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HERMES_1995_15_171

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Published by: chergui semch eddine on Sep 06, 2009
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05/11/2014

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Manuel Maria Carrilho
Université Nouvelle de Lisbonne
RHETORIQUE ET RATIONALITE
Une tradition d'exclusion
Voici un titre où la tradition philosophique nous a appris à lire une opposition profonde,Tune des plus irréductibles de la culture occidentale
:
d'un côté, l'exercice rigoureux de lapensée, l'obéissance à des critères sûrs pour son évaluation, de l'autre, l'aventure sans principesd'un langage que commande surtout — voire,
seulement
— le plaisir qu'il procure ou les effetsqu'il produit. Façonnée au sein de la culture grecque, cette opposition naît en même tempsqu'une autre, celle du philosophe et du sophiste ; au premier est assuré un accès privilégié aurègne de la vérité, tandis que le second voit son activité réduite au domaine, ontologiquementdésapprécié de l'utile. Tel est le sens de la leçon platonicienne — soigneusement dispensée dansdes textes comme
Protagoras
ou
Gorgias
— qu'Aristote reprendra en thématisant les rapportsentre philosophie, dialectique, sophistique et rhétorique, et en assignant à cette dernière descaractéristiques et des fonctions bien précises, suivant un mouvement où il cherche à dégagerl'importance et le statut du
vraisemblable,
aussi bien que le processus dans lequel il émerge :
« Larhétorique,
dit Aristote,
est la faculté de
considérer,
pour chaque question, ce qui est propre àpersuader»
(1355b, I, chap. 2).Mais l'autonomie que cette voie semble offrir à la rhétorique se révélera de portée limitée.Son propositionnalisme de fond (cf. Meyer, 1986, chap. II) la reconduira à la soumission
HEÈMÈS 15, 1995
171
 
Manuel Maria Carrilhoépistémologique à l'idéal d'apodicticité et facilitera donc sa transformation en une discipline quis'intéressera dorénavant surtout à l'étude et à la classification des figures de rhétorique. La
Rhétorique
d'Aristote s'occupait des arguments, des passions et du discours ; à part quelquesrarissimes exceptions — dont ressort le moment romain avec Cicerón et Quintilien — l'histoirene retiendra que le dernier de ces aspects, fondant ainsi un processus de contraction du domainede la rhétorique qui aboutira à la constitution d'une rhétorique
restreinte
(Genette, 1970).Mais cette restriction du champ rhétorique est parallèle à un autre processus, celui del'exclusion, dont la rhétorique fut l'objet par la philosophie, comme si le geste platonicien luiavait tracé, une fois pour toutes, son destin inférieur. La modernité, en consacrant commemodèle une matrice de rationalité inspirée de l'activité scientifique, a établi comme points deréférence centraux les idées de certitude, d'évidence, de vérité, en attribuant ainsi à la méthodeune fonction critériale d'importance majeure. C'est la méthode qui, en articulant les moyens àmettre en œuvre et les fins à atteindre, assure par anticipation l'efficacité de la connaissance,c'est-à-dire la prévision. Cette conception de la connaissance marque profondément, avecquelques nuances, tout le mouvement épistémologique qui va de Descartes à Kant et se propagejusqu'au positivisme logique du XX
e
siècle.Mais avec quelques conséquences qu'il faut considérer, et j'en relèverai surtout deux :premièrement,
« en donnant
ce sens-là
au mot
rationnel,
on prive ajamáis les humanités du statutd'activités rationnelles. Si elles ont en effet affaire à
des
fins plutôt qu'à des moyens, on ne peut
espérer
d'évaluer leur
succès
à partir de
critères préalables
déterminés. Si nous savions déjà quels
critères
il
nous
faut satisfaire, nous ne nous
inquiéterions pas
de
savoir
dans quelle mesure
les
finsque nous poursuivons sont les bonnes. S'il nous était
possible
de penser que nous avons connais
sance des
fins de la culture et de la
société,
il n'y
aurait
pas de
place
pour les humanités »
(Rorty,1990b, p. 48). En second lieu, en excluant du domaine de la rationalité ce qui, résistant à sescritères, n'apparaît pas en accord avec les exigences de la nécessité ou les impératifs del'évidence, on marginalise un vaste domaine de la connaissance et de l'action des hommes,c'est-à-dire tout ce qui relève finalement, comme l'a souligné Perelman, du vraisemblable, duplausible, du probable.La controverse autour de ces deux points est, depuis des décennies, extrêmement vive. Ettandis qu'au premier point, il faut surtout associer l'herméneutique et le soupçon qu'elle a faitpeser sur le rôle paradigmatique des sciences exactes et de leur méthodologie, lui opposant unecompréhension du monde ancrée dans les éléments de la tradition (Gadamer, 1976), au secondpoint est surtout reliée la rhétorique, la
nouvelle
rhétorique proposée par Perelman avec son
Traité de
l'argumentation
: c'est une rupture avec la conception
moderne
de la rationalité qui estici défendue, laquelle, de Descartes au XX
e
siècle, fut presque intégralement identifiée auxétalons de scientificité fournis par les sciences exactes et naturelles, étalons qui, d'une façon oud'une autre, aboutissent à la forme de la
démonstration.
Renouant avec la lignée d'inspiration aristotélicienne, Perelman cherche plutôt, en alterna
tive,
à établir les droits et le domaine de
Y argumentation.
Celle-ci, différemment de la démonstra-172
 
Rhétorique et rationali
tion, a affaire à l'ambiguïté du langage naturel, méconnaît la contrainte des règles formelles et sedéveloppe à partir de prémisses de nature communautaire plutôt qu'axiomatique : la théorie del'argumentation peut donc se définir par un objectif bien précis,
« l'étude des techniques
discursives
permettant
de provoquer
ou
d'accroître l'adhésion
des
esprits
aux
thèses
qu'on présente àleur assentiment»
(Perelman, 1970, p. 5). Deux voies s'ouvrent ainsi, celle de la mise en valeurde la dimension
persuasive
du discours et celle de l'attention portée à son destinataire,
Y auditoire
 
voies que la théorie de l'argumentation désire faire confluer vers une compréhension
élargie
de la rationalité.
Deux généalogies
:
le formel et l'informel
Cette compréhension se distingue toutefois très clairement de celle qui
s'est
instaurée aucours du XX
e
siècle, à partir de la mise en valeur du langage, tout d'abord avec le positivismelogique, ensuite avec la philosophie analytique. Le positivisme
s'est
fixé comme objectifsprincipaux, d'établir une séparation claire entre la science et la philosophie, d'une part, et deconstruire une science unitaire, de l'autre. Pour les atteindre, il disposait, comme indiquait le
Manifeste
du Cercle de Vienne, d'une méthode dont l'application introduirait un changementprofond dans l'approche du langage, la méthode de l'analyse logique créée par Russell. Cetteméthode rend possible d'établir le critère de
signification
à travers lequel le positivisme veutdistinguer deux types d'énoncés, les énoncés doués de sens et les énoncés dénués de sens. Auxpremiers appartiennent les énoncés analytiques et ceux qui peuvent être vérifiés en étantramenés à des énoncés élémentaires qui renvoient plus directement aux données de l'expérience.Les seconds, différemment, sont des énoncés qui échappent à la détermination stable etunivoque de leur signification, irréductibles dans leur polysémie et dans leur équivocité.Parallèlement, cette distinction en voit naître une autre qui, partant des mêmes présupposés,entend distinguer les problèmes
authentiques
des
faux
problèmes.Avec plusieurs révisions, la philosophie analytique a donné un prolongement au projetpositiviste, en insistant notamment sur le besoin de mettre en place un langage logique rigoureuxet sur son rôle d'évaluation critique du langage ordinaire. De cette façon, le langage est doncconsidéré surtout dans ses aspects syntactique et sémantique, sa dimension pragmatique étantcomplètement ignorée, dimension qui, cependant, apparaît au cœur des théories de Wittgensteinsur les jeux de langage, des éclaircissements de la présupposition développés par Strawson, desanalyses des actes de discours d'Austin et de Searle. Ils mettent tous en évidence les limites del'analyse logique du langage, limites qui, comme l'a remarqué M. Meyer (1982, p. 113-114), sontce qui met le mieux en lumière la différence entre l'approche logique et l'approche rhétoriquedu langage :
« La
logique
n'autorise
aucune
ambiguïté,
et l'univocité qui en est la
règle
n'est
pas
lefait des situations réelles d'usage du langage. Dans ces situations, on ne stipule pas
toute173

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