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La Planète Laboratoire 1

La Planète Laboratoire 1

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Pourquoi travaillons-nous à notre obsolescence ?

Depuis la Seconde guerre mondiale, le monde se transforme progressivement en laboratoire à l'échelle 1. Au modèle du “monde usine” s'ajoute désormais un modèle de “monde laboratoire”.

Aujourd’hui la géo-ingénierie est en voie de se banaliser, justifiant ainsi, au nom de la lutte contre l'effet de serre et ses conséquences (tempêtes tropicales, sécheresses, etc.), des expériences de modification du climat à très grande échelle et de transformation de la chimie des océans.
Les satellites surveillant et analysant en permanence les variations de l'activité terrestre sont couplés avec les réseaux d'information et des technologies comme les RFID et les micro (ou nano) capteurs, créant ainsi une planète-information, une planète-virtuelle renforçant encore la puissance de gestion et de contrôle voire de transformation du réel à distance.

Ce devenir-monde du laboratoire encourage la manipulation du vivant selon la doctrine du “risque acceptable”. La radicalisation de la compétition et les “manques à gagner” dans les investissements planifiés autorisent les tests en “conditions réelles” : la recherche pharmaceutique mène des expérimentations sur des populations entières, en Afrique ou ailleurs ; la dissémination des Organismes Génétiquement Modifiés est encouragées par tous les moyens nécessaires en attendant les Organismes Atomiquement Modifiés ; les technologies sans fil mises sur le marché sans études publiques préalables font de leurs utilisateurs les cobayes d'expériences grandeur nature et en temps réel.

Le développement des technologies convergentes (bio-, nano-, cogno-, info-, robo-, sociotech) est le cercle magique dans lequel émergent des espèces biologiques et mécaniques de laboratoire et de nouvelles tables des éléments. Nombre de ces recherches s'effectuent aujourd'hui dans le secret(1). C'est pourquoi la compréhension du présent lui-même reste déterminé par l'appréhension limitée que nous pouvons avoir d'informations elles-mêmes filtrées ou orchestrées. Comment parler alors du présent ? Comment savoir où nous sommes, où nous en sommes ?

Les scénarios apocalyptiques prophétisant la fin de notre monde surpeuplé justifient les expérimentations démiurgiques du monde devenu laboratoire. L'organisation rationnelle du monde-laboratoire se retourne alors en une organisation irrationnelle menaçant ceux qui l'ont instauré.

De ceux-là, pourtant, nous ne sommes pas. Nous ne travaillons pas à ce laboratoire ni pour lui. Nous n'en sommes pas non plus les objets. Que faire alors de cette immense machine qui se développe aujourd'hui selon sa dynamique propre, devenue autonome ? Pouvons-nous réorienter le destin et les orientations de ce laboratoire dont aucun d'entre nous, ou si peu, a décidé de l'existence ? Pouvons-nous abandonner ce futur tracé par d'autres ? Autrement dit, pouvons-nous encore faire usage de notre liberté ?

(1) Il existe aujourd'hui plus d'un trillion de documents classifiés concernant la recherche scientifique aux Etats-Unis. À ces archives secrètes issues des sciences et techniques développées par tout pays prétendant poursuivre une recherche indépendante, s'ajoutent l'immense quantité de documents protégés par le secret militaire, par le secret administratif et par le secret commercial.

LA PLANETE LABORATOIRE

Sommaire
Élements d’actualité du combat vital par l’Observatoire de l’évolution
La reconstruction générale du monde par Michel Tibon-Cornillot
In vivo, l’expérience biologique sur les vivants par Alioune Diop
Liberté et machines par Ange Valderas
La numérisation générale ou le redoublement "virtuel" du "monde réel" par Michel Tibon-Cornillot
Gouverner la maison monde par Sophie Gosselin & David Guignebert
Biopolitique extraterrestre et Industries Créatives par Konrad Becker
Protection planétaire par Ewen Chardronnet
Démons du silicium par Xavier Inizan
Représenter le système par Bureau d’études
Pourquoi travaillons-nous à notre obsolescence ?

Depuis la Seconde guerre mondiale, le monde se transforme progressivement en laboratoire à l'échelle 1. Au modèle du “monde usine” s'ajoute désormais un modèle de “monde laboratoire”.

Aujourd’hui la géo-ingénierie est en voie de se banaliser, justifiant ainsi, au nom de la lutte contre l'effet de serre et ses conséquences (tempêtes tropicales, sécheresses, etc.), des expériences de modification du climat à très grande échelle et de transformation de la chimie des océans.
Les satellites surveillant et analysant en permanence les variations de l'activité terrestre sont couplés avec les réseaux d'information et des technologies comme les RFID et les micro (ou nano) capteurs, créant ainsi une planète-information, une planète-virtuelle renforçant encore la puissance de gestion et de contrôle voire de transformation du réel à distance.

Ce devenir-monde du laboratoire encourage la manipulation du vivant selon la doctrine du “risque acceptable”. La radicalisation de la compétition et les “manques à gagner” dans les investissements planifiés autorisent les tests en “conditions réelles” : la recherche pharmaceutique mène des expérimentations sur des populations entières, en Afrique ou ailleurs ; la dissémination des Organismes Génétiquement Modifiés est encouragées par tous les moyens nécessaires en attendant les Organismes Atomiquement Modifiés ; les technologies sans fil mises sur le marché sans études publiques préalables font de leurs utilisateurs les cobayes d'expériences grandeur nature et en temps réel.

Le développement des technologies convergentes (bio-, nano-, cogno-, info-, robo-, sociotech) est le cercle magique dans lequel émergent des espèces biologiques et mécaniques de laboratoire et de nouvelles tables des éléments. Nombre de ces recherches s'effectuent aujourd'hui dans le secret(1). C'est pourquoi la compréhension du présent lui-même reste déterminé par l'appréhension limitée que nous pouvons avoir d'informations elles-mêmes filtrées ou orchestrées. Comment parler alors du présent ? Comment savoir où nous sommes, où nous en sommes ?

Les scénarios apocalyptiques prophétisant la fin de notre monde surpeuplé justifient les expérimentations démiurgiques du monde devenu laboratoire. L'organisation rationnelle du monde-laboratoire se retourne alors en une organisation irrationnelle menaçant ceux qui l'ont instauré.

De ceux-là, pourtant, nous ne sommes pas. Nous ne travaillons pas à ce laboratoire ni pour lui. Nous n'en sommes pas non plus les objets. Que faire alors de cette immense machine qui se développe aujourd'hui selon sa dynamique propre, devenue autonome ? Pouvons-nous réorienter le destin et les orientations de ce laboratoire dont aucun d'entre nous, ou si peu, a décidé de l'existence ? Pouvons-nous abandonner ce futur tracé par d'autres ? Autrement dit, pouvons-nous encore faire usage de notre liberté ?

(1) Il existe aujourd'hui plus d'un trillion de documents classifiés concernant la recherche scientifique aux Etats-Unis. À ces archives secrètes issues des sciences et techniques développées par tout pays prétendant poursuivre une recherche indépendante, s'ajoutent l'immense quantité de documents protégés par le secret militaire, par le secret administratif et par le secret commercial.

LA PLANETE LABORATOIRE

Sommaire
Élements d’actualité du combat vital par l’Observatoire de l’évolution
La reconstruction générale du monde par Michel Tibon-Cornillot
In vivo, l’expérience biologique sur les vivants par Alioune Diop
Liberté et machines par Ange Valderas
La numérisation générale ou le redoublement "virtuel" du "monde réel" par Michel Tibon-Cornillot
Gouverner la maison monde par Sophie Gosselin & David Guignebert
Biopolitique extraterrestre et Industries Créatives par Konrad Becker
Protection planétaire par Ewen Chardronnet
Démons du silicium par Xavier Inizan
Représenter le système par Bureau d’études

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expérimentations démiurgiques du mondedevenu laboratoire. L'organisationrationnelle du monde-laboratoire se retournealors en une organisation irrationnellemenaçant ceux qui l'ont instauré.
D
e ceux-là, pourtant, nous ne sommespas. Nous ne travaillons pas à celaboratoire ni pour lui. Nous n'en sommes pasnon plus les objets. Que faire alors de cetteimmense machine qui se développeaujourd'hui selon sa dynamique propre,devenue autonome ? Pouvons-nousréorienter le destin et les orientations de celaboratoire dont aucun d'entre nous, ou sipeu, a décidé de l'existence ? Pouvons-nousabandonner ce futur tracé par d'autres ?Autrement dit, pouvons-nous encore faireusage de notre liberté ?grandeur nature et en temps réel. Ledéveloppement des technologiesconvergentes (bio-, nano-, cogno-, info-,robot-, sociotech) est le cercle magique danslequel émerge des espèces biologiques etmécaniques de laboratoire et de nouvellestables des éléments. Nombre de ces recherches s'effectuentaujourd'hui dans le secret (*). C'estpourquoi la compréhension du présent lui-même reste déterminée par l'appréhensionlimitée que nous pouvons avoird'informations elle-même filtrées ouorchestrées. Comment parler alors duprésent ? Comment savoir où nous sommes,ou nous en sommes ?Les scénarios apocalyptiques prophétisant lafin de notre monde surpeuplé justifient les
La reconstruction générale du monde :
"L’expérimentation n’est pas d’abord vérification maisinstitution, construction d’une nouvelle réalité“
p.4
Biopolitique extraterrestre et industries créatives… p.11
“On peut passer sa vie à mesurer les dimensions de sa prison“
2007 - 62e année16 pages - 2 euros
Un "Ops Center" de l'agence britannique d'opérations psychologiques
Strategic Communications Laboratories.
Ce centre de psyops opère dans un pays que l’agence a refusé de nommer (http://www.scl.cc).
D
epuis la Seconde guerre mondiale,le monde se transformeprogressivement en laboratoire àl'échelle 1:1. Au modèle du “monde usine”s'ajoute désormais un modèle de “mondelaboratoire”.Aujourd’hui la géo-ingénierie est en voie dese banaliser, justifiant ainsi, au nom de lalutte contre l'effet de serre et sesconséquences (tempêtes tropicales,sécheresses, etc.), des expériences demodification du climat à très grande échelleet de transformation de la chimie desocéans.Les satellites surveillant et analysant enpermanence les variations de l'activitéterrestre sont couplés avec les réseauxd'information et des technologies commeles RFID et les micro (ou nano) capteurs,créant ainsi une planète-information, uneplanète-virtuelle renforçant encore lapuissance de gestion et de contrôle voire detransformation du réel à distance.Ce devenir-monde du laboratoire encouragela manipulation du vivant selon la doctrinedu “risque acceptable”. La radicalisation dela compétition et les “ manques à gagner ”dans les investissements planifiés autorisentles tests en “ conditions réelles ” : larecherche pharmaceutique mène desexpérimentations sur des populationsentières, en Afrique ou ailleurs ; ladissémination des OrganismesGénétiquement Modifiés est encouragée partous les moyens nécessaires… en attendantles Organismes Atomiquement Modifiés ;les technologies sans fil mises sur le marchésans études publiques préalables font deleurs utilisateurs les cobayes d'expériences
(*) Il existe aujourd'hui plus d'un trillion de documents classifiés concernant la recherche scientifique aux Etats-Unis(voir Herbert Foerstel,
Secret science : Federal control of American Science and Technology,
Praeger, 1993). À cesarchives secrètes issues des sciences et techniques développées par tout pays prétendant poursuivre une rechercheindépendante, s'ajoutent l'immense quantité de documents protégés par le secret militaire, par le secret administratif et par le secret commercial.
Pourquoi travaillons-nousà notre obsolescence ?
Gouverner la maison-monde :
"La machine à habiterdevient une mécanique qui définit par avance nos possibilités d'agir“
p.10
 
par l’observatoire del’évolution
1.Une nouvelle genèse
Les plus grandes vilenies d’aujourd’hui ne proviennent pas dece qu’on les fait, mais de ce qu’on les laisse faire.Elles se développent dans le vide.Robert Musil,
L’homme sans qualités
(vers 1920)
E
n 1989, en même temps que le pouvoir socialistefrançais célébrait avec le plus de fureur possible larévolution française, les ingénieurs d’IBM parve-naient de leur côté à dessiner le logo de leur entreprise àpartir de la manipulation de 35 atomes de xénon. Depuislors, et même s’il ne constitue qu’une étape de plus dansle chemin de l’artificialisation du monde que noussommes employés à produire, le développement desnanotechnologies a connu un essor qui aurait pu semblereffrayant si on ne s’était pas depuis longtemps accoutuméà travailler pour devenir ce qu’il faudrait bientôt dépasser.Les nanotechnologies ouvrent la voie à la reconstructiondu monde à partir d’entités élémentaires remaniées. Danscette nouvelle genèse toutes les classifications des êtresexistants se trouvent abolies. Bien entendu la barrièresubjective entre inerte et vivant n’a plus lieu d’être ; labarrière entre espèces n’existera
a fortiori
plus non plus.Quant à la fameuse barrière immunologique qui évitethéoriquement aux organismes vivants d’être infestés pardes corps étrangers, elle devient caduque, la nanoparticu-le pénètre les cellules vivantes aussi bien qu’un sucre sedilue dans l’eau.La transgenèse à laquelle travaillaient les biologistesmoléculaires sera “naturellement” franchie. Animaux etmachines fusionneront dans la Mégamachine, consoli-dant le caractère artificiellement vivant du système socialet le caractère machinal des organismes naturellementvivants. Enfin des nano-entités auto-reproductibles pour-ront s’employer à créer des macro-organismes. Ce dernierpoint est un grand sujet d’inquiétude pour les
mutants
quiont peur que la vie sociale leur échappe tandis que les
néo-mutants
(mutants plus audacieux) surmontent cettepeur et acceptent avec délectation de devenir n’importequoi au sein de la Mégamachine.Cette dernière, par l’interconnexion fusionnelle de toutce qui s’y trouve, ressemblera donc à une grande soupièredans laquelle tous les corps défaits de leur être baignerontet s’agenceront dans un magma de postures halluci-nantes. C’est ce qu’on appelle la convergence : nano, bio,info et cognito ne formeront plus qu’une matière et unsujet globalisés.A partir de cette vision, il est sans doute vain de chercherà envisager les risques potentiels de cette nouvelle avan-cée du génie technicien ; ils sont tous présents dans cetteextraordinaire dilution. L’ordre de la raison naturelleayant définitivement disparu, il ne sera plus question deparler de
 pollution,
terme qui indiquait autrefois qu’unélément matériel se trouvait là où il n’avait en principepas de raison d’être ; par exemple qu’un atome de césiumradioactif n’avait pas lieu de se trouver dans un champi-gnon ou dans l’encéphale d’un enfant.“ Il y a plein de place inoccupée au niveau atomique ” ;ces propos de Richard Feynman, illustre et excentriquephysicien (pas tout de même au point de se tenir à l’écartdu fabuleux projet Manhattan auquel participèrent lesplus brillants physiciens occidentaux), sont célébréscomme une invitation à aller chercher dans l’intimité dela matière ce qui se fait rare dans notre environnement :de la place, de l’énergie et des nouveaux marchés. Pour-tant l’importance des ressources énergétiques et hydrau-liques nécessaires à la nouvelle industrialisation de lamatière aura vite fait d’absorber à peu près tout ce quidemeure de ressources naturelles macroscopiques (c’est-à-dire que l’homme d’aujourd’hui peut toucher du doigtet mettre dans sa poche). Les tensions sociales et géopo-litiques ainsi créées, rendront de toute évidence indis-pensable la multiplication des dispositifs sécuritaires.Si le moteur du développement des nanotechnologies futcette course aveugle à la puissance que n’ont jamais réus-si à endiguer les êtres, d’abord abrités puis ensuite enfer-més dans l’espace social, il est bien naturel que les déci-deurs politiques, militaires et économiques foncent lesyeux fermés dans ce nouveau jeu de l’évolution, leur pro-motion sociale ne leur laisse pas la possibilité d’hésiter.Aux humains qui s’inquiéteraient de ce qui arrive, il serad’abord resservi l’argument de leur santé : “on va enfinvraiment stopper l’épidémie de cancer ”! Et dès qu’uneparcelle d’un corps menacera de se dérégler, un nanoro-bot entrera en action pour la réparer. Les sens pourrontêtre considérablement améliorés, rectifiés ou tout simple-ment adaptés à ce qu’ils seront censés produire. Plusaucun corps, aucune donnée numérique, aucune pensée,n’échappera à la surveillance et à la standardisationadministrées par les règles du marché mondial. D’un cer-tain côté bien sûr, c’est tant mieux : les trafiquants de boisprécieux, d’espèces menacées et surtout de nouveaux nésn’ont qu’à bien se tenir.Aux âmes sensibles qui face à cette situation
 pircorwel-lienne
seraient pris d’un nouveau vertige approfondi,l’idéologie néo-mutante expliquera qu’après tout, l’évolu-tion en cours ne fait que prolonger ce que l’homme a tou-jours fait et que de toutes façons, personne n’y peut rien,ce qui bien que non définitivement prouvé, est tout demême bien vraisemblable, et en tout cas reste à réfuter.Cette dernière tâche risque d’être assez fastidieuse ce quin’empêchera pas certains de la trouver plaisante.
2.La raison malmenée
S
ans nos bêtes - qu’on nous enlèverait pour les brûler parce qu’ellesne sont pas équipées de puces - nous ne serons plus rien.
Entendu de la voix d’éleveurs de brebis, un des premiers soirsde 2006 au Domaine autonome de Matens, France
L
a critique du progrès est faite — depuis plusieurs mil-lénaires —, celle de l’économie de la production et dulibéralisme plus récemment, mais aucune, pas plus que lesplus pertinentes des récentes théories critiques sociales,n’a pu infléchir la direction de l’évolution sociale —, cequi confirme au passage que ce qui jusque-là active cetteévolution n’est certainement pas une volonté ou une rai-son humaine.Il n’est aujourd’hui plus temps de se demander si les révo-lutions technologiques sont bonnes ou mauvaises, si lascience peut être utile à l’homme ; chaque progrès tech-nique est dévastateur.Pour plaider la cause du progrès il n’est plus possible dedire qu’il a conforté la situation démographique de l’hu-main d’une façon extraordinaire puisque ce succès s’esttransformé en cauchemar et que les mutants appellentdésormais à la chasse à l’humain (cf.http://mutation.ifrance.com/hominisation.htm).Il est encore possible — en dépit de la multiplication descatastrophes naturelles — de se réjouir de ce que l’hom-me moderne ne craigne plus les intempéries, les préda-teurs, et nombre de contraintes physiques comme l’éloi-gnement des lieux à visiter ou la faiblesse de son corps.Que ces améliorations aient confiné l’être humain dansdes dispositifs sociaux chaque jour plus surveillés et sécu-risés, que l’échange qui est la base de la vie, ne s’accom-plisse plus entre humains et environnement naturel, maisentre humains parqués et le monitoring social, rien decela ne devrait déranger outre mesure les mutants quenous sommes.Pour prolonger la plaidoirie progressiste reste encore àreconnaître que les techniques apportent tout une séried’émancipations dont la plus manifeste est la prise de dis-tance des hommes par rapport à l’ancienne dominationde la nature et aux superstitions qui accompagnaient cetétat ancestral de notre entente avec le monde.Si ces émancipations incarnent la grandeur de la cultureoccidentale, il faut bien remarquer qu’elles ne font qu’ac-compagner l’aliénation de l’ordre biologique à l’ordresocial et l’enfermement du vivant dans un dispositif decontrôle de tout ce qui existe. Ainsi par exemple, dans ladeuxième moitié du XXe siècle l’émancipation desfemmes de la domination masculine a coïncidé (et cen’est pas fortuit) avec la multiplication des dispositifstechniques aliénants.Ce qui de notre point de vue ébranle le discours apologé-tique du progrès est d’abord le fait que le processus del’évolution se soit imposé de façon indépendante de lavolonté humaine. Même si bien entendu certainshumains sont enchantés du progrès social, il est évidentque la question ne s’est démocratiquement jamais poséede savoir s’il était souhaité. Il était une condition de l’évo-lution sociale, et on ne pouvait chercher qu’à se sentirheureux de ses effets positifs.On entendra encore, quoi que de plus en plus faiblement,que, tout de même des décideurs décident et que donc deshumains investis de la responsabilité politique ont avaliséce qui est advenu. Cet argument paraît aujourd’huipresque grotesque : les décideurs en place n’ont été pro-mus que parce qu’ils avaient accepté par avance les extra-vagantes exigences du développement technique, c’est-à-dire qu’ils n’ont jamais rien décidé d’autre que de laisserfaire les forces de la domination.Ce qui devrait finir de ruiner l’idée de progrès aux yeuxdes humains, c’est que celui-ci les a rendu obsolètes. L’hu-main est comme on l’a dit cet être plastique qui s’est prêtéà toutes les transformations, agent d’une évolution qui ledétruit à mesure qu’elle le construit. Instrument donc,mais aussi victime de l’évolution. Une victime qui estdésormais largement concurrencée dans la production etl’utilisation des dispositifs innovants. C’est pour cela quela conception et l’usage de ce qui se fabrique, se trouventchaque jour davantage transférés à des machines auto-programmables. Et la perspective d’un monde débarrasséde cet encombrant parasite est désormais envisagée.Le contexte historique extraordinaire dans lequel nousnous trouvons est donc celui de la fracture sociale ; nonpas une fracture sociale telle qu’en parlait autrefois le Pré-sident d’une République en voie de privatisation, pourdésigner ce qui séparait les serviteurs zélés de l’évolutionde ceux qui, faute d’avoir pu ou voulu suivre le rythme, setrouvaient rejetés en queue de peloton dans les banlieues;il s’agit ici de la fracture qui Cette fracture sépare lesmachines et institutions sociales – qui forment désormaisla partie influente du corps social et en maîtrisent le déve-loppement en fonction de leurs intérêts propres –, etd’autre part les humains qui se trouvent enfermés dans cedispositif toujours plus contrôlé.Ainsi sommes-nous tous amenés à participer activementet le plus efficacement possible à l’éradication du vivant,faute de nous voir toujours plus rapidement exclu du jeusocial. Cet assujettissement de l’individu à l’élaborationd’un dispositif social destructeur et dominateur, s’opèrepar la vertu d’un mécanisme partout à l’œuvre. Ce méca-nisme (baptisé le
bonus du négatif 
) s’explique sommaire-ment par le fait qu’il est statistiquement improbable queles humains décident partout ensemble d’arrêter de colla-borer au pillage, même si celui-ci ne fait que ruiner lemonde qu’ils habitent (et ceux qui ne pillent pas pren-nent du retard). L’introduction du politique qui visait sansdoute à prémunir les sociétés humaines de ce phénomène,n’a fait historiquement que le projeter avec plus de forceen dehors des frontières de l’espace social, jusqu’au pointoù il existe désormais globalement partout. Et tandis parexemple, qu’une génération participe à la spéculation fon-cière pour se loger, il sera devenu pratiquement impossibleà la suivante de disposer d’un espace de vie ; tandis enco-
LA PLANÈTE LABORATOIRE
2
Un acarien et un micromoteur pour microserrure d'armes nucléaires, Microelectromechanical Systems (MEMS)du Sandia National Laboratory. (Sandia National Laboratories Intelligent Micromachine Initiative)www.mems.sandia.gov).
Eléments d’actualité du
combat vital
à propos des nanotechnologies et du monde qui va avec
 
 
re qu’une génération entend préparer sa retraite en capi-talisant ses économies dans des fonds de pension, elle estemployée à saper les conditions de survie à la surface dela planète.Se débattre sans perspective de délivrance dans ce piègene fait que nous y enfoncer un peu plus. C’est sans doutece que veulent dire certains radicaux lorsqu’ils critiquentles gauchistes, les citoyennistes, les alter mondialistes etla plupart des groupes ou des individus qui tentent avecplus ou moins de perspicacité de résister à ce qui se passe.C’est peut-être aussi ce que pensent intuitivement beau-coup qui ont décidé de ne rien faire, pas même de penser.De fait, la période présente est encore de celle
où l’on doitsous peine de sombrer dans le désarroi ou l’inconscience, toutremettre en question.
Si la situation présente engendre un ressentiment peut-être voisin de ce qu’ont pu ressentir les peuples vaincusquand ils ont dû renoncer à leur culture pour épousercelle de leurs nouveaux maîtres, la situation est désormaisparticulière en cela que cette fois-ci, ce sont les ultimesvainqueurs humains de l’histoire – disons les technomar-chands occidentalisés – qui éprouvent le sentiment deleur propre fin, et que les nouveaux maîtres, quand onleur cherche quelques apparences familières, présententles traits de robots et dispositifs machinaux.Or, ce qui caractérisait jusqu’à présent les mutants (ceuxqui cherchent avec empressement à obtempérer à cequ’ils pensent être la voie de l’évolution), c’est qu’ils pou-vaient s’accommoder des exigences de la modernité enadoptant une idéologie émancipatrice qui semblait enco-re
humainement
raisonnable. Ce n’est plus le cas aujour-d’hui ; que ce soit le surnaturel, le divin, l’économique,l’humanisme, le rationalisme, le socialisme, toutes lesidéologies se trouvent discréditées. Ce à quoi il est néces-saire d’adhérer pour prospérer défie aujourd’hui la raisonhumaine y compris l’esprit de la méthode scientifique, etil est clair que si nous devions poursuivre dans cette voieil nous faudrait nous défaire de notre apparence d’hu-mains. Rien ne fonctionne plus qui puisse être raison-nable en dehors de l’idée de se transformer en
n’importequoi, pourvu que ça marche.
C’est pourquoi la nouvelle idéologie, l’idéologie néo-mutante, se propose précisément d’énoncer les raisonspour lesquelles nous devrions trouver judicieux de dépas-ser le stade d’humains.
3. Le combat vital,
à Grenobleici et ailleurs !
Puisque nous sommes déjà morts, profitons en !
(proverbe zapatiste)
P
our qu’une possibilité de renverser le cours des chosesexiste, il faudrait non seulement qu’il soit devenu fla-grant pour la majorité des humains qu’il est préférable dedéserter le système et vivre autrement en mobilisant leurénergie autour de projets de reconstruction, mais encoreque cela intervienne partout simultanément. Et pour celail faudrait surtout que ceux qui sont invités à s’intégrer ausystème technomarchand refusent d’y venir.Les multiples stratégies de résistance se heurtent à cettedifficulté. Par exemple, le concept de décroissance quirepose sur un constat assez réaliste de notre situation éco-logique, paraît ignorer que la croissance n’est pas unchoix d’évolution désiré ou organisé par les hommes maisune obligation imposée par les exigences de dominationdes sociétés les plus influentes dans la colonisationrationnelle du monde vivant. Comment les promoteursde ce concept peuvent-ils imaginer que la société où ils setrouvent, acceptera un redoutable affaiblissement de sapuissance au moment même où un milliard d’individusexpérimentent une croissance hallucinante et de ce faitpourront bientôt (eux ou ceux qui travailleront avec eux)prendre possession des terres des
décroissants
encore plusfacilement que l’Occident colonisa le monde.Les forces susceptibles de refouler la machinisation duvivant, on ne saurait donc les rechercher au sein despopulations qui ont accepté, bon gré mal gré, de produirece monde. C’est essentiellement parmi ce qui subsisteencore hors de la sphère technomarchande ou dans ce quin’y a pas encore poussé, qu’il convient de rechercher cequi pourrait donner force à un mouvement. C’est doncavec les populations du sud (pour autant qu’on ne se fassepas trop d’illusion sur leur capacité à rester insensible à lapropagande marchande) et éventuellement avec les nou-velles générations du nord (celles qui ne sont pas encoresorties du système scolaire pour prendre poste) qu’il fautcompter.Dans nos pays, il n’est pas impossible de croire que le lieud’où pourra s’organiser une résistance massive et significa-tive à ce qui arrive, est le
Lycée
. Maintenir une commu-nauté humaine dans laquelle les enfants ne soient pasadmis à la cantine après l’accord d’un dispositif biomé-trique qui donne accès à des plateaux repas atomisés, nepeut résulter que d’un puissant désir et d’une réflexion deslycéens. C’est à une génération en devenir qu’échoue l’es-poir de se préparer à vivre dignement plutôt qu’à postulerà un poste d’agent social. Leurs aînés impliqués de maniè-re dispersée dans ce même combat ne pourront que leurprêter main forte et si besoin leur transmettre quelquesavertissements.1er février 2006
LA PLANÈTE LABORATOIRE
3
Système américain de gouvernance misen place après 1971
 par Bureau d’études, 2007

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