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CHAPITRE XVI
Le Gausse de Gramat. Les Goules.
Ruisseaux engouffrés Plan de recherches sur le causse de Gramat. Roque de Corn et l'acide carbonique.Réveillon et les Katavothres. Travail des eaux, érosion et fissures capillaires. Le Saut de laPucelle et les sources de Tournefeuille. — Cascade du Moulin du Saut. — Ruines et perle de l'Hôpital. —Pertes d'Issendolus. La contamination des eaux souterraines. — Les goules sont des fuites pratiquéesdans le thalweg d'anciennes vallées. — Perte de Thémines et sources de l'Ouysse. — Le meunier de Thé-minettes. — Perte et château d'Assier.
A la différence des causses du Tarn, celui de Gramat voit, dans sa fraction nord-orientale, c'est-à-dire au sud de Padirac, plusieurs ruisseaux couler
à sa surface même ;
toutefois, non seulement ces eaux superficielles ne subsistent pas pendant toute l'année,quand celle-ci a été pauvre en pluies, mais encore elles s'engouffrent toutes, au bout dequelques kilomètres, dans des cavernes plus ou moins largement ouvertes, inexplorées ou incomplètement reconnues jusqu'en 1890. Nous avons étudié huit rivières,ainsi englouties, au point de contact des argiles imperméables du lias et des calcairesfissurés du bajocien formant falaises ; elles se trouvent placées sur une même diagonale, dirigée nord-ouest-sud-est et parallèle au chemin de fer, qui est fort rapprochéde la ligne de superposition des deux terrains.On donne le nom de
Limargue
à la partie liasique et orientale du causse, plus fertileà cause de son eau courante. Le
causse
est limité à l'est par la ligne des huit pertes.Voici leurs noms et ceux des gouffres correspondants
1
:Ruisseau de Cazelle (Roque de Corn); — Ruisseau de Salgues (gouffre de Réveillou);Ruisseau de Rignac (gouffre du Saut de la Pucelle). — Tous trois au nord-ouest, etprès de Gramat. — Ruisseau et perte de l'Hôpital ; Ruisseau et perte d'Ocabo-Riouà Issendolus; — Ruisseau et perte de Thémines; — Ruisseau et perte de Théminettes;Ruisseau et perte d'Assier. Au sud-est entre Gramat et Figeac.Explorer les gouffres d'absorption de ces ruisseaux, en profitant de la sécheresse :telle était la première partie de nos recherches sur le causse de Gramat. La secondedevait s'adresser à un certain nombre d'igues, que l'on disait être, comme Padirac, encommunication avec des rivières souterraines. La troisième comportait l'investigation
1.
Delpon, dans sa
Statistique du Lot
(t. I, p. 79), mentionne, sans aucun détail, deux autres ruisseaux engloutis par la terre sur cette même ligne : à Reyrevignes près Assier, et à Sonac près Théminettes, Nous n'avonspu recueillir aucun renseignement sur eux ; ils doivent être asséchés ou obstrués.
 
LE CAUSSE DE GRAMAT,
Extrait de la carte de France de l'Etat-Major au 320,000".
 
de plusieurs grottes à stalactites, non encore visitées jusqu'à leur extrémité. Enfin laquatrième partie a consisté dans l'examen des sources échelonnées au pied des falaisesdu causse, tant le long du Gélé et du Lot (au sud), que le long de la rive gauche de laDordogne (au nord), à Gintrac, Floirac, Montvalent (source Saint-Georges), Mayronne(gouffres du Limon), Meyraguet, etc.Tout cela ne nous a pas demandé moins de quatre mois de travaux, effectués-tant parnous-mêmes, que par nos amis et collaborateurs MM. Rupin, Lalande et Pons, et répartis à diverses époques sur les quatre années 1890 à 1893.Il s'agissait de savoir jusqu'où permettraient de pénétrer, sous terre, les huit véri
tables
goules du nord-est; quels abîmes ou grottes mèneraient à Peau courante souterraine, et enfin, si les sources seraient siphonantes comme celles des grands causses.C'est par les goules, et toujours selon l'ordre topographique, que je commencerail'exposé de cette étude, que je considère comme à peuprès terminée, sous réservedes travaux artificiels dont je parlerai.
Gouffre de Roque deCorn.
— Au nord de la station de Rocamadour (5 kilom.), c'est un « cirquetrès profond et dont les cavités sont habitées par desrenards. Un ruisseau s'yengouffre, en temps degrandes pluies, par unecascade, et va se perdresous une voûte basse. »(Delpon.) Ce ruisseau estcelui de Cazelle (et non dela Gazelle comme l'écriventcertaines cartes); il naîttout près du village de Padirac, passe entre ceux de Miers et d'Alvignac, à côté d'une fontaine minérale purgativefréquentée par de nombreux
baigneurs
(eaux de
Miers,
petit Carlsbad français '), et, après8 kilomètres de cours, se précipite en effet (quand il coule) dans le gouffre de Roque deCorn, tout contre et au pied même de la voie ferrée, à mi-distance entre les stations deRocamadour et de Montvalent. C'est une scène superbe que cet immense trou, plus vasteencore que Padirac (70 met. de diamètre), mais moins creux (38 met. de profondeur) ;cirque presque rond, aux parois verticales, aussi large en bas qu'en haut. Du bord, lavue est magnifique sur tout le causse de Gramat, qui élève en pente douce ses croupesondulées, clairsemées de bois verts, jusqu'à la ligne droite et infinie de l'horizon ; legouffre béant semble troué en pleine terre par un emporte-pièce colossal !
1.
Eaux sulfatées sodiques : faible débit, 100 litres à l'heure, température 15°, origine dans le terrainschisteux. — Près de Miers un sieur Parrot aurait trouvé, en 1890, une fissure du sol, longue, et remplie d'ossements d'animaux quaternaires: quelque brèche osseuse sans doute.
GOUFFRE DE ROQUE DE CORX.
Dessin de Vuillier, d'après une photographie Gaupillat. Communiqpar le Club alpin
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