POUR UN DROIT AU LOGEMENT !Hier laboratoire du futur, aujourd'hui dépotoir des désespérances, la ville est en crise. Toutes nos villes étaient des Pragues, des viles dorées, des Romes et desenchanteresses. Elles ne sont plus que vieilles sorcières édentées, de vieilles catinsdégoûtantes. Oui, moi qui aimait tant le vieux Bruxelles, j'ai mal à ma ville ; la villede ma culture, la ville de mon héritage. Comment ceux qui ne l'ont jamais aimée,même s'ils ne partagent pas mon dépit, n'iraient-ils pas bien au-delà de cettetristesse, vers la haine froide et glacée ? Voilà, je l'avoue, ce qu'il m'arrive de songer,certains soirs de nausée devant cette ville-là. Puisque Rome n'est plus dansBruxelles, puisque le mur de Berlin est devenu une référence artistique et quel'Afrique semble au bout du métro. Voilà ce à quoi nous cherchons des causes, desresponsables, des signes tangibles de ce déclin éthique et esthétique. Voilà ce quenous cherchons à imputer à une foule de nuisances auxquelles nous songeons pêle-mêle et dans le désordre : médiocrité crasse de l'architecture (et actuellement de 95% des architectes modernes), invasion des technocrates et autres vers rongeurs,idéologie fonctionnaliste, grisaille et déroute de l'urbanisme (et de 95 % desurbanistes), parasitisme des intermédiaires, cherté des crédits, indécence des loyers,richesse des sots, spéculation foncière. Mais tout vient à point à qui sait attendre ; leprocès de l'urbanisme contemporain viendra en son temps. On tordra le cou à lalaideur. Commençons ici par en finir avec la misère … Et précisément, remarquonsque si les promoteurs, les constructeurs, les architectes, les entreprises et leurscomplices fabriquent du laid, du gris, du triste, c'est d'abord parce que la folie dumarché leur permet de vendre, ou de projeter impunément de vendre, cher ce quin'est pas cher. On a fabriqué beaucoup d'horreurs dans les années 50-60 mais on acontinué à en fabriquer jusque dans les années 70. A cette époque, on est passéd'une sorte de vitesse de croisière de 250.000 logements par an à 125.000.Cela est dû au fait que les promoteurs, rentiers à la ville et qui jouent les châtelains àla campagne, ont imposé quelques mesures. Mais hélas, pour ces beaux seigneurs,et surtout hélas pour nous, on chercherait en vain ce qu'ils ont fait construire debeau, de durable et de désirable. Chacun comprendra que la rareté, dans l'immobiliercomme ailleurs, ne crée pas nécessairement la qualité ; elle ne la crée même pas dutout et engendre obligatoirement la hausse des prix. Tout cela n'est pas perdu pourtout le monde. Cette raréfaction de la construction s'est accompagnée d'un refus deprendre en considération autre chose que le nombre de logements construits. On neparle pas d'appartements, de maisons individuelles ; on ne précise pas le nombre demètres carrés. Précision, capitale s'il en est, notamment d'un point de vuedémographique. Il est difficile de rêver des familles de quatre à huit personnes,standard souhaité par les démographes, demeurant dans des appartements de 65m², standard programmé par les technocrates de l'urbanisme. Ou plus précisémentencore, le fait pour des familles de deux enfants d'habiter dans des appartements de65 m² n'incitera sûrement pas 80 % de ces familles à mettre au monde un troisièmeenfant ; que dire alors du quatrième ou du cinquième ? Et s'il est vrai que les mètrescarrés se vendent, ou se louent, hors œuvre mais s'habitent en œuvre, trop demètres carrés dits habitables se révèlent en réalité inhabitables. Les surfaces brutesne sont jamais très nettes, les plans sont rarement contractuels. Misère desstatistiques et délice des escrocs.Enfin, des architectes sérieux et compétents, cela existe sûrement mais nous n'enavons jamais rencontré. Aucune profession n'est coupable, aucune profession n'estinnocente. Cherchons seulement ce qui, dans le système, engendre la pépinière desescrocs et assure la fortune des imbéciles et des margoulins. Ici, je me permettrai dedire quand même que dans les délires de la construction ou du prix des ventes del'immobilier, la part la plus substantielle est en fait accaparée par des gens " trèsbiens " qui sont banquiers ou propriétaires fonciers. Réfléchissons bien à ceci : le
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