Recherché dans le cadre du génocide rwandais, le médecin pratiquait toujoursLE MONDE | 16.10.09 | 15h31 • Mis à jour le 16.10.09 | 17h07Maubeuge (Nord) Envoyée spéciale'est la faute à Google et à Interpol. Mais c'est surtout sa faute à lui. Si, débutoctobre, le docteur Eugène Rwamucyo, médecin du travail à l'hôpital de Maubeuge(Nord), n'avait pas fait une remarque désobligeante à une de ses patientes(infirmière) à propos de son embonpoint, sans doute ne se serait-il rien passé."Ce qu'il m'a dit m'a tellement perturbée ! Le soir, j'ai demandé à mon marid'aller sur Internet pour voir s'il n'y avait pas des trucs sur lui", raconteClaire (prénom d'emprunt). En fait de "trucs", l'infirmière est servie. "Jamais jen'aurais cru tomber sur une histoire pareille", s'étonne encore la jeune femme,qui, dès le lendemain, alerte des syndicalistes de l'hôpital. Lesquels préviennentle commissariat de police et, finalement, la presse.Recherché par Interpol depuis 2006 pour génocide et crimes de guerre, l'ancienmédecin-chef du centre universitaire de santé publique de Butare (sud du Rwanda)n'est connu que d'un petit cercle de militants des droits de l'homme et demagistrats. Il fait partie des quinze génocidaires présumés, présents en France,contre lesquels une plainte a été déposée par le collectif des parties civilespour le Rwanda, association qui défend les victimes du génocide des Tutsi en 1994.La Commission de recours des réfugiés décrit le docteur Eugène Rwamucyo,intellectuel hutu, natif du nord du Rwanda, comme un thuriféraire du régimeHabyarimana, ayant notamment participé "à plusieurs réunions de planification dugénocide rwandais, dont l'une en compagnie du premier ministre de l'époque".Cette réunion avec Jean Kambanda, chef du gouvernement génocidaire, fut organiséeà la faculté de médecine de Butare, en mai 1994, en pleine vague de massacres.Eugène Rwamucyo s'en souvient très bien. "Je n'étais pas le seul à y assister,tous les professeurs y étaient ", relève-t-il. Mais il fut l'un des rares à s'yexprimer, prônant "une plus grande intervention de l'Etat" et exhortant sescompatriotes "à comprendre qu'ils devaient "travailler "pour gagner la guerre",est-il noté dans Aucun témoin ne doit survivre, ouvrage publié par la Fédérationinternationale des droits de l'homme (FIDH) et Human Rights Watch (Karthala,1999). "J'assume ce que j'ai dit", commente le médecin de Maubeuge, qui accepte denous recevoir, mercredi 14 octobre, dans son cabinet du centre hospitalier.L'homme est affable. Bien que sur ses gardes, forcément. "Je n'ai jamais tuépersonne. Je n'ai rien à voir avec une quelconque planification de génocide. Jeprépare un livre, où j'apporterai les preuves du complot. Dans cette histoire,c'est le voleur qui crie au voleur", ajoute-t-il. "Le FPR (Front patriotiquerwandais) a planifié lui-même le sacrifice des Tutsi", répète le médecin. Quantaux fiches d'Interpol, elles sont "fabriquées par les policiers rwandais", sedéfend-il.Le président Paul "Kagame (dirigeant du FPR, au pouvoir depuis juillet 1994) a misla main sur les mines du Congo. Il peut bien se payer un petit fonctionnaired'Interpol !", ironise le présumé génocidaire.Le fait qu'Eugène Rwamucyo soit fiché en "notice rouge", catégorie de gravité laplus élevée dans la grille d'Interpol, ne fait pas obligation aux pays concernés -en l'occurrence la France, où il travaille ; et la Belgique, où il réside - del'arrêter.D'ailleurs, bien qu'une information judiciaire ait été ouverte contre lui, le 5
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