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HERMES_1995_15_31

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05/11/2014

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Alain Petit
Université Biaise Pascal, Clermont-Ferrand
L'ART DE PARLER
dans le Phèdre de Platon
Les deux rhétoriques
Il y a, au principe de la rhétorique antique, une équivoque pour ainsi dire irréductible, quiprocède de la conjonction entre une fonction
psychagogique
— jouant sur les affects de l'âmepour lui faire adopter une ligne de conduite, un
êthos
— et une fonction
argumentative,
présidant à la prise de décision dans les domaines politique et judiciaire. La rhétorique conçueplutôt comme psychagogie a une origine probablement pythagoricienne
1
, en tout cas empédo-cléenne
2
; elle a pour caractère majeur de viser l'individuel, les dispositions propres à tel ou telhomme, afin de modifier l'état de l'âme, en lui faisant recouvrer la sérénité, à la manièrepythagoricienne, ou en captant son attention, à la manière empédocléenne. La psychagogie est àcet égard remarquablement indéterminée quant à ses fins : ainsi Platon, dans la
République
(X,605 a-b), associe à la tragédie qu'il récuse une fonction proprement rhétorique, l'éveil des affectscomme le chagrin ou la pitié, ce qui équivaut à ses yeux à une insubordination dans l'âme de
Γ«
inférieur » à l'égard du « supérieur » ; mais le même Platon plaide pour une psychagogiescientifique, émanation de la dialectique, dans le
Phèdre
(261 a-b, 271c-d). Si toute rhétorique estune psychagogie, elle n'est pas toujours, ni nécessairement, fondée sur une connaissancescientifique des dispositions de l'âme de l'auditeur. Mais, le concéderait-on à Platon, on peutnéanmoins se demander légitimement si la rhétorique ordinaire qui est soumise à l'examen dans
HERMÈS 15, 1995
31
 
Alain Petitle
Gorgias
est réellement à même d'obéir aux canons de la psychagogie telle que la conçoitPlaton dans le
Phèdre
:
en un sens, Platon semble lui fixer pour norme ce qu'elle ne peut, dansses conditions d'exercice même, jamais atteindre.Aussi bien cette rhétorique ordinaire n'a-t-elle pas vocation essentielle à être une psychagogie
:
sa fonction serait plutôt argumentative, et ce, dès ses origines siciliennes les plus anciennement attestées (O. Navarre, 1900
;
G. Kennedy, 1963). Même si la rhétorique ancienne n'entretient pas de relation constante ni univoque avec l'argumentation, à tout le moins l'origine del'argumentation rhétorique est-elle à chercher du côté des procédures de prise de décisioncollective, où il s'agissait de délibérer dans l'incertitude, et de prendre le parti le plus vraisemblable
3
.À la rhétorique ainsi entendue s'attache tout d'abord un aspect
doxique,
ou, si l'on préfère,une modalité cognitive qui ne coïncide pas avec la certitude objective. L'empire rhétorique avaitété très exactement circonscrit par Parménide d'Elée lorsqu'il opposait la Voie de la Vérité à laVoie de l'Opinion, où
«
il
η
est rien
qui soit
vrai
ni
digne
de
crédit
4
»
:
toutefois, tandis queParménide, par manière de radicalisme, neutralisait toute différence de degré dans l'ordre del'opinion, la rhétorique requiert, pour être pensée dans sa positivité, que soit précisémentintroduite dans l'opinion une échelle qui, comme le précisera plus tard Aristote
5
, permette dediscerner le vraisemblable de l'objet d'une opinion dénuée de détermination. Mais cet aspectdoxique n'est pas le seul qui s'attache à notre nouvelle position de la rhétorique
:
car, ensituation d'incertitude, on a des discours qui s'affrontent, et la rhétorique comporte aussi uneagonistique. Ainsi l'argumentation rhétorique n'embrasse pas tout le champ du possible argu-mentatif
;
ce qu'il y a de rhétorique dans l'argumentatif (si une telle chose peut se dire), limitel'auditoire, qui ne saurait prétendre à l'universalité. Aussi bien ne paraît-il pas rigoureusementpertinent de tenir pour coextensifs l'argumentatif et le rhétorique, à l'instar des adeptes de lanéorhétorique selon Perelman (1977). Comme l'a reconnu le Stagirite lui-même, il y a dans lepersuasif quelque chose qui excède l'ordre de l'argumentatif, et ne laisse pas d'emporter avec soiune certaine forme d'indignité
6
. Mais surtout, quand on ferait abstraction de cet élémentindigne, il ne paraît pas concevable que toute argumentation puisse s'entendre
ad hominem,
alors que cela se peut quand il
s'agit
de la rhétorique.
La primauté de la psychagogie
Deux fonctions, disions-nous, ont pu être mises au principe de la rhétorique antique. Maisle tout est de savoir si elles coexistent vraiment, si l'une n'est pas susceptible d'évincer l'autre,comme cela semble le cas avec Gorgias, virtuose de l'argumentation qui en nie la portéeobjective, pour mieux instaurer le règne sans partage de la psychagogie. C'est ce qui lui faisaitdire du discours qu'il était « un grand tyran
7
», voulant signifier par là qu'il n'y a rien chez
32
 
Uart de
parler
dans le Phèdre de Platon
l'auditeur qui lui soit commun avec l'orateur, en d'autres termes, qu'il n'y a pas d'espaceargumentatif, tout l'office de la rhétorique consistant à établir une domination sur l'auditeur et àla porter à son comble. Il n'y a pas de contradiction entre cette tyrannie du discours reconnuepar Gorgias et l'omnicompétence qu'il revendique dans le dialogue platonicien qui porte sonnom
8
. Car, si l'art rhétorique tel que le conçoit Gorgias est réputé compétent en toute matière,c'est en tant que chacune de ces matières est ramenée au rang d'objet quelconque du discours,un seul art (ou
technè)
tenant dès lors lieu de tous les autres : l'art rhétorique.D'aucuns, autrefois, ont voulu voir en Gorgias un pur rhéteur
9
. Mais une telle conceptionest par trop restrictive, et surtout, ne tient pas compte de l'exclusivité précisément conférée parle Sicilien à la psychagogie. Il faut que le discours ait été analysé pour lui-même, avant que nesoit affirson pur usage à des fins de domination
:
il serait donc téméraire de considérer que cene soit là que l'expression d'une pratique de la rhétorique ordinaire. Véritable philosophie de larhétorique, la conception de Gorgias, par sa radicalité, contraignait ses successeurs à clarifier lesrapports de la psychagogie et de l'argumentation. Il ne serait pas judicieux de croire que cetteradicalité n'ait eu aucune conséquence, comme si elle avait été une pure parenthèse dansl'histoire des conceptions grecques de la rhétorique. Surtout, il serait inexact de présumer quePlaton, en ce qui le concerne, ait opposé à Gorgias on ne sait quel refus intégral de prise enconsidération : car, pour l'un et l'autre, la psychagogie est bien ce qui sert de fin eminente à l'artrhétorique. S'il y a un différend entre nos deux auteurs — et il n'est pas mince —, il sembleraittenir plutôt au fondement de cette psychagogie qu'ils revendiquent communément. En effet,tandis que Gorgias entend la dépouiller de tout rapport à l'universel, en la faisant résider dans leseul calcul des effets du discours, Platon, pour sa part, envisage plutôt de l'enraciner dans lavérité.À cet égard, il prend, si l'on peut dire, Gorgias au mot. Mieux, il fait de la surenchère, caron ne saurait concevoir, selon lui, qu'un art fût efficace sans pouvoir rendre raison de sonefficacité. On sait la difficulté que suscite l'exégèse du
Phèdre,
singulièrement quand il
s'agit
dela rhétorique telle que Platon la préconise. Un commentateur sagace (Sève, 1980, p. 161) a mêmepu se demander, non sans fondement, si le terme de
rhétorique
avait encore lieu d'être, dans lamesure où l'art dialectique semble en prendre toute la place. La chose ne va pas de soi,néanmoins. On peut même soutenir avec quelque vraisemblance (Griswold, 1986, p. 173) que ladialectique a des aspects positivement rhétoriques, ne fût-ce que dans l'adaptation minutieuse àl'individualité des interlocuteurs qui transparaît dans les
Dialogues.
À dire le vrai, on peut d'oreset déjà soupçonner que l'articulation naturelle n'est pas celle qui permettrait de discernerdialectique et rhétorique prises en elles-mêmes, mais bien plutôt dialectique et rhétoriqueauthentique d'une part, rhétorique prétendue de l'autre. En un sens, la radicalité de Gorgias neserait pas assez radicale aux yeux de Platon, car si la psychagogie a égard à l'individuel, il fautencore que l'adaptation du discours à l'individuel soit, comme le traitement dans la médecineclinique, rationnellement justifiée.L'adaptation comme telle ne fait pas la rhétorique, prise comme un
art
:
Gorgias ne pèche
33

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