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HERMES_1995_15_291

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05/11/2014

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David Miller
Warwick University (Coventry)
A QUOI SERT LA LOGIQUE ?*
Traduit de l'anglais par Alain BoyerParmi les philosophes, à tout le moins parmi ceux qui s'intéressent plus à l'éducation qu'àl'édification, autrement dit ceux qui ont à cœur d'argumenter, il est de bon ton de juger que lesarguments sont plus importants que leurs conclusions. Qui n'a pas condamné, ou entenducondamner un livre par ces quelques mots
:
«J'en
approuve les
conclusions,
mais
l'argumentation
en est
très faible
!
»
Il y a, me semble-t-il, trois explications possibles à cet étrange désintérêtpour ce que les autres essayent de communiquer. En premier lieu, nombre de thèses philosophiques sont à ce point évidemment vraies que seul un philosophe, dit-on, peut perdre sontemps à les mettre en question. On pourrait prendre comme exemples diverses formes simplesde réalisme. En second lieu, tant de thèses philosophiques sont si évidemment fausses qu'elles nevalent pas la peine
d'être
discutées. La doctrine de l'impossibilité de la discussion rationnelleappartient sans doute à cette catégorie. Mais pour l'ensemble des autres questions philosophiques, il n'est pas de réponse qui soit à l'évidence correcte ou incorrecte
;
j'ai personnellement tendance à considérer
le
problème de
l'âme
et du corps comme relevant de ce dernier type.Or dans ce cas aussi, assez curieusement, l'intérêt pour l'argumentation est prépondérant.La coexistence d'opinions incompatibles chez des personnes réfléchies est considéréecomme un signe que
les
problèmes eux-mêmes sont insolubles
:
le mieux que l'on puisse faire estd'évaluer la force des arguments proposés par chacune des parties. Rien d'étonnant dès lors à ceque la philosophie persiste à avoir la réputation
d'être
incapable de
progresser.
J'aimerais dans lasuite de cet article soutenir l'opposé de ce que je tiens pour l'opinion dominante, autrement dit
HERMÈS
15,
1995
291
 
David Millersoutenir qu'un argument en tant que tel est en règle générale de peu d'importance par rapportaux questions qui font l'objet de l'argumentation. De manière plus explicite, ma thèse est que lesarguments sont dénués d'importance
épistémologique.
Mais je cours, ce faisant, le risque d'êtrebrocardé comme un irrationaliste si je ne réponds pas à la question de savoir pourquoi nousargumentons, puisqu'il pourrait sembler que je défends ce que Popper a appelé (en se référant àWhitehead) la méthode du
«à prendre ou à laisser»
(1945, vol. 2, p. 249). Je soutiendrai doncsimplement que les arguments ont une importance
méthodologique.
Puisque la logique est levéhicule de l'argumentation, c'est grâce à cette distinction entre l'épistémologie et la méthodologie que je répondrai à la question :
À quoi sert la
logique
?
Par « logique », j'entends la logique déductive, plus précisément la logique élémentaire, lecalcul des propositions et le calcul des prédicats du premier ordre avec égalité. Je ne pense pasque l'introduction dans ce débat de diverses extensions de la logique élémentaire, telles que leslogiques modale, temporelle et autres, m'amènerait à modifier sensiblement mon propos. Je mecontente sans trop d'états d'âme de l'idée selon laquelle ce n'est pas la logique qui risque desouffrir de ces adjonctions, mais plutôt nos théories de la nécessité et du temps. Quant à lalogique inductive, c'est une autre affaire
;
non parce que je pense que l'on surestime énormémentl'importance des prétendus « arguments inductifs » (ce que je crois par ailleurs), mais plutôtparce je ne pense pas qu'elle puisse être sous-estimée. À la question :
«
À quoi
pourrait
servir lalogique inductive
?
», je répondrai brièvement à la fin de l'article
:
à rien...Il doit être clair tout d'abord que je ne compte pas énoncer ici de thèses bien nouvelles. Onpeut trouver les idées principales à la base de mon propos dans les développements très clairs,quoique trop brefs, de Popper sur le rôle de la logique dans les sciences et plus généralementdans le champ de la discussion rationnelle. Voici un passage particulièrement pertinent
(1963,
p.51 ; trad. p. 86) : «
Exiger de la
science
des preuves
rationnelles
signifie qu'on ne parvient pas àdistinguer le vaste domaine de la
rationalité
du
champ
restreint de la certitude
rationnelle :
c'est làune
exigence impossible
et
déraisonnable.
L'argumentation logique, le raisonnement
déductif,
n'en
assure
pas moins un rôle décisif pour la
démarche critique ;
et ce, non
parce
qu'il nous permettrait
de prouver
nos
théories
ou de
les inférer à partir des énoncés
d'observations,
mais parce
que seul unraisonnement purement déductif nous donne la possibilité de découvrir les implications de nosthéories
et,
partant, de les soumettre
efficacement
à la critique, La
critique consiste
à
rechercher
lespoints faibles d'une théorie, et l'on ne peut, en
général,
faire
apparaître
ceux-ci que dans lesconséquences les plus lointaines de la théorie en question.
C'est
précisément en cela que leraisonnement
logique
joue un rôle essentiel dans la
démarche
scientifique.
»
À dire vrai, le thème de cet article pourrait être résumé par la caractérisation que donnePopper de la logique formelle comme
Γ«
organon
de la critique rationnelle »
plutôt que comme
Vorganon
de la preuve.Il me faut tout de même me justifier quelque peu de vouloir réouvrir un dossier que laplupart des auteurs jugent définitivement clos. Ma seule excuse est que je ne crois pas qu'il lesoit. Il me semble que les idées principales du rationalisme critique et du falsificationnisme (qui
292
 
A quoi sert la
logique
?
n'est autre que le rationalisme critique appliqué aux sciences empiriques), n'ont pas encore étébien comprises. Naturellement, nombreux sont ceux qui ont reconnu que puisque la scienceempirique est bien plus concernée par les énoncés universels que par les existentiels, il existe uneasymétrie fondamentale entre vérification et falsification. Les énoncés universels peuvent êtreréfutés, mais pas vérifiés par des énoncés singuliers. Pourtant, le falsificationnisme en tant quethéorie de la connaissance est encore souvent opposé au vérificationnisme, comme
s'ils
jouaientdans la même équipe, à ceci près que l'un serait au plus haut niveau, tandis que l'autre seraitrelégué au dernier rang. De la même manière, le rationalisme critique, quand on daigne luiaccorder quelque attention, est considéré comme étant en compétition avec les diverses formesd'épistémologie justificationniste dont on admet qu'elles constituent la gloire de l'histoire de laphilosophie. Or il existe une seconde asymétrie, rarement prise en considération, entre lesarguments critiques et les preuves ou justifications, une asymétrie qui me paraît devoir conforterl'idée selon laquelle les premiers peuvent être importants et féconds, tandis que les seconds nesauraient l'être.Notre discussion pourrait commencer par l'examen d'une curieuse conception de lalogique, que l'on trouve dans un ouvrage de David Stove, au titre d'ailleurs peu engageant de
The Rationality of Induction.
Au cours d'une manœuvre destinée à repousser l'idée que lalogique inductive devrait être formelle, ce qui la placerait à la merci des ébouriffants paradoxesgoodmaniens, Stove consacre une quinzaine de pages (p. 115-131) à critiquer l'idée selonlaquelle la logique
déductive
serait formelle. Une partie de son développement, qui ne meretiendra pas ici (en particulier parce que ce n'est que du pur non-sens), consiste à arguer qu'iln'existe pas de formes d'arguments universellement valides de généralité quelconque. Stove sepenche ensuite de manière plus intéressante sur les formes non valides de raisonnement, cequ'on appelle parfois les sophismes formels. Il remarque à juste titre que la plupart de ces formesdites non valides ont bel et bien des instances valides : ainsi, l'exemple suivant de l'affirmationdu conséquent est (sémantiquement) valide :
Ρ -* - - Ρ, - - Ρ
I
— P. Il en tire (fallacieusement)
l'idée qu'il existe des instances valides de
toutes
les formes non valides exprimables sansconstantes (propositionnelles, predicatives ou individuelles) ; et tout en concédant qu'il nepeut prouver une telle assertion, il affirme que nous disposons de « bonnes raisons » de lacroire vraie. (Malheureusement pour Stove, on peut aisément prouver qu'elle est fausse :aucune forme ayant pour prémisses des tautologies et pour conclusion une contradiction, parexemple
Ρ ν —Ρ
I —·
Ρ et - Ρ, n'a d'instances valides. Tant pis pour les « bonnes raisons »...)Plus gravement, Stove en
infère qu'il n'est jamais possible de démontrer la non-validité d'unraisonnement particulier en mettant en évidence le fait qu'il est une instance d'une forme nonvalide. (Il n'a manifestement pas cherché à comprendre ce que les logiciens attendent de laméthode des contre-exemples.) De manière encore plus inquiétante, Stove en arrive à l'idée qu'iln'existe pas de normes générales par lesquelles on puisse juger de la validité ou de la non-validitéd'un raisonnement
déductif.
Tout ce que nous puissions faire en fin de compte, c'est faire appelà notre « intuition déductive », et nous demander s'il est
possible
que les prémisses soient vraieset la conclusion fausse. Si ce n'est pas le cas, le raisonnement est non valide.
293

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