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Juge Naturel 1814

Juge Naturel 1814

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Article sur le principe du "Juge naturel" et la Charte de 1814
Article sur le principe du "Juge naturel" et la Charte de 1814

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Published by: Paolo Alvazzi del Frate on Jul 24, 2007
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Paolo Alvazzi del Frate
LE PRINCIPE DU “JUGE NATUREL”ET LA CHARTE DE 1814
*
 
1.
Le principe du juge naturel, formellement établit pour la première foispar l'art. 17 de la loi des 16-24 août 1790 («l'ordre constitutionnel des juridictionsne pourra être troublé, ni les justiciables distraits de leurs juges naturels, paraucune commission, ni par d'autres attributions ou évocations que celles quiseront déterminées par la loi») et ensuite par la Constitution de 1791 (art. 4, ch. V,tit. III, « les citoyens ne peuvent être distraits des juges que la loi leur assigne, paraucune commission, ni par d'autres attributions et évocations que celles qui sontdéterminées par les lois »), est certainement l'un des principes fondamentaux dudroit judiciaire contemporain
1
.Sous l'Ancien Régime, grâce à la théorie de lajustice retenue, le roi pouvait dessaisir d'un procès les juridictions compétentes etl'évoquer en son conseil (“évocation”) ou le faire juger par des commissairesspécialement désignés à cet effet (“commission”)
2
. Il pouvait donc créer desjuridictions nouvelles comme les “commissions extraordinaires” ou “chambres de
*
Dans
 Juges et Criminels. Etudes en hommage à Renée Martinage 
, Lille, L’Espace juridique, 2001, p.465-474.
1
Sur le principe du juge naturel voir Th. S. Renoux, "Le droit au juge naturel, droit fondamental",dans
Revue trimestrielle de droit civil 
, XCII (1993), p. 33-58; le n. 7 (1995) de la revue
Les épisodiques 
 (articles de J. F. Staats, Th. S. Renoux, H. Dalle). Sur la doctrine allemande, qui s’est beaucoupintéressée au problème, cf. E. Kern,
Der gesetzliche Richter 
, Berlin 1927; E. Marx,
Der gesetzliche Richter im Sinne von Art. 101 Abs. I Satz 2 Grundgesetz,
Berlin 1969; H.-H. Kellermann,
Probleme des  gesetzlichen Richters 
, Tubingen 1971; A. Eser,
Il “giudice naturale” e la sua individuazione per il caso concreto
,in
Rivista italiana di diritto e procedura penale 
, XXXVIII (1996), 385-411. Sur la doctrine italienne cf.surtout C. Taormina,
Giudice naturale e processo penale 
, Rome 1972; A. Pizzorusso,
Il principio del  giudice naturale nel suo aspetto di norma sostanziale 
, in
Rivista trimestrale di diritto e procedura civile 
, XXIX (1975), p. 1-17; M. Nobili,
Il I° comma dell'art. 25 
, in
Commentario della Costituzione 
a cura di G.Branca,
Rapporti civili (art. 24-26)
, Bologne 1981, p. 135-226; R. Romboli,
Il giudice naturale 
, I,
Studiosul significato e la portata del principio nell'ordinamento costituzionale italiano
, Milan 1981; Id.,
Giudice naturale 
, dans
 Novissimo Digesto italiano
,
 Appendice 
, III, Turin 1982, 966-976; A. Pizzorusso,
Giudice naturale 
, dans
Enciclopedia giuridica 
, XV, Rome 1988. En général pour autres référancesbibliographiques cf. P. Alvazzi del Frate,
Il giudice naturale. Prassi e dottrina in Francia dall’ 
 AncienRégime
alla Restaurazione 
, Rome 1999.
2
Sur l’histoire de la justice sous l’Ancien Régime voir le fondamental ouvrage de J.-P. Royer,
Histoire de la justice en France de la monarchie absolue à la République 
, Paris 1995 (II
e
éd. 1996) et sabibliographie; sur le droit pénal J.-M. Carbasse,
Introduction historique au droit pénal 
, Paris 1990 et R.Martinage,
Histoire du droit pénal 
, Paris 1998. En particulier sur la justice retenue cf. P. Bastid,
La  justice politique. Cours de droit constitutionnel comparé 
, 1956/57, Paris 1967; R. Villers,
La justice retenue en France 
.
Cours d'histoire des institutions politiques et administratives du Moyen age et des temps modernes (1969- 1970)
, Paris 1970; P. Alvazzi del Frate, “La ‘justice par commissaires’. Les conflits de juridictionset le principe du juge naturel sous l'Ancien Régime”, dans
Crises 
, n. 4 (1994), p. 53-59.
1
 
justice”: il s'agissait de juridictions pénales extraordinaires, instituées en vue d'unjugement spécifique et composées de juges qui ne donnaient absolument pas lesgaranties d'impartialité. La création ou la suppression de juridictions par legouvernement pouvait constituer un véritable instrument de lutte politique
3
.Celaposa ainsi un problème tant juridique que politique, ce qui amena les juristes àthéoriser l'obligation de respecter la compétence et l'ordre des juridictions,interdisant toute modification
 post factum 
de la “juridiction naturelle”, à savoir lajuridiction à laquelle était confiée la compétence par une loi précédente àl’accomplissement du fait ou par la coutume. L’adjectif “naturel” suggérait l’idéede la conformité de cette juridiction au “droit naturel” et cela lui donnait uncertain caractère d’emphase “sacrale”.Il faut rappeler que l’utilisation de la locution “juge naturel” faisait déjàpartie de la culture juridique française des siècles XVI
e
et XVII
e
. A ce propos ilsuffit de citer la définition, qui a le caractère d’une consécration officielle, du
Dictionnaire de l'Académie Françoise 
de 1694, selon laquelle le
 Juge naturel ordinaire 
estcelui « à qui naturellement, ordinairement et de droit appartient la connaissanced'une affaire »
4
. Plus anciennes sont les références à Etienne Pasquier
5
, ou àCardin Le Bret, qui décrivait le principe juridictionnel selon lequel « chacun plaidedevant son juge
 
naturel »
6
.Dans la doctrine juridique du milieu parlementaire le principe du “jugenaturel” fut considéré une des lois fondamentales du Royaume. Il fut inséré dansl’art. 6 des
Délibérations 
de la Chambre Saint-Louis du 30 juin 1648: « aucun dessujets du roi, de quelque qualité et condition qu'il soit, ne pourra être détenuprisonnier passé vingt-quatre heures, sans être interrogé, suivant les ordonnances,et rendu à son juge naturel, à peine d'en répondre, par les geoliers, capitaines, et
3
Comme l’affirme Th. S. Renoux, "la création ou la suppression de juridictions avait été souventavant la Révolution l'un des artifices les plus ingénieux imaginé par le pouvoir royal pour briser larésistance des magistrats composant les Parlements", "Le droit au juge naturel, droitfondamental", cit., p. 33.
4
“Juge”, dans
Dictionnaire de l'Académie Françoise dedié au Roy 
, I, Paris 1694, p. 614.
5
Etienne Pasquier, en se référant à la juridiction du
Grand-Conseil 
, affirmait: “à la verité n'y esttraitée chose aucune dont les parties ne puissent prendre règlement de leurs juges naturels etdomiciliers, ou bien par les Parlemens”,
Les Recherches de la France d'Estienne Pasquier Conseiller et  Advocat general du Roy en la Chambre des Comptes de Paris 
, n. ed., Paris 1669, Livre II, Ch. VI, p. 75.
6
“J’use de ce mot, parce que véritablement c'est un ordre [l'ordre judiciaire] qui a été établi par lanature même”, C. Le Bret,
Les œuvres de Messire C. Le Bret 
, n. ed., Paris 1689, livre 4e, ch. II, p. 133.
2
 
tous autres qui les détendriont en leurs propres et privez noms »
7
.La locution estenfin utilisée habituellement dans les remontrances des Parlements au XVIII
e
siècle
8
.Le Parlement de Paris, par exemple, dans ses remontrances du 1
er
mars1721, affirmait que « tous les hommes ont des juges
 
naturels auxquels ilsrépondent en matière criminelle sans qu'on puisse les évoquer »
9
;et le 20 mars1766, à l’occasion de l’
 Affaire de Bretagne 
,
 
déclara: « un des droits les plus précieuxdes sujets, puisqu'il est la sauvegarde de leur fortune, de leur honneur et de leur vie, est qu'ils ne soient pas distraits de leur juridiction naturelle et livrés à desjuges que leur donnerait un choix arbitraire qui, arraché par surprise ou parimportunité, pourrait servir la passion de leurs ennemis »
. Pendant la criseprovoquée par le projet de réforme de Lamoignon le Parlement de Paris, avec lecélèbre Arrêté du 3 mai 1788, définit le “droit au juge naturel” une des loisfondamentales du royaume: il s’agissait du « droit de chaque citoyen de n'êtrejamais traduit en aucune matière devant d'autres juges que ses juges naturels, quisont ceux que la loi lui désigne »
.Dans les cahiers de doléances de 1789 la locution est utilisé fréquemment,par le Tiers-état mais aussi par la noblesse et par le clergé. Il suffit de citer - maisle références pourront être innombrables - l’art. 11 du cahier du Tiers-état
7
Recueil général des anciennes lois françaises,
par Jourdan-Decrusy-Isambert-Armet-Taillandier, XVII,pp. 75-76.
8
Il faut souligner que des ouvrages contre les évocations et les commissions judiciaires furentpubliés par les parlementaires pendant la période des conflits avec la monarchie dans la secondemoitié du XVIIIe siècle: ce fut le cas des oeuvres de Pierre-Louis Chaillou (qui affirmait que leroi "ne peut pas soustraire le citoyen à ses juges naturels, aux tribunaux fixes que les lois luidonnent", P.-L. Chaillou,
Des commissions extraordinaires en matière criminelle 
, s.l. 1766, p. 18) et de Antoine-François Ferrand (qui déclarait: "tout sujet dans une monarchie a droit de demander &d'obtenir ... justice devant ses juges naturels", A.-F.-C. Ferrand,
 Accord des principes et des loix, sur les Evocations, Commissions & Cassations 
, s.l. 1786, p. 26).
9
J. Flammermont,
Remontrances du Parlement de Paris au XVIII siècle 
, I, Paris 1888
 ,
p. 143-146.
10
J. Flammermont,
Remontrances 
, cit.,
 
p. 563.
11
Le Parlement de Paris “déclare que la France est une monarchie, gouvernée par le Roi, suivantles lois; que de ces lois, plusieurs qui sont fondamentales embrassent et consacrent: - le droit de lamaison régnante au Trône, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à l'exclusion des filles etde leurs descendants; - le droit de la Nation d'accorder librement les subsides par l'organe desEtats généraux régulièrement convoqués et composés; les coutumes et les capitulations desprovinces; - l'inamovibilité des magistrats; - le droit des cours de vérifier dans chaque province les volontés du Roi et d'en n'ordonner l'enregistrement qu'autant qu'elles soient conformes aux loisconstitutives de la province ainsi qu'aux lois fondamentales de l'Etat; - le droit de chaque citoyende n'être jamais traduit en aucune matière devant d'autres juges que ses juges naturels, qui sontceux que la loi lui désigne; - et le droit, sans lequel les autres sont inutiles, celui de n'être arrêté, parquelque que ce soit, que pour être remis sans délai entre les mains des juges compétents”, J.Flammermont,
Remontrances 
, III, p. 746.
3

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