DIODORE DE SICILE.
PRÉFACE
.Ce qui caractérise au plus haut degré les historiens grecs, c'est cetteuniversalité de connaissances qu'on chercherait en vain chez les historiensmodernes. Les Grecs avaient conçu l'histoire sur le même plan que leurphilosophie : tout devait y entrer. La mythologie , la morale, la législation ,la théologie, dans le sens qu'y attachaient les anciens, les lettres, lessciences devaient trouver leur place dans l'histoire universelle dontDiodore a essayé de réaliser l'idée gigantesque. Cette multiplicité dematières est loin d'être un défaut : elle fait le mieux ressortir lesconditions dans lesquelles un empire naît, grandit et tombe. Car, il fautbien le reconnaître, l'homme moral, malgré son libre arbitre, se modifieinsensiblement en raison des circonstances qui l'entourent, de même quel'homme physique subit l'influence absolue du milieu atmosphérique. Lesconditions dans lesquelles l'homme et la société se développent, sontsoumises à des lois certaines, et donnent l'explication naturelle de biendes événements.Les ouvrages historiques des anciens renferment des détails que leshistoriens de nos jours semblent dédaigner. Les descriptions minutieusesd'un temple, d'une statue, d'un tombeau, d'un vase, d'un alliage précieux,d'une mine en exploitation, etc., paraissent des hors-d'œuvre inutiles. Mais
VI
ces prétendus hors-d'œuvre, ces détails taxés de superflus, sinon depuérils, nous permettent précisément de sonder, en grande partie, lemilieu moral, la civilisation industrielle, dont les arts et les sciences sontles principaux agents. Avec des fragments empruntés aux œuvresd'Hérodote, de Thucydide, de Xénophon, de Polybe, de Diodore, dePlutarque, on pourra réussir à construire l'histoire des arts et des sciencesdans l'antiquité; — je l'ai moi-même naguère essayé pour la chimie ; —mais jamais nos descendants ne pourront faire de semblables tentativesavec les œuvres des historiens de nos jours. Telles sont les réflexions qui se sont présentées à mon esprit pendant latraduction de la Bibliothèque historique.Peu d'écrivains ont été aussi différemment, je dirai même aussiinjustement appréciés que Diodore, natif d'Agyre, en Sicile, etcontemporain de Jules César. Si les uns lui ont décerné des élogesexagérés, les autres lui ont infligé un blâme immérité. Justin le martyr n'hésite pas à considérer Diodore comme le plus célèbredes historiens grecs (01). Eusèbe lui-même semble partager cette opinion(02). Enfin, Henri Etienne, renchérissant encore sur ces témoignages,s'écrie avec enthousiasme : « Notre Diodore brille parmi tous les historiensqui sont parvenus jusqu'à nous, comme le soleil parmi les astres (03) ! »
vii
Au nombre des détracteurs de Diodore, nous citerons en première ligneL. Vives, savant espagnol, mort en 1540. Suivant Vives, l'auteur de la
Bibliothèque historique
n'est qu'un conteur fastidieux (04).
Nihil est eonugacius
, dit-il, en parodiant ces paroles de Pline l'ancien :
Primus apud
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