuies, de noms morts, de #endes #rossières, dont la monotone horreur l'écrasait.
 » @l en résulte le plus souvent une « in"igestion », ui participe e!!icacement "e la
8
 &ctave Mirbeau, « <olonisons »,
 Le Journal 
, 1- novebre 182.
 &ctave Mirbeau,
 ans le ciel 
, cha!itre 4$$$.

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