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Prolégomènes àProlégomènes àProlégomènes àProlégomènes à une édition critiqueune édition critiqueune édition critiqueune édition critique des fragments dudes fragments dudes fragments dudes fragments du
Livre des faits d’Arthur Livre des faits d’Arthur Livre des faits d’Arthur Livre des faits d’Arthur 
 La légende arthurienne a connu au Moyen Age un succès durable sur le continent,particulièrement en Bretagne où pas moins de quatre textes, trois en latin et un enfrançais, se sont relayés pour en perpétuer localement le souvenir. Nous laisserons de côtéle texte vernaculaire, intitulé
Artus de Bretaigne 
1
: conservé notamment par un manuscritenluminé du XIV
e
siècle
2
, qui figurait déjà dans la Bibliothèque royale aux années 1530,cet ouvrage plusieurs fois réécrit, connu sous différents titres (
Le Petit Artus de Bretaigne 
,
Artus le Petit 
,
Artus le Restoré 
ou encore
Artus et Jehannette 
), eut un grand succès,comme l’attestent ses nombreuses éditions anciennes, ainsi que les allusions de Christinede Pisan et la traduction anglaise donnée vers 1500 par John Bourcier, lord Berners.L’auteur du texte initial, qui « faisait vraisemblablement partie de l’entourage du duc deBretagne », a mis en scène Artus, le fils du duc Jehan — lui même présenté commeappartenant à la parenté de Lancelot du Lac — et de la fille du comte de Lancastre,transposition fantaisiste de la situation familiale du futur Arthur II
3
. Ce dernier s’est vuainsi promu au rang de héros romanesque, voyageant jusqu’au château de l’Autre Monde,dans le cadre d’une intrigue marquée par des exploits chevaleresques extravagants et où« le rôle que jouent les enchantements est assez important », ce qui bien sûr explique enpartie le succès durable de ce texte
4
.Les deux premiers textes du corpus en latin sont versifiés : une longue épopée de prèsde 5000 vers, les
Gesta regum Britanniae 
5
, qui paraphrase l’œuvre de Geoffroy deMonmouth ; et un texte aujourd’hui perdu, dont nous avons connaissance du titre français(
Livre des faits d’Artur le Preux, autrement nommé le Grand 
6
) manifestement inspiré dulatin
7
, grâce à Pierre Le Baud qui, dans la seconde version de son
Histoire de Bretagne 
8
,
1
S.V. Spilsbury, « On the Date and Authorship of Artus de Bretaigne », dans
Romania 
, t. 94 (1973), p. 505-522.
2
Ms Paris, BnF, fr. 761.
3
Béatrice, mariée au duc de Bretagne Jean II, était la sœur et non la fille du comte de Lancastre, EdmondPlantagenêt (1245-1296).
4
 
Dictionnaire des lettres françaises — Le Moyen Âge 
, nouvelle édition sous la direction de G. Hasenohr etM. Zink,, s.l., s.d. [Paris, 1992], p. 106.
5
 
The Historia Regum Britanniae of Geoffey of Monmouth 
, éd. N. Wright, tome 5 (
Gesta Regum Britanniae 
),Cambridge, 1991. Une première édition de ce texte avait été donnée en 1862 à Bordeaux par Francisque-Michel : c’est celle qui a servi à F. Lot pour composer sa note sur « Guillaume de Rennes, auteur des
Gesta regum Britanniae 
», dans
Romania 
, 28
e
année (1899), p. 329-333. Le ms. Valenciennes, BM, 792 (XIV
e
 siècle), qui contient (ff. 54 v°-82) une copie des
Gesta regum Britanniae 
attribuée (fallacieusement) àAlexandre Neckam, est désormais consultable en ligne.
6
Ce titre est parfois abrégé
Livre des faits d’Artur le preux 
ou
Livre des faits d’Artur le Grand 
, ou encore
 Livre des faits du roy Artur 
, ou bien tout simplement
Livre d’Artur.
 
7
Un des interpolateurs du
De Antiquitate Glastoniensis Ecclesiae 
, composé par Guillaume de Malmesbury,fait référence à un ouvrage intitulé
Liber de gestis inclyti regis Arturi 
: voir E. Faral
, La légende arthurienne 
.
Études et documents. Première partie. Les plus anciens textes 
(3 tomes), Paris, 1929, t. 1, p.301 ; mais ce titre pourrait plutôt désigner l’
Historia regum Britanniae 
de Geoffroy de Monmouth.
8
 
Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré, et de Laval par Pierre Le Baud, chantre et chanoine de l'eglise collegiale de Nostre-Dame de Laval, tresorier de la Magdelene de Vitré, conseiller & 
 
fait explicitement mention de ce texte à de nombreuses reprises et même le cite enplusieurs occasions, là encore en français
9
. Mentions et citations sont absentes de lapremière version de l’ouvrage de Le Baud
10
, ce qui laisse supposer qu’elles ont intégré ladocumentation de l’auteur dans l’intervalle de temps qui s’était écoulé entre les dates decomposition de chacune des deux versions ; on a depuis retrouvé partiellement le textelatin correspondant à ces citations sous forme d’extraits qui figurent dans le carnet denotes d’un érudit breton de la fin du XV
e
siècle
11
, généralement attribué par la critiquemoderne à Le Baud lui-même
12
, même s’il est probable que le carnet en question contientdes notes qui n’ont pas été prises par le vieil historien breton, mais par des collaborateursattitrés ou occasionnels
13
. Au XVIII
e
siècle et au XIX 
e
siècle encore, ce carnet, longtempsconservé dans les archives du chapitre de Nantes, était le plus souvent désigné sous le titrede
Vetus collectio manuscripta de rebus Britanniae 
, qui lui avait été donné par lesbénédictins bretons.Le troisième texte est écrit en prose : il s’agit de la compilation historiquehabituellement désignée
Chronicon Briocense 
ou
Chronique de Saint-Brieuc 
parce que lemanuscrit qui la contenait était jadis conservé dans la bibliothèque du chapitre de Saint-Brieuc. L’identification du compilateur demeure encore discutée ; mais sa proximité avecles cercles les plus étroits du pouvoir ne fait pas de doute, comme en témoigne son accèsaux différents fonds d’archives du duché
14
.
aumosnier d'Anne de Bretagne reine de France. Ensemble quelques autres traictez servans à la mesme histoire. Et un recueil armorial contenant par ordre alphabetique les armes & blazons de plusieurs anciennes masions de Bretagne. Comme aussi le nombre des duchez, principautez, marquisats, & comtez de cette province. Le tout nouvellement mis en lumiere, tiré de la bibliotheque de monseigneur le marquis de Molac, & à luy dedié: par le sieur d'Hozier, gentil-homme ordinaire de la Maison du roy, & chevalier de l'ordre de sainct Michel 
, Paris, 1638. Cet ouvrage est désormais consultable en ligne à l’adresse :http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=265 
9
 
Ibidem 
, p. 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 50-51, 52, 53, 54, 55, 56, 57-58, 60, 61, 94.
10
 
Cronicques et ystoires des Bretons 
, par Pierre Le Baud ; publiées, d'après la première rédaction inédite,avec des éclaircissements, des observations et des notes, par le Vte Charles de La Lande de Calan, Rennes,4 vol., t. 1
er
, 1907 ; t. 2, 1910 ; t. 3, 1911 ; t. 4, 1922. La consultation de ces 4 volumes est désormais possibleen ligne sur le site Gallica.
11
Ms. Rennes, ADIV, 1 F 1003, p. 187-190 et 195.
12
Déjà suggérée par A. de la Borderie, « L’
Historia Britannica 
avant Geoffroi de Monmouth et la Vie inéditede saint Goëznou — Lettre à M. Th. Hersart de la Villemarqué, membre de l’Institut», dans
Bulletin de la Société archéologique du Finistère,
t. 9 (1882), p. 227, n. 1, cette attribution a été entérinée par H.Guillotel, « A propos des cartulaires », dans
Trésors des Bibliothèques de Bretagne 
[catalogue del’exposition tenue au château des ducs de Rohan à Pontivy (15 juin-15 septembre 1989)], s.l., 1989, p. 47,n. 1, qui en fait l’honneur à Gw. Le Duc.
13
C’est dans ce contexte qu’il faut reprendre l’examen des allégations d’Albert Le Grand relatives aumanuscrit traitant des antiquités du diocèse de Léon, dont l’hagiographe morlaisien attribue la paternité àun certain « Yves le Grand » et pour lequel il donne le
terminus ante quem 
de 1472, en indiquant qu’ils’agissait peut-être de matériaux réunis pour servir à l’
Histoire de Bretagne 
de Pierre Le Baud. Cetteindication est donnée aux pages 491-492 de la première édition de la
Vie des saints de la Bretagne armorique 
, Nantes, 1637, antérieure donc à l’édition de l’ouvrage de Le Baud par Pierre d’Hozier.
14
A.-Y. Bourgès, « A propos du
Chronicon Briocense 
», dans
La lettre des amis du Turnegouët 
, n°2 (mars2007), p. 8-9. Le dernier état de la question figure dans l’ouvrage de M. Jones,
Le premier inventaire du Trésor des chartes des ducs de Bretagne (1395) — Hervé Le Grant et les origines du 
Chronicon Briocense,s.l. [Rennes], 2007, p. 69-84.
 
Le regretté Gwenaël Le Duc s’est beaucoup intéressé à ces vestiges continentaux de lalittérature arthurienne : son édition (en collaboration avec C. Sterckx) du
Chronicon Briocense 
, dont seul malheureusement le premier tome a paru
15
, lui a permis de mettre enévidence l’influence exercée sur cet ouvrage par l’
Historia regum Britanniae,
à laquelle lechroniqueur anonyme a emprunté des passages entiers ; de même Gw. Le Duc a consacréaux 
Gesta regum Britanniae 
une étude restée inédite, dans laquelle il montre que Cadioc,évêque de Vannes de 1236 à 1254, n’était pas le dédicataire de cet ouvrage, comme l’avaitcru F. Lot
16
, mais bien son auteur. Cette découverte modifie en profondeur ce qu’oncroyait savoir des circonstances dans lesquelles le poème fut composé, d’autant que leprélat avait été un proche du duc Jean le Roux, dont il baptisa le premier fils en 1238,avant de connaître de sérieuses difficultés avec ce prince qui le spolia en 1249 du temporelde son Église
17
. Enfin, Gw. Le Duc avait procédé à une transcription des extraits du
Livre des faits d’Arthur 
18
, tels qu’ils figurent dans ce que nous désignerons désormais comme lecarnet de notes de Le Baud.Le
Chronicon Briocense 
— dont la partie proprement arthurienne est le plus souventconstituée par la reprise servile du texte de l’
Historia regum Britanniae 
— est daté avecrelativement de précision ; et il est patent que son auteur a eu connaissance du contenudes
Gesta regum Britanniae 
19
et de celui du
Livre des faits d’Arthur 
20
: l’époque de sacomposition (de 1394 à 1416) constitue donc le
terminus ad quem 
des deux autres textes.De plus, nous avons vu qu’il fallait situer l’époque de composition des
Gesta regum Britanniae 
dans le second tiers du XIII
e
siècle. Reste donc posée la question de la datationdu
Livre des faits d’Arthur 
.L’
Historia regum Britanniae 
et surtout les sources auxquelles a puisé Geoffroy deMonmouth ont longtemps l’objet de discussions passionnées entre spécialistes
21
: un article
15
Gw. Le Duc et C. Sterckx,
Chronicon Briocense. Chronique de Saint-Brieuc. Texte critique et traduction 
,t. 1 (chapitres I à CIX), Paris-Rennes, 1972.
16
F. Lot, « Guillaume de Rennes, auteur des
Gesta regum Britanniae 
», p. 330.
17
Gw. Le Duc, «
Cadiocus vindicatus 
. Notes à propos de l’édition récente des
Gesta regum Britanniae 
par M.Neil Wright » (inédit). — Pour notre part, il nous semble qu’il s’agit là d’un éclairage nouveau sur lacélèbre déploration concernant le sort de la Bretagne que les
Galli 
foulent aux pieds : ces oppresseurspourraient bien désigner le personnel ducal, très « français » en effet, que Jean le Roux avait hérité de sonpère, Pierre de Dreux.
18
C’est cette transcription (inédite) qui sera utilisée dans la présente étude : même si elle nous est apparuequelquefois fautive, nous avons choisie de la donner telle quelle, à la fois parce qu’elle nous a été confiéepar Gwenaël en témoignage d’amitié et aussi parce qu’elle est pour l’instant la seule à notre connaissance,du moins dans son intégralité. Mme Louise Stephens de l’Université d’Ottawa travaille actuellement à unenouvelle transcription des fragments du
Livre des faits d’Arthur 
et a bien voulu nous donner quelquescommentaires avisés sur ce texte ; par ailleurs, nous avons également sollicité notre jeune collègue, MmeArmelle Le Huërou-Coulbeau, qui a relu la transcription de Gwenaël et nous a fait part de ses observationsparticulièrement qualifiées.
19
Gw. Le Duc et C. Sterckx,
Chronicon Briocense,
p. 196-197.
20
 
Ibidem 
, p. 140-141.
21
Dans une masse considérable de travaux divers, voir G. Minois, « Bretagne insulaire et Bretagnearmoricaine dans l'oeuvre de Geoffroy de Monmouth », dans
Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne 
, t. 58, (1981), p. 35-60, qui donne une courte bibliographie sur Geoffroy (n. 1, p.36) et examine avec sérénité la question des sources utilisées par l’auteur de l’
Historia regum Britanniae 
(p.38-41).
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