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Carlos CASTANEDA - La Force Du Silence

Carlos CASTANEDA - La Force Du Silence

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10/20/2012

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original

 
INTRODUCTION
 
Don Juan tenta à plusieurs reprises de nommer sa 
 
connaissance à mon intention. Il trouvait que 
nagualisme
 
était le mot le plus adéquat, mais que ce terme était trop obs 
cur. L’appeler simplement «
 
connaissance » rendait la chose 
 
trop vague, et l’appeler 
«
magie 
»
était dévalorisant. « Maî 
trise de 
l’intention »
était trop abstrait, et 
«
quêt 
e de la 
 
liberté totale » était trop long et métaphorique, Finalement,
 
parce qu’il fut incapable de trouver un mot plus approprié,
 
il l’appela « sorcellerie 
»,
tout en admettant que l’expression 
 
n’était pas vraiment juste.
 
Il m’avait donné 
au fil des ans différentes définitions de 
 la sorcellerie, mais il avait toujours soutenu que les défini- 
tions changent à mesure que la connaissance progresse. Vers 
 
la fin de mon apprentissage, j’estimais que je me trouvais à 
 
un stade où je pouvais apprécier à sa juste valeur une défi 
nition plus claire, et je lui en demandai une, encore une 
 
fois.
 
«
Au niveau où se trouve l’homme ordinaire, me dit don 
 
Juan, la sorcellerie est soit une absurdité, soit un mystère 
 
inquiétant qui lui échappe. Et cet homme a raison 
– non 
pas parce qu’il s’agit d’un fait incontestable, mais parce que 
 
10 
 
La force du silence 
 
l’homme ordinaire ne dispose pas de l’énergie nécessaire pour 
 
s’occuper de sorcellerie. »
 
Il s’arrêta un moment avant de repren 
dre. « Les êtres 
 
humains naissent avec une quantité finie d’énergie, dit 
il,
 
une énergie qui se ploie systématiquement, depuis le 
 
moment de la naissance, de telle sorte qu’elle puisse être utili 
sée le plus favorablement par la modalité du temps.
 – 
Que voulez 
vous dire par la modalité du temps 
 
?
lui 
 
demandai 
 je.
 – 
La modalité du temps est le faisceau d’énergie spéci 
fique que l’on perçoit, me répondit 
il Je crois que la percep 
tion de l’homme s’est modifiée au cours des siècles. Le temps 
 
réel déci 
de du mode ; le temps décide quel faisceau spécifique 
 
de champs d’énergie, parmi d’innombrables autres, doit être 
 
utilisé. Et le fait de manier la modalité du temps 
– 
ce petit ' 
 
nombre de champs d’énergie sélectionnés 
– 
absorbe toute 
 
notre énergie disponible, ne nous laissant rien qui puisse 
 
nous aider à utiliser aucun autre champ d’énergie. »
 
Il m’incita, par un subtil mouvement des sourcils, à réflé 
chir à tout cela.
 
« C’est: cela que j’entends lorsque je dis que l’homme ordi 
naire ne dispose pas de l’é 
nergie nécessaire pour s’occuper 
 
de sorcellerie, poursuivit 
il. S’il n’utilise que l’énergie dont il 
 
dispose, il me peut percevoir les mondes que perçoivent les 
 
sorciers. Pour percevoir ces mondes, les sorciers ont besoin 
 
d’un faisceau de champs d’énergie qui ne sont, en général,
 
pas utilisés. Naturellement, si l’homme ordinaire doit perce 
-,
voir ces mondes et comprendre la perception des sorciers, il 
 
faut qu’il utilise le même faisceau qu’eux. Et cela est tout 
 
simplement impossible, parce que toute son éne 
rgie est déjà 
 
employée.
»
Il se tut, comme s’il cherchait les mots justes pour sa 
 
démonstration.
 
 
Introduction 
 
11
 
« Considère 
le ainsi, continua 
-t- 
il,: Le fait est que tu n’ap 
prends pas la sorcellerie à mesure que le temps passe ; ce que 
 
tu apprends, en revanche, c’est à économiser ton énergie. Et 
 
cette énergie te servira à manier: certains des champs d’éner 
gie qui te sont aujourd’hui inaccessibles. C’est cela la sorcel 
lerie : la capacité d’utiliser des champs d’énergie que l’on 
 
n’empl 
oie pas pour percevoir le monde ordinaire que nous 
 
connaissons. La sorcellerie est un état de conscience. La sor 
cellerie est la capacité de percevoir quelque chose que la per 
ception ordinaire ne peut pas appréhender.
 
« Tout ce que je t’ai communiqué 
, poursuivit don Juan,
 
chacune des choses que je t’ai montrées, ne constituait qu’un 
 
moyen pour te convaincre que nous sommes autres. que nous 
 
n’apparaissons. Nous n’avons besoin de personne pour 
 
nous enseigner la sorcellerie parce qu’en réalité, il n’y a 
rien 
 
à apprendre. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un profes 
seur pour 
nous
convaincre que nous avons à notre portée 
 
un pouvoir incalculable; Quel étrange paradoxe ! Chaque 
 
guerrier engagé sur le chemin de la connaissance croit, un 
 
 jour ou l’autre, qu’i 
l est en train d’apprendre la sorcellerie,
 
mais il me fait que se laisser convaincre du pouvoir que 
 
recèle son être, et du fait: qu’il peut y accéder.
 – 
Est 
ce là ce que vous essayez de faire, don Juan, me 
 
convaincre 
 
?
– 
Exactement. J’essaie de te convainc 
re que tu peux 
 accéder à ce pouvoir. Je suis passé par là. Et j’étais aussi 
difficile à convaincre que toi.
 – 
Une fois que nous y avons accédé, qu’en faisons 
nous 
 
au juste, don Juan 
– 
Rien. Une fois que nous y avons accédé, il utilisera,
 
tout seul, des champs d’énergie qui sont disponibles mais 
 
hors d’atteinte. Et cela, comme je l’ai dit, c’est la sorcellerie.
 
Nous commençons alors à 
voir
 –
c’est 
-à- 
dire, à percevoir 
 
12 
 
La force du silence 
 
– autre chose ; non pas de façon imaginaire, mais 
ré 
ellement et concrètement. Et puis nous commençons à savoir sans devoir utiliser de mots. Et ce que chacun d’entre nous fait de cette perception accrue, de cette connaissance silencieuse, dépend de notre 
tempérament propre. ».
 Une autre fois, il me donna un antre genre d’explication. Nous discutions d’un problème sans rapport avec cette question, quand il changea brusquement de sujet: et se mit à me raconter une blague. Il rit et, très délicatement, me donna une petite 
tape dans le dos, entre les omoplates,
comme quelqu’un 
de timide qui trouvait insolent de sa part de me toucher.Ma réaction de nervosité le fit glousser.
«
Tu es ombrageux », me dit-il d’un ton taquin, et il me frappa 
dans le dos avec plus de vigueur.
 Mes oreilles se mirent à bourdonner. Pendant un instant, je perdis mon souffle. J’avais l’impression qu’il m’avait fait mal aux poumons. Chaque respiration me causait un grand malaise. Mais, après avoir toussé et étouffé plusieurs fois, mes voies nasales se dégagèrent 
 
et je me retrouvai en train de me livrer à des respirations 
profondes et apaisantes. J’éprouvais un tel sentiment de 
bien 
être que je ne lui en voulais même pas pour le coup 
qu’il m’avait porté et qui avait été aussi vigoureux 
qu’inattendu.
 Puis don Juan s’attaqua à une explication tr 
ès 
remarquable. Il ne donna, avec clarté et concision, une 
définition différente et plus précise de la sorcellerie.
 J’avais accédé à un état de conscience merveilleux.J’avais l’esprit tellement clair que je comprenais et assimilais tout ce que don Juan était en train de dire. Il disait qu’il existe dans l’univers une force incommensurable, indescriptible, que les sorciers 
appellent 
l’intention,
et qu’absolument tout ce qui existe 
dans le cosmos entier est relié à 
l’intention
par un lien de 
communication. L
es sorciers, ou les guerriers,
 
Introduction 
 
13 
 
comme il les appelait, s’occupaient de discuter, de comprendre et d'utiliser ce lien de communication. Ils s’occupaient surtout de le nettoyer des effets paralysants qu’entraînaient les pré 
occupations 
ordinaires de leur vie quotidienne. À ce niveau, on pouvait définir la sorcellerie comme la procédure consistant à nettoyer son propre lien de communication 
avec 
l’intention.
Don Juan insista sur le fait que cette 
«
procédure de nettoyage » était très difficile à 
comprendre,
ou
à apprendre, C'est pourquoi les sorciers divisaient leur enseignement en deux catégories. L’une consistait en un enseignement destiné à l’état de conscience de la vie quotidienne, où le processus de nettoyage se présentait d’une manière déguisée; L’autre consistait en un enseignement destiné aux états de conscience accrue, comme celui dont je faisais maintenant l’expérience, et dans lesquels les sorciers puisaient la connaissance directement de 
l’intention,
sans l’intervention gênante du langage parlé.
 Don Juan m’expliqua qu’en utilisant la conscience accrue pendant des milliers d’années de lutte douloureuse, les sorciers avaient acquis des connaissances spécifiques dans le domaine de 
l’intention,
et q'ils avaient transmis ces pépites de connaissance directe de génération en génération  jusqu’aujourd’hui. Il me dit que la sorcellerie avait pour tâche de rendre compréhensible, au niveau. de la conscience de tous les jours, cette connaissance 
apparemment obscure.
 Puis il m’expliqua le rôle du guide dans la vie des sor- ciers. Il me dit qu’un guide est appelé le « nagual », et 
que le nagual est un homme ou une femme doués d’une 
énergie extraordinaire, un professeur bénéficiant de 
modération, d’endurance, de stabilité ; quelqu’un que les voyants 
voient
comme une sphère lumineuse. à quatre compartiments, comme s’il s’agissait de la condensation de quatre boules lumineuses. En raison de leur énergie 
extraordinaire, les 
 

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