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vec l’avènement de la société de l’informationet dans la transition post-industrielle (diCastri 1998a, 1998b, 1999), le développe-ment économique et culturel s’est fait selon descaractéristiques, des modèles et des tendances qui onttrès peu en commun avec ceux des décenniesprécédentes (di Castri 2000a). Le fait de les ignorer,comme il arrive encore assez fréquemment, équivautà se condamner au sous-développement ou – tout aumoins – à prendre un retard considérable par rapportà d’autres pays, régions, communautés et entreprises,dans un contexte aussi compétitif que celui de lamondialisation.
Un changement de société
Il serait aussi erroné de croire qu’il suffit de grefferplus de technologies de l’information sur le substratdéjà obsolète – de la société industrielle, ou de créerde nouveaux systèmes d’information, ou d’élaborerde nouvelles normes pour la diffusion de l’informa-tion et la communication, ou d’introduire plusd’ordinateurs dans les établissements de recherche etd’enseignement. Ces moyens sont sans doute néces-saires, mais ils sont insuffisants. C’est à un véritablechangement de société qu’il faut songer désormais,aussi bouleversant et beaucoup plus rapide que celuiqui a caractérisé jadis le passage de la société agricoleà la société industrielle.Un tel changement de société devra toucher tousles domaines, de la recherche et la formation audéveloppement, de la sphère psychologique et socialeà la sphère culturelle et artistique, de la gouvernancelocale à la gouvernance nationale et mondiale, et jusqu’à l’individu dans sa propre intimité qui peutavoir accès à tout type d’information en temps réel etcréer lui-même – et transmettre à qui il veut – touttype d’information et de connaissances qu’il souhaite.Il s’agit là d’une vraie
mutation sociétale 
.Il serait aussi erroné de penser que la société del’information est propre au monde déjà développé,économiquement, et que les pays pauvres en seraientexclus, ou encore que le type de développementinhérent à cette société de l’information n’est pasencore opportun ou n’est pas approprié pour vaincrele sous-développement. L’acceptation du change-ment et de nouvelles modalités de développementest souvent plus répandue dans des collectivités duSud que dans certains pays du Nord, notammentd’Europe. En outre, le développement basé surl’information et la connaissance est moins coûteuxet plus accessible. En fait, il constitue aujourd’huipresque le seul moyen de rompre le cercle vicieux dela pauvreté.Il n’est pas possible, dans le cadre limité de cecourt article, d’expliquer les multiples facteurs quiont contribué à l’émergence de la société de l’infor-mation, ni d’en préciser les caractéristiques et lespropriétés. On se reportera, à cette fin, aux travauxcités plus haut, ainsi qu’à di Castri 2003a. Letableau1 condense en 30 paramètres les principauxmodèles et phases des trois sociétés qui se sontsuccédé à ce jour dans l’histoire de l’humanité et quiont provoqué des ruptures et des discontinuitésmajeures dans la structure et le fonctionnement dela société humaine (di Castri 2000b, 2002).Le développement qui entraîne et accompagneune telle société de l’information a toutes les carac-téristiques du développement durable, entendu
Développement dans la société de l’information
Francesco DI CASTRI
 
comme un constant processus d’adaptation à deschangements successifs et imprévisibles, ce quireprésente l’unique fonctionnement possible dans unmonde ouvert et très complexe (diCastri, 1998c).Le mot «durable» en devient presque un pléonasme.Dans le tableau 2 sont résumées les trois principalesconditions qui mènent à une plus grande durabilitéet viabilité du développement, c’est-à-dire l’autono-misation des communautés locales (ce que lesauteurs appellent en anglais le
local empowerment 
), laconnectivité entre les éléments du système, et ladiversification économique, culturelle et environne-mentale (di Castri, 2003b). Ce sont les nouveaux
 piliers du développement 
.
Dix pistes pour le développementdans la société de l’information
Il est possible d’entreprendre plusieurs actions etd’atteindre de nombreux objectifs de développe-ment, dans le nouveau contexte de la société del’information, qui n’étaient même pas envisageablesavant son avènement. Ces actions et objectifs onttous deux points communs:
le développement del’homme dans la dignité et le respect de la spéci-ficité de sa culture; le refus de la marginalité dansla condition humaine.
 Je mentionnerai brièvementune dizaine de ces actions selon une approcheempirique, en me basant sur des expériencesconcrètes et réussies sur le terrain, grâce à la pratiquedu développement, au-delà de considérations théo-riques qui ne sont pas compatibles avec le cadre etl’étendue limités d’un tel article. Il n’y a toutefoisaucune contradiction entre les bases théoriques et lesapplications pratiques. Elles se nourrissent les unesdes autres par une interaction continuelle.
1.Autonomisation des collectivités locales.
L’accèsà l’information et à la connaissance signifie àprésent non seulement qu’un individu, une popu-lation et une collectivité peuvent les recevoir –même à grande distance, en temps réel et, de plusen plus souvent, dans leur propre langue – maissurtout qu’ils peuvent les élaborer, les enrichir parleur propre expérience locale et finalement lestransmettre librement aux personnes et auxcollectivités de leur choix, qu’elles appartiennentou non à la même culture qu’eux. L’informationest désormais bidirectionnelle et active; elle n’estplus verticale et hiérarchique, mais horizontale,spontanée et libre. Cette prise de conscience, quisurvient très rapidement, de ne plus être exclu duflux d’information, de pouvoir contribuer à lacréation et à la diffusion de connaissances, depouvoir aussi puiser ces connaissances dans sespropres traditions et son histoire, notamment depouvoir les adapter librement pour les rendre pluspertinentes à son propre milieu culturel et naturelet à ses propres aspirations, rend l’individu (et lacollectivité) conscient de ce
 pouvoir 
et de sa nou-velle force, le rend responsable de sa propre desti-née et en fait l’acteur principal de son propredéveloppement. Le cycle de la passivité, de lafatalité dans la pauvreté et de l’assistanat est ainsirompu, et la collectivité découvre le sens et labeauté de l’initiative propre et la noblesse del’entreprise, et retrouve des points de repère et unemotivation qui font si souvent défaut dans lemonde actuel.C’est le
local empowermen
qui est à la base dudéveloppement régional et des collectivités.Desmesures d’accompagnement sont souventnécessaires: micro-investissement et micro-capitalisation, apprentissage à distance, forma-tion de réseaux avec des communautés similairespour augmenter la taille critique des zones deproduction et des canaux de distribution. Enoutre, dans un contexte de mondialisation, c’estsurtout la spécificité du développement, le plusadapté possible aux potentialités locales et àl’engagement réel des populations, qui permetune plus grande compétitivité internationale.C’est le passage d’une économie de quantité,uniforme et standardisée, à une économie dequalité, d’innovation constante, de spécificitéculturelle et écologique, et axée sur la confiance(
trust economy 
). C’est là la révolution sociétale.
2.Accès aux secteurs économiques riches eninformation.
Il s’agit de secteurs à forte valeurajoutée, par l’utilisation et la valorisation du
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Le développement durable: Quels progrès, quels outils, quelle formation?
 
travail créatif, de l’œuvre et de la culture del’homme dans leur expression la plus vaste, despaysages culturels et des traditions d’un terroiravec ses cultures spécifiques, ainsi que des tech-nologies les plus avancées, celles de l’informationgénétique et de l’information digitale (numé-rique). Les secteurs visés sont surtout le tourismeinternational de micro-entreprise – culturel,rural, vert, écologique – (di Castri et Balaji,2002), les produits du terroir et de l’agriculturede qualité, labellisés et certifiés, avec dénomi-nation d’origine contrôlée – le plus souventproduits d’exportation – (di Castri, 2001a), lesmicro-entreprises de biotechnologie et l’artisanatde haute qualité, voire d’exportation, ainsi queles services culturels et informatiques. Parmi lesprincipaux facteurs de réussite on retrouve lemarketing international et le
benchmarking 
(l’étude des avantages comparatifs à travers lemonde), deux actions qui sont rendues possibleset facilitées– même pour les micro-entreprisesfamiliales – par les nouvelles technologies del’information.
3.Colonisation, valorisation et diversification del’espace rural.
 Avec la disponibilité de l’informa-tion et l’accès à cette dernière, qui peuvent êtrecomparables et se présenter à un prix équivalenttant dans les espaces urbains qu’en milieu rural,où la qualité de vie est par ailleurs souventsupérieure, l’exode vers les villes à la recherche deconnaissances et d’emplois – et la perte deculture rurale qui en résulte – ne constituent plusune fatalité (di Castri, 2001b). Les nouvellesconditions d’habitabilité de l’espace rural sontdéjà une réalité dans plusieurs pays, même endéveloppement, particulièrement en Asie. Lespaysages culturels entretenus par l’hommerenaissent et de nouveaux paysages adaptés sonthabilités. Cela ne veut pas dire que l’espace ruralsera consacré à l’agriculture, dont l’étendue nepourra que décroître du fait des énormes progrèstechnologiques et d’une productivité accrue dansce domaine. Espace agricole et espace rural sesuperposent partiellement, mais sont deux entitéstrès différentes dans leur gestion et leurs poten-tialités. Dans l’espace rural, en effet, se juxta-posent, comme une sorte de mosaïque, activitésprimaires (agriculture, aquaculture, agrofores-terie), secondaires (élaboration industrielle deproduits locaux, voire petites entreprises detechnologie de pointe) et tertiaires (tourisme,services culturels, éducatifs, financiers et informa-tiques). L’apprentissage à distance (
e-learning 
) etla formation permanente jouent un rôle primor-dial dans cette recolonisation rurale.
4.Désenclavement, ouverture et connexion decollectivités marginales.
Par l’information digi-tale (numérique), qui ne connaît plus de con-traintes spatiales et temporelles, et qui ignore lesfrontières et la censure, il est possible à présent dedésenclaver, d’ouvrir et de mettre en communi-cation des collectivités isolées, fragmentées et jusque-là vouées à la marginalité. Il peut s’agird’îles très éloignées mais appartenant à une mêmeculture et utilisant une même langue (comme enPolynésie, où des îles indépendantes coexistentavec d’autres jouissant de statuts d’autonomieet d’autres encore– comme l’île de Pâquessoumises à la stricte souveraineté d’un payscontinental), de communautés culturellementhomogènes mais fragmentées et réparties dans deszones montagneuses telles que les Andes ou dansles territoires arctiques, de communautés conti-nentales enclavées, sans débouché sur la mer etdisposant de moyens de transport insuffisants, desdiasporas dispersées sur les divers continents,d’ethnies et de cultures morcelées dans les terri-toires d’États différents, voire de populationsmarginales habitant les si nombreux bidonvilles,
squatter settlements, poblaciones callampas, villas miserias 
et
 favelas 
du monde entier. Des perspec-tives complètement nouvelles s’ouvrent pour cescommunautés, parfois délaissées, voire ignorées.Elles peuvent désormais avoir accès, dans lacoopération et l’interaction à distance, aux mêmessecteurs économiques auxquels on a fait référenceau point2. Le terme d’
empowerment 
a, dans ce cas,une double signification, impliquant à la fois unecommunauté locale et une culture tout entière.
Le témoin
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