changer le monde, explique d’emblée M.Larocque lors d’un entretien, maisl’expérience était incroyable! Nous avons pufaire une différence dans le moment présent. »Un premier volet de son enseignement a étédispensé aux juges, fonctionnaires et avocats dePort-au-Prince, la capitale haïtienne de deuxmillions d’habitants. Un deuxième volet a pris place dans un tout autre environnement, à Cap-Haïtien, où les jeunes étudiants, à défaut d’êtrevêtus d’habits et d’être munis de téléphones cellu-laires, avaient la soif d’apprendre et de participer.« À Cap-Haïtien,c’était beaucoup plus calme. Nous pouvions nous arrê-ter et parler auxgens, sans nous sou-cier de notre sécuri-té et sans être limi-tés par un couvre-feu. »
Une aventure quin’est pas sansrisques
Le passage deM. Larocque a été ponctué de l’enlèvement de Nadia Lefebvre, cetteCanadienne de Médecins du monde qui, le tempsd’une rançon, avait attiré l’attention des médias enmai 2008. « Ma perception des risques de la mis-sion a dès lors changé, raconte M. Larocque. Il nefaut pas oublier qu’Haïti était jusqu’à tout récem-ment le pays le plus dangereux pour les étrangersaprès l’Irak et l’Afghanistan. Là-bas, l’enlèvementest une véritable activité économique. »Avocats sans frontières est une organisation nongouvernementale à but non lucratif qui œuvre à ladéfense des droits de l’homme dans les pays envoie de développement ou en crise.
L E F L A GRA NT DÉ L I T ,MAR S 2 0 0 9 - 3
Le Flagrant Délit
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Nouvelles
Selina Sforza
ssfor037@uottawa.ca
Plus de six mois se sont écoulés depuis le décès tragiquedu jeune Fredy Villanueva qui a succombé sous les tirsdu policier Jean-Loup Lapointe dans l’arrondissement deMontréal-Nord. Aucune accusation criminelle n’a étédéposée contre les policiers présents sur la scène. Étantdonné les réactions de colère au sein de la communauté,le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis a exigéla tenue d’une enquête publique, qui sera présidée par le juge Robert Sansfaçon. À la suite de cette annonce, endécembre 2008, plusieurs organisations ont formé unecoalition et ont déclaré dans un communiqué de pressequ’une telle enquête n’était pas suffisante pour mettre finà ce problème.En effet, Dominique Peschard de la
Ligue des droits et libertés
a déclaré que « le fait que le ministre de laSécurité publique annonce la tenue d’une enquête publique “pour rassurer la population sur le bien-fondé dela décision prise par le directeur des poursuites criminel-les” vient confirmer la nécessité que le Québec se doted’un autre processus d’enquête ». Selon cette organisa-tion, il faudrait créer une unité qui aurait comme mandatde déterminer si une poursuite criminelle est nécessairecontre des policiers. Ce qui préoccupe les organismes etla communauté, c’est que l’affaire Villanueva met ausside l’avant les problèmes d’exclusion économique etsociale qui affectent certaines couches de la population.Ceux qui espéraient qu’une enquête publique fasse lalumière sur les tensions raciales du quartier Montréal- Nord seront déçus; il a été confirmé que le juge RobertSansfaçon n’abordera pas l’aspect socio-culturel quientoure l’affaire. Il devra s’en tenir aux causes et aux cir-constances entourant le décès.
L’enquête publique, un outil puissant
Comme l’a affirmé le Colonel Michel Drapeau, pro-fesseur de commissions d’enquête à la Section de droitcivil, lors d’une entrevue au
Flagrant délit
, une enquête publique est un outil puissant pour aller chercher la vérité.Le commissaire possède un rôle inquisitoire puisque c’estlui qui contrôle l’affaire selon le mandat très précis qui luia été attribué. Son but premier est de rechercher les faits etc’est lui qui détient le pouvoir de reconnaître les person-nes qu’il qualifiera « d’intéressées » et qui pourront inter-roger les témoins et se faire entendre à la fin de l’enquête.Dans l’affaire Villanueva, plusieurs organismes et organi-sations peuvent bénéficier de ce statut. Le coroner a éga-lement le pouvoir d’obliger les gens à comparaître devantlui. Ce n’est donc pas vrai, qu’à leur discrétion, les poli-ciers vont pouvoir choisir ou non de comparaître. C’est leministre de la Sécurité publique qui est en mesure dedemander la tenue d’une enquête lorsqu’un événement prend une grande ampleur ou qu’il relève d’une impor-tance particulière pour le public. Il choisit un commissai-re, lui donne son mandat et lui accorde un certain budget.Donc, comme l’a souligné au
Flagrant délit
le ColonelDrapeau, le commissaire démarre avec une page blancheet c’est à lui de tout organiser puis il remettra son rapportd’enquête au pouvoir exécutif.Le processus qui mène à l’enquête est très long. Il enrésulte qu’il ne faut pas être trop critique envers une com-mission d’enquête au stade embryonnaire. En fin decompte, c’est un rapport sur le vif, comme le souligne leColonel Drapeau. Le public va former son opinion sur cequ’il entend et c’est principalement par le biais desmédias qu’il le fera. On pourrait diviser l’enquête en troisétapes. Tout d’abord, il y a la collecte et l’analysed’informations par le coroner, le procureur et les servicesde police. Ensuite, lors de l’audition publique, il devra présenter toutes les informations qu’il détient et on enten-dra l’expertise des témoins. Puis, c’est dans son rapport public, une fois l’audition terminée, qu’il va rendrecompte de son appréciation des faits et qu’il fera sesrecommandations
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La Ville de Montréal et les policiers poursuivis
Par contre, il semble que tout ne s’arrête pas là dans cedossier puisque la famille de la victime, représentée par Me Peter Georges-Louis, a engagé une poursuite contre laVille de Montréal et les deux policiers qui étaient sur place, Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, pour unesomme de 910 000 $ pour perte de joie de vivre dans lafamille. Rappelons aussi que Denis Meas, 18 ans, etJeffrey Sagor Metellus, 20 ans, qui ont eux aussi étéatteints par les balles du policier Lapointe le 9 août der-nier, ont engagé une poursuite de 810 000 $ contre la villeet les deux policiers, alléguant l’utilisation de force abusi-ve, excessive et brutale. Ces poursuites n’auront tout demême pas d’impact sur l’enquête qui est complètementindépendante. Par contre, l’enquête publique qui était pré-vue pour le 16 février dernier a été reportée au 25 mai prochain, puisque la famille Villanueva et certainstémoins importants ont menacé de boycotter l’audience puisque le ministre de la Sécurité publique, M. Dupuis, aindiqué que seules les factures légales de la victime et des policiers allaient être payées par l’État et non celles desdeux autres individus qui ont été blessés. Cela résulte principalement d’une question de budget puisque lescommissions d’enquête ne reçoivent qu’un financementtrès retreint, c’est au commissaire de décider comment ilen disposera. Selon le Colonel Drapeau, ce n’est pas dutout dans l’intérêt de la famille d’adopter cette attitude puisque le but d’une telle enquête c’est de rechercher lavérité, et ce, à l’abri de toute pression et devant le public.On ne cherche pas un responsable, on ne vise personne,on veut seulement avoir le cœur net et mettre les chosesau clair, souligne M. Drapeau. Donc, d’ici à ce que laquestion des frais d’avocats soit réglée, l’affaireVillanueva risque de faire encore beaucoup jaser.
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BUREAU DU CORONER DU QUÉBEC. Interventions descoroners, L’enquête publique,[http://www.msp.gouv.qc.ca/coroner/coroner.asp?txtSection=intervention&txtCategorie=enquete].
L’
AFFAIRE
F
REDY
V
ILLANUEVA
:
UNE COMMISSIONPOUR ALLER AU FOND DES CHOSES
?
suite de la page 1
Le professeur François Larocque a contribué au renforcement de la primauté du droit lors de sa récente mission à Haïti.
effet, tout en veillant à l’ameublement des locaux, elle doitsuperviser la création d’un site Web qui sera le principal outilde communication ainsi que le recrutement d’avocats. Cela estréussi pour Montréal, mais il est plus difficile de convaincreles juristes des autres villes du Québec de collaborer au projet.C’est pourquoi les yeux de l’ancienne directrice des relationsdu travail de l’UQAM sont maintenant tournés vers lesrégions.Il est possible que cette situation soit due à l’importancede la culture
pro bono
dans le monde anglophone. Dans la plupart des autres provinces canadiennes, des services quisystématisent le travail
pro bono
des avocats existent déjà.D’ailleurs, l’Association du Barreau canadien incite les avo-cats canadiens à redonner à la collectivité de cette façon. De plus, dans sept états américains, il est obligatoire pour lesavocats de faire un rapport annuel de leurs heures offertesaux plus démunis.Si vous êtes intéressés à faciliter l’accès à la justice, vous pouvez contacter Michèle Moreau (mmo-reau@probonoquebec.ca) qui assure qu’elle aura des tâchesà vous confier. Par exemple, participer aux comités quisélectionnent les individus qui pourront bénéficier des servi-ces du centre. Vous pouvez aussi vous joindre au programmePro Bono Students Canda (PBSC) qui existe à l’Universitéd’Ottawa depuis 2004 pour la section de droit civil.
Photo : Courtoisie François Larocque
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