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CesaireAntillanismes

CesaireAntillanismes

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01/05/2012

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L'œuvre d'Aimé Césaire et le ‘français régional antillais’
1. Introduction1.1. Contexte : la lexicographie différentielle francophone
L’exposé que je vais vous présenter est à replacer dans le contexte plus large d’un projet de rédaction de ce qui devrait devenir, à moyen terme, un dictionnaire historique,comparatif et philologique des régionalismes du français des auteurs antillais, dans le sillagedes DSR, DHFQ et DRF.Je rappelle que ces dictionnaires se donnent pour but de décrire, sous forme lexico-graphique, les particularités diatopiques du français en francophonie (j’emploie ici ce motdans son acception globalisante, c’est-à-dire qui inclut la France !). Ils se caractérisent par uncertain nombre de traits structurels :
-
 
leur visée est historique : ils tentent de rendre compte de l’origine et de l’histoire du mot,ainsi que de sa représentation dans le discours scientifique (d’où l’importance des bilans bibliographiques consacrés à chaque mot) ;
-
 
ils se veulent comparatifs, c’est-à-dire que les phénomènes lexicaux à décrire sontreplacés dans un contexte géographique plus vaste : à titre d’exemple, mentionnons queles particularités des français d’Amérique trouvent souvent leurs correspondants dansl’Ouest de la France ;
-
 
enfin, ils sont philologiques, dans la mesure où ils fournissent au lecteur un très grandnombre de citations illustrant les nombreux emplois du mot à travers les genres et lestypes de discours, en privilégiant toutefois le discours littéraire et, dans une moindremesure, journalistique.Un dictionnaire de ce genre n’existe pas encore pour le français des auteurs antillais,ce qui est très regrettable ; d’une part, parce que ce français s’avère très riche en particularitéslexicales de toutes sortes ; d’autre part, parce que nous avons beaucoup à apprendre d’unemeilleure connaissance de ce français dans une optique comparative, car dans une certainemesure les français d’outre-mer sont les véritables archives vivantes de ce français populairevéhiculaire de l’époque coloniale qui n’a malheureusement pas laissé beaucoup de traces dansla lexicographie ou la littérature de l’époque.
1.2. Le concept de ‘français régional antillais’
Certains m’objecteront peut-être que le ‘français régional antillais’ est un objetinexistant, et que par conséquent il serait vain de vouloir lui consacrer un dictionnaire. Il esten effet bien connu que les locuteurs qui vivent en situation de diglossie français/créole sont prompts à nier l’existence de leur variété régionale de français, n’y voyant qu’une accumu-lation de ‘fautes’ condamnables ; on préférerait vivre dans l’illusion rassurante que seul lefrançais le plus châtié est pratiqué aux côtés du créole, que certains cherchent également à parler d’une façon illusoirement conçue comme ‘pure’. Les adversaires de la notion de‘français régional antillais’ se comptent également parmi ceux qui redoutent de voir ce dernier s’approprier ne serait-ce qu’une toute petite partie de la valeur identitaire normalement recon-nue au créole ; d’autres encore le craignent parce que sa reconnaissance risque d’accélérer la
 
André Thibault – Université Paris-Sorbonne (Paris-IV) – Réseau ‘Étude du français en francophonie’ de l’AUFColloque international
‘Aimé Césaire à l’œuvre’ 
 – Paris, ENS, 8-9 octobre 2008
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francisation du créole, lequel pourrait alors disparaître purement et simplement. Je voudraissimplement signaler pour l’instant que l’existence du français régional antillais est désormaisreconnue explicitement par un auteur qu’on ne peut pas soupçonner d’être un adversaire ducréole, Raphaël Confiant, qui écrit en page 31 de son nouveau
 Dictionnaire créole marti-niquais – français
(Ibis Rouge, 2007) : « le français est devenu une ‘langue naturelle’ à laMartinique tout en prenant, au cours de ce processus de naturalisation (ou de nativisation, sil’on préfère) une coloration autochtone relativement marquée. »Pour moi, le français régional antillais est d’ailleurs à considérer dans toute l’étenduede ses registres. Si je m’empresse d’apporter cette précision, c’est qu’on a trop souventtendance à concevoir les variétés diatopiques d’une langue comme limitées à la langue parlée,voire relâchée ; or, il peut y avoir des régionalismes dans tous les types de discours et tous lesniveaux de langue. C’est au discours littéraire que j’ai choisi de me consacrer, en raison de larichesse intrinsèque de ce type de discours, et de ses implications culturelles et identitaires ;mais j’espère que de riches corpus de langue parlée verront le jour et pourront donner lieu àdes études consacrées spécifiquement à ce type de discours, lesquelles nous permettraient de projeter un éclairage complémentaire sur le portrait nécessairement partiel que nous fournitl’étude de la seule langue littéraire.
1.3. La frontière entre ‘français’ et ‘créole’
En ce qui concerne le problème de la frontière entre français et créole, je n’ai pasl’intention de m’y attaquer ici ; je parlerai simplement de ‘types lexicaux’, sans présumer del’appartenance de chacun d’entre eux à des codes linguistiques clairement séparés. Je vou-drais préciser toutefois que je travaille exclusivement sur des ouvrages écrits en français, ouqui en tout cas s’adressent à un lectorat international, bien que dans plusieurs d’entre eux decourts passages en créole puissent apparaître à l’occasion.
1.4. Quels auteurs doit-on étudier en priorité ?
Vous l’aurez remarqué, la régionalité linguistique n’est pas du goût de tous les auteurs.Certains s’efforcent d’éliminer autant que faire se peut tout trait régional de leur style.D’autres en revanche se livrent à une accumulation baroque de traits régionaux et de motsd’auteur. Il convenait, pour initier ce projet, d’analyer la production d’un auteur qui fait unusage régulier – mais jamais pléthorique ni caricatural – de régionalismes. Notre choix s’est porté sur Joseph Zobel, auteur martiniquais dont nous avons dépouillé exhaustivement toutl’œuvre en prose (v. Thibault / Drouin à paraître pour une présentation d’ensemble du projet ;Thibault 2008 pour une première publication consacrée à une présentation comparative desrégionalismes communs aux Antilles et au Québec ; et Thibault à paraître pour un glossaireexhaustif des régionalismes du roman
 Rue Cases-Nègres
).Dans la même lignée, l’un de nos doctorants, M. Teodor Zanoaga, a entrepris il y a unan une thèse sur les régionalismes dans l’œuvre d’Ernest Pépin, et l’une de nos étudiantes demaster 2, M
lle
France Sainval-Noël, rédige cette année son mémoire sur le roman
SoliboMagnifique
de P. Chamoiseau ; en outre, deux de nos étudiants de master 1 (M
lle
PaulinaMorawiecz et M. Jean-Louis Laurilmar) travaillent sur l’écrivain haïtien Jacques Roumain.
 
André Thibault – Université Paris-Sorbonne (Paris-IV) – Réseau ‘Étude du français en francophonie’ de l’AUFColloque international
‘Aimé Césaire à l’œuvre’ 
 – Paris, ENS, 8-9 octobre 2008
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2. Les antillanismes dans l’œuvre d’Aimé Césaire
 A priori
, Aimé Césaire ne m’était pas apparu comme un auteur à dépouiller en prio-rité, dans l’optique de l’élaboration d’un dictionnaire historico-comparatif des particularitésrégionales du français des Antilles. Le style de Césaire est plutôt caractérisé par un richevocabulaire encyclopédique, un lexique très recherché dans lequel les racines gréco-latines etles termes hautement spécialisés des nomenclatures savantes tiennent le haut du pavé.Pourtant, je savais bien qu’en raison de l’importance de cet auteur dans le panorama deslettres antillaises, il faudrait bien que je me donne un jour la peine de faire le relevé exhaustif des mots qui présentent un intérêt diatopique dans son œuvre, et je remercie les organisateursde ce colloque de m’en avoir donné l’occasion. Contre toute attente, j’ai relevé quelquesdizaines d’antillanismes chez Aimé Césaire – ce qui évidemment n’est pas beaucoup auregard des quelque 500 mots relevés chez Zobel, mais lorsqu’il s’agit de donner à ces motsleurs lettres de noblesse dans le cadre d’un dictionnaire qui aura, entre autres, la fonctiond’une anthologie de citations littéraires antillaises, chacune de ces attestations s’avère très précieuse. On remarquera que ce ne sont pas tous les ouvrages de Césaire qui contiennent desantillanismes : ces derniers ont été relevés prioritairement dans
Cahier d’un retour au paysnatal 
ainsi que dans les recueils
 Les armes miraculeuses
,
Cadastre
et
Moi, laminaire
.Du point de vue de leur origine, ces régionalismes illustrent plusieurs cas de figure (v.ci-dessous, section 4), comme le prouve la vingtaine d’articles que je leur ai consacrée pour cette présentation (v. ci-dessous, section 6).
3. Méthodologie
 Sur la méthodologie qui doit présider à la confection d’un glossaire des particularitésdiatopiques d’un auteur littéraire, je me contenterai de renvoyer ici à Thibault 2006, où sontdétaillées les différentes facettes d’une telle entreprise. Les articles réunis ci-dessous, section6, s’inspirent des propositions réunies dans cet article. Je rappellerai très brièvement quellessont les principales articulations d’un article : un mot-vedette sous forme lemmatisée, suivi del’indication de sa catégorie grammaticale, d’une définition, d’éventuels renvois sémasio-logiques et onomasiologiques, d’un bloc de citations numérotées et dûment référencées (letout pouvant se scinder en de nombreuses subdivisions si la sémantique du mot s’y prête) ;cette première partie, synchronique, est suivie d’un commentaire historico-comparatif, qui peut comporter entre autres des attestations anciennes ; puis, un bilan bibliographique clôtl’article, en présentant par ordre chronologique les principaux ouvrages de référence qui onttraité du mot (il s’agit essentiellement de dictionnaires historiques et étymologiques defrançais, mais aussi de créole).
4. Typologie
Les antillanismes relevés chez Césaire appartiennent à différentes catégories, du pointde vue de leur origine. Comme c’est le cas un peu partout en francophonie, on retrouve desarchaïsmes, des emprunts aux langues en contact, ainsi que divers types d’innovations, for-melles ou sémantiques.
4.1. Héritages galloromans
Les mots maintenus en périphérie mais considérés comme régionaux ou très populaires dans l’usage central constituent l’une des principales catégories de régionalismes

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