flotte victorieusement, au dessus de la faucille et du marteau, monument de pierreaux dimensions soviétiques. Sur une immense plaque de métal est écrit « 55 ans –1944 – 1999 ». Nous entrons dans la rue Vladimir Ilitch Lénine. Tous les vingtmètres, dans des kiosques jaunes, on vend du kvas. Devant le Parlement, du hautd’un piédestal surdimensionné, Lénine veille au sort de chacun, une maindiscrètement dirigée vers un avenir lumineux. Le tout est de marbre rose. On enrencontre partout des répliques de différences tailles et dans des matériaux plusou moins précieux : dans les parcs, sur les places, devant les centres culturelsetc. Les amoureux des représentations en deux dimensions –mosaïques et dessins-trouveront eux aussi leur bonheur. Lénine a le don d’ubiquité. On rencontre sondoux sourire dans les rues, dans l’esprit…et dans la mémoire des gens.Oui, Lénine aussi fut un enfantOui, en âge scolaireEt dans son sac, dans le tempsIl avait un abécédaire.Il a prononcé le mot MamanEt avec amour l’a ditEt au cœur de la forêtPour sa maman, des fleurs il a cueilli. »Vitalie se souvient parfaitement du poème, il l’a récité des dizaines de fois.Stefan confirme, ses lèvres bougent sans bruit au rythme de la récitation deVitalie. Dans le temps, on leur racontait, quand ils en étaient eux aussi àl’abécédaire, que Lénine était un enfant très obéissant. Une fois seulement ilbrisa un vase, mais il courut le dire à sa mère. Ayant reconnu sa faute de lui-même, il fut pardonné. Vladimir Ilitch était très attaché à sa mère, c’estpourquoi il lui cueillait des petites fleurs. Vladimir Ilitch était très attachéaussi aux livres. Un jour en venant de la bibliothèque, des oies l’ont attaqué.Alors, il s’est jeté à genoux, et les coudes à terre il a caché les livres sous saveste, pour que les oies ne les abîment pas. Quand sa mère a vu quels vêtementsales il avait, elle l’a grondé. Quand il lui a raconté comment il avait sali sesvêtements, sa mère a beaucoup regretté de l’avoir sermonné.« Un thé et une croûte de pain,Demande Lénine, pressé, qu’on lui apporte ;Plongé dans ses livres,C’est vers toi que ses pensées le portent. »Le camarade Lénine buvait du thé non sucré car il donnait le sucre aux enfants.Oui, il aimait beaucoup les enfants. Tout ce qu’il recevait –une pomme, unbiscuit, une pomme de terre- il le donnait aux enfants. « Il y avait même uneblague, dit Stepan. Un jour, des travailleurs lui ont amené de nombreux poissons.Il les reçut, en prit un et le sentit ; comme il ne sentait pas bon, il fit lagrimace et dit donnez-le aux enfants ! »Nous passons près du siège de la 14 ème armée. Sur le portail est dessiné unsoldat au regard téméraire, son arme dans les bras, baigné de la lumière rouge del’étoile qui montre le chemin. Les bâtiments –qui ressemblent à des foyers pourtravailleurs célibataires- sont pour la plupart abandonnés. Les carreauxpoussiéreux et parfois brisés font comme un millier d’yeux d’une monstrueusecréature à l’esprit troublé. Une petite partie des troupes est encore sur place eta monté sa chaîne de télévision. C’est ainsi que les habitants de Tiraspol peuventsuivre les chants patriotiques, les anniversaires des commandants, des ITW avec desimples soldats ou des reportages sur leurs loisirs. Ils peuvent aussi aller surles chaînes russes, sur celle de la République de Moldovie, voir leur télé «nationale » et pour ce qui est des chaînes occidentales, seulement MTV, CartoonNetwork et Discovery. Les journaux ne sont pas tellement lus car ils sont plutôtchers, surtout pour les gens des villages. On écoute radio.
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