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03/27/2014

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SEN, LIBERTÉ ET PRATIQUESDU DÉVELOPPEMENT
 Jean-Luc D
UBOIS 
 et François-Régis M 
 AHIEU 
 *
 Ayant commencé sa carrière en Inde à Calcutta pour la terminer entre Cam-bridge et Harvard, le professeur Amartya S
EN
 est un spécialiste reconnu de lathéorie du choix social. Sur cette base, il a réhabilité la dimension éthique del’économie en l’orientant, plus particulièrement, vers une nouvelle vision dudéveloppement. Cela l’a conduit à réfléchir sur un mode de développement quiprivilégie la liberté considérée tout autant comme finalité que comme moyen :son raisonnement est ainsi centré sur le concept de « capabilité ». Ce néologismeexprime la capacité à agir, et à être, que détiennent les personnes sous unedouble forme de fonctionnements effectifs, et observables, et de libertés poten-tielles de choix entre différentes alternatives. Dans ce cadre, l’économie dudéveloppement a pour finalité de rendre les êtres humains plus « capables » demener une vie souhaitée et acceptable, car correspondant à leurs aspirations. Ellene se cantonne plus uniquement à l’accumulation de capital et à la gestion debiens et de services.Le souci de justice sociale a amené A. S
EN
 à préconiser un développement quirenforce de manière équitable les capabilités individuelles et collectives despopulations. En cela, il reconnaît la validité des critères de justice du philosophe John
 AWLS
 dans sa
 Théorie de la justice
 (1971) qui, par le biais du principe dedifférence, veille à ce que les catégories les plus pauvres soient favorisées demanière ordonnée et lexicographique (par la « procédure du leximin »), dans larépartition des ressources. Il préconise, simplement, de privilégier l’égalité descapabilités par rapport à l’accès aux ressources, même si celles-ci recouvrent desbiens dits « premiers » comme les droits et libertés de base, les pouvoirs, etc.Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) s’est forte-ment inspiré de l’ensemble de ces travaux pour mettre en place les politiquescorrespondantes de « développement humain ». Des politiques dont les élémentsconstituants sont régulièrement présentés dans les rapports annuels mondiaux sur le développement humain, et dans de multiples rapports nationaux qui sont
* Respectivement directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) etprofesseur émérite à l’Université de Versailles St Quentin en Yvelines (UVSQ). Tous deux sontmembres du Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement (C3ED),unité mixte de recherche entre l’IRD et l’UVSQ.
N° 198 - AVRIL-JUIN 2009 - p. 245-261 - REVUE TIERS MONDE
 245
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DOSSIER 
 
élaborés par des équipes locales de la plupart des pays émergents ou en dévelop-pement. Cette influence générale sur la conception des politiques publiques,amorcée au début des années 1990, a fortement contribué à sa notoriété car elleétablissait un lien systématique entre une démarche théorique justifiant les liber-tés et une pratique de développement.Cette vision novatrice, tout en étant critique de l’utilitarisme, reste cependantfortement marquée par le raisonnement propre à la théorie du choix social. Leprix Nobel d’économie lui a été accordé, en 1998, pour ses contributions àl’économie du bien-être, à l’analyse du choix social, à l’étude économique desfamines et à l’évaluation de la pauvreté et des inégalités.Ses travaux, tout comme ceux de J. R 
 AWLS
 d’ailleurs, n’ont pas toujours étéreconnus et même souvent fortement contestés, particulièrement en France.Néanmoins, cette dimension éthique du développement a été intégrée progressi- vement. L’objectif étant d’en tester la pertinence face aux politiques d’ajustementstructurel.Le dossier proposé dans ce numéro de la
 Revue Tiers Monde
 a pour butd’exposer de façon critique les orientations de la pensée d’Amartya S
EN
. Il exa-mine, dans une première partie, les grandes étapes qui ont marqué l’élaborationde sa pensée, ce qui permet de s’interroger sur sa cohérence, d’en examiner lesapports et les limites. Diverses propositions et recherches visant à les compléter, voire même à en dépasser la vision actuelle, sont en train d’émerger. Elles serontprésentées dans une deuxième partie. Enfin, six communications sont jointes à cedossier. Toutes se situent dans ce regard critique sur les écrits d’A. S
EN
, pour enfaire ressortir les limites et contradictions et, partant de là, pour ouvrir des pistesd’orientation de recherches nouvelles. Elles sont présentées sous la forme d’unesérie de résumés articulés dans la troisième partie de cette introduction.
I – PRINCIPALES ÉTAPES DE LA PENSÉE D’AMARTYA SEN
 A. S
EN
 effectue ses premières études de BA 
 1
(1953) à Calcutta, puis lespoursuit à Cambridge avec l’obtention d’un BA (1955). Ces études le conduirontà l’obtention d’un doctorat (PhD 1959) sous la direction de J. R 
OBINSON
 dont lathèse porte sur le choix des techniques dans les fonctions de production. Untravail qui s’inscrit dans le cadre de la fameuse « controverse des deux Cam-bridge » portant sur la valeur et la répartition. A. S
EN
 a participé aux débats correspondants. Il relate d’ailleurs avec humour,dans divers articles, le traumatisme « initié par le Pandit Sraffa » défendant la vision néo-ricardienne de l’université de Cambridge, en Angleterre, face à la vision néoclassique de l’Institut de technologie du Massachussetts, États-Unis.Ces débats l’ont néanmoins sensibilisé aux conséquences sociales des alternativestechniques et ont renforcé son intérêt pour l’analyse des inégalités.
1 - Bachelor of Arts, diplôme correspondant à la licence.
 Jean-Luc D
UBOIS
 et François-Régis M
 AHIEU
246
 REVUE TIERS MONDE - N° 198 - AVRIL-JUIN 2009
 
 À l’issue de ses études à Cambridge, il devient professeur d’économie en Indeà Jadavpur University, Calcutta (1956-1958). Il retourne à Cambridge au Trinity College après l’obtention d’une bourse qui lui permettra de faire des études dephilosophie morale et politique (1958-1963). Il sera ensuite professeur d’écono-mie dans de nombreux établissements, notamment à la Delhi School of Econo-mics (1963-1971), la London School of Economics (197l-1977), l’universitéd’Oxford (1977-1980). Il deviendra professeur d’économie politique à l’universitéd’Oxford (1980-1988), professeur d’économie et de philosophie à l’universitéd’Harvard (1987-1998). Ces dernières années le voient partager son temps entrele Trinity College de l’université de Cambridge et l’université d’Harvard où ilparticipe à la Global Equity Initiative.L’examen de sa production scientifique permet de distinguer quatre grandesétapes dans l’évolution de ses idées. Chaque étape est marquée par quelquesarticles fondateurs qui en définissent l’orientation. Les articles seront ensuiterepris dans des ouvrages de compilations et initient une réflexion qui va ens’approfondissant.
1 – Du choix social comme fondement théorique
La première étape est marquée par les recherches sur le choix social, thèmeauquel A. S
EN
 commence à s’intéresser à partir de 1964 et qui, à travers unedémarche axiomatique reliée à une réflexion philosophique, a marqué sa façonde raisonner en économie. Ces travaux sont effectués en parallèle avec les recher-ches sur l’économie du bien-être qui l’amènent à s’intéresser, de manière com-plémentaire, au problème de la mesure de la pauvreté et des inégalitésLa théorie du choix social énonce les conditions qui font qu’un ensembled’individus, se situant au sein d’une collectivité, puisse combiner de manièrerationnelle leurs préférences, ou priorités, naturellement divergentes afind’engendrer une préférence collective unique, ou une priorité, partagée par toutle monde. Autrement dit, il s’agit de voir comment obtenir une préférencecollective, alliant morale et rationalité, à partir de l’agrégation des diverses préfé-rences individuelles.Ce questionnement tire son origine des travaux de mathématiciens françaisdu
 XVIII
e
siècle : J.-C.
 DE
 B
ORDA 
 et N.
 DE
 C
ONDORCET
. Le « paradoxe de Condorcet »montre que la décision obtenue par un vote à la majorité n’est pas forcémentcohérente avec les choix effectués par les individus, la transitivité des choix n’étant plus garantie. Allant plus loin, K. A 
RROW 
 (1951, 1963) élabore un « théorème d’impossibilité »qui montre qu’on ne peut passer de choix individuels à un choix collectif sanstransgresser soit la morale, quelqu’un imposant son choix à la collectivité, soit larationalité en modifiant la cohérence des choix individuels. Il affirmera même que« si on ne fait pas d’hypothèses
 a priori
 sur la nature des ordres individuels, il n’y a aucune méthode de vote qui puisse surmonter le paradoxe (...), ni le voteplural, ni un quelconque système de représentation proportionnelle aussi com-pliqué soit-il ; de la même façon, le mécanisme du marché ne crée pas un choix 
Sen, liberté et pratiques du développement
N° 198 - AVRIL-JUIN 2009 - REVUE TIERS MONDE
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