Paolo Alvazzi del Frate
LE PRINCIPE DU “JUGE NATUREL”ET LA CHARTE DE 1814
1.
Le principe du juge naturel, formellement établit pour la première foispar l'art. 17 de la loi des 16-24 août 1790 («l'ordre constitutionnel des juridictionsne pourra être troublé, ni les justiciables distraits de leurs juges naturels, paraucune commission, ni par d'autres attributions ou évocations que celles quiseront déterminées par la loi») et ensuite par la Constitution de 1791 (art. 4, ch. V,tit. III, « les citoyens ne peuvent être distraits des juges que la loi leur assigne, paraucune commission, ni par d'autres attributions et évocations que celles qui sontdéterminées par les lois »), est certainement l'un des principes fondamentaux dudroit judiciaire contemporain
.Sous l'Ancien Régime, grâce à la théorie de lajustice retenue, le roi pouvait dessaisir d'un procès les juridictions compétentes etl'évoquer en son conseil (“évocation”) ou le faire juger par des commissairesspécialement désignés à cet effet (“commission”)
. Il pouvait donc créer desjuridictions nouvelles comme les “commissions extraordinaires” ou “chambres de
*
Dans
Juges et Criminels. Etudes en hommage à Renée Martinage
, Lille, L’Espace juridique, 2001, p.465-474.
1
Sur le principe du juge naturel voir Th. S. Renoux, "Le droit au juge naturel, droit fondamental",dans
Revue trimestrielle de droit civil
, XCII (1993), p. 33-58; le n. 7 (1995) de la revue
Les épisodiques
(articles de J. F. Staats, Th. S. Renoux, H. Dalle). Sur la doctrine allemande, qui s’est beaucoupintéressée au problème, cf. E. Kern,
Der gesetzliche Richter
, Berlin 1927; E. Marx,
Der gesetzliche Richter im Sinne von Art. 101 Abs. I Satz 2 Grundgesetz,
Berlin 1969; H.-H. Kellermann,
Probleme des gesetzlichen Richters
, Tubingen 1971; A. Eser,
Il “giudice naturale” e la sua individuazione per il caso concreto
,in
Rivista italiana di diritto e procedura penale
, XXXVIII (1996), 385-411. Sur la doctrine italienne cf.surtout C. Taormina,
Giudice naturale e processo penale
, Rome 1972; A. Pizzorusso,
Il principio del giudice naturale nel suo aspetto di norma sostanziale
, in
Rivista trimestrale di diritto e procedura civile
, XXIX (1975), p. 1-17; M. Nobili,
Il I° comma dell'art. 25
, in
Commentario della Costituzione
a cura di G.Branca,
Rapporti civili (art. 24-26)
, Bologne 1981, p. 135-226; R. Romboli,
Il giudice naturale
, I,
Studiosul significato e la portata del principio nell'ordinamento costituzionale italiano
, Milan 1981; Id.,
Giudice naturale
, dans
Novissimo Digesto italiano
,
Appendice
, III, Turin 1982, 966-976; A. Pizzorusso,
Giudice naturale
, dans
Enciclopedia giuridica
, XV, Rome 1988. En général pour autres référancesbibliographiques cf. P. Alvazzi del Frate,
Il giudice naturale. Prassi e dottrina in Francia dall’
AncienRégime
alla Restaurazione
, Rome 1999.
2
Sur l’histoire de la justice sous l’Ancien Régime voir le fondamental ouvrage de J.-P. Royer,
Histoire de la justice en France de la monarchie absolue à la République
, Paris 1995 (II
e
éd. 1996) et sabibliographie; sur le droit pénal J.-M. Carbasse,
Introduction historique au droit pénal
, Paris 1990 et R.Martinage,
Histoire du droit pénal
, Paris 1998. En particulier sur la justice retenue cf. P. Bastid,
La justice politique. Cours de droit constitutionnel comparé
, 1956/57, Paris 1967; R. Villers,
La justice retenue en France
.
Cours d'histoire des institutions politiques et administratives du Moyen age et des temps modernes (1969- 1970)
, Paris 1970; P. Alvazzi del Frate, “La ‘justice par commissaires’. Les conflits de juridictionset le principe du juge naturel sous l'Ancien Régime”, dans
Crises
, n. 4 (1994), p. 53-59.
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