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Pierre Michel, « Octave Mirbeau écologiste »

Pierre Michel, « Octave Mirbeau écologiste »

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Pierre Michel, « Octave Mirbeau écologiste », article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 19, mars 2012, pp. 218-245.
Pierre Michel, « Octave Mirbeau écologiste », article paru dans les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 19, mars 2012, pp. 218-245.

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06/24/2014

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MIRBEAU ÉCOLOGISTE
Il m’est souvent arrivé d’affirmer qu’Octave Mirbeau, comme toujours en avance sur son temps, était un écologiste avant la lettre – ou presque, dans la mesure où le terme même d’« écologie , créé tr!s récemment, pouvait ne pas être totalement inconnu dans les c"aumi!res des intellectuels les plus au fait de l’actualité scientifique
1
# Mais les te$tes les  plus caractéristiques de cette orientation sont peu connus et peu accessibles et c’est  pourquoi je les publie aujourd’"ui, afin que nos lecteurs puissent juger sur pi!ces# Il en ressort qu’il est un défenseur vé"ément de l’environnement, d%ment massacré au nom du m&t"ique et m&stificateur «
 progrès
 , et, plus généralement, de la nature elle'même, qui se trouve menacée de mort ( ) la fois par la folie du s&st!me capitaliste, où seul compte le  profit ) court terme, et par la mégalomanie criminelle d’«
ingénieurs
  irresponsables, en  proie ) la
libido dominandi
 et qui bénéficient d’une scandaleuse impunité, au sein d’une société bourgeoise où le scientisme fait office de nouvelle religion ) destination du bon  peuple, pour le plus grand profit de la *épublique et de ses nouveau$ ma+tres#
Les raisons d’un engagement
es premi!res raisons de l’engagement écologique de notre imprécateur sont d’ordre  p"ilosop"ique# Imprégné de Montaigne et de *ousseau
-
, Mirbeau fait de la .ature, mot'valise s’il en est, une référence constante et un crit!re d’appréciation dans les domaines les plus divers, aussi bien ét"iques qu’est"étiques, bien que sa définition reste problématique et que ses caractéristiques soient des plus vagues# /vec la découverte de 0ergson
1
, son naturisme initial se teinte de vitalisme# 2ertes, il sait mieu$ que personne que la nature obéit ) ce que 3ac"er'Masoc" appelait «
le legs de Caïn
 et que, pour sa part, il préf!re nommer «
la loi du meurtre
4
 , et il en est indigné et révolté, tant sa soif de justice en est bafouée et tant il aimerait que l’"umaine condition f%t logée ) une moins sanglante enseigne que la gent animale# 2ertes, il sait aussi que l’"omme, si civilisé qu’il se prétende avec une inconcevable  présomption, est encore bien souvent dominé par des pulsions "omicides, que lui'même a souventes fois illustrées dans ses contes et ses romans, et n’a pas, tant s’en faut, coupé tous les  ponts avec l’être de nature qu’étaient ses ancêtres, les grands singes «
cruels et lubriques
 , dont l’empreinte est profondément fic"ée en lui# Mais du moins sait'il aussi que la nature, ) défaut de conscience et de pitié, obéit ) des lois fi$es et immuables, gr5ce au$quelles il est loisible de comprendre le fonctionnement de la grande mac"ine de l’univers et d’e$ploiter ces connaissances scientifiques pour améliorer les conditions de vie des misérables "umains# Il est également bien persuadé qu’elle constitue un  point d’ancrage et d’équilibre autant qu’une source inépuisable, non seulement de connaissances, mais aussi d’inspiration et de réfle$ion ( «
Vous voulez penser, eh bien, regardez la nature. Si vous voulez savoir, c’est là que vous puiserez des idées proondes, les
6
 Il semble que le mot « 7cologie  89:ologie en allemand; ait été créé en 6<== par >rnst ?aec:el – que Mirbeau a lu 8en traduction; et qu’il admirait – et ait été emplo&é en fran@ais pour la premi!re fois en 6<A4# Mais  pour autant ittré l’ignore totalement, dans son cél!bre dictionnaire, dont la deu$i!me édition a fini de para+tre en 6<AA ( il est clair que ce mot n’est entré dans le langage courant que beaucoup plus tard# Buant au$  préoccupations écologiques proprement dites – et par conséquent les termes d’CécologismeD et d’CécologisteD –, elles n’appara+tront gu!re, tr!s modestement, que dans les années 6E-F et ne commenceront ) se développer vraiment que dans les années 6E=F et, surtout, 6EAF#
-
 Goir l’article de 3amuel air, « Hean Hacques et
le petit rousseau
 ,
Cahiers !ctave "irbeau
1
 Goir l’article de 3amuel air, « ?enri 0ergson et Octave Mirbeau ,
Cahiers !ctave "irbeau
4
 Octave Mirbeau, « a oi du meurtre ,
 #’$cho de %aris
, -4 mai 6<E-#
 
 seules qui ne soient pas des inventions stupides et dangereuses de la littérature
 , confie't'il ) un de ses derniers visiteurs, l’écrivain ég&ptien /lbert /d!s, qui les note aussitt dans ses  papiers inédits# >nfin il est sinc!rement convaincu qu’en s’éloignant par trop de la nature nourrici!re, l’"umanité a créé «
des besoins artiiciels
  et contribué ainsi ) développer «
les instincts de érocité dont le germe monstrueu& est en elle
, de sorte que les progr!s dont elle se targue sont purement illusoires ( «
l’homme est aussi bro'é dans les insatiables machines de nos lois et les tortures de nos pré(ugés qu’il l’était sur la pierre des sacriices et dans les  gueules des "olochs dévastateurs
J
.
/ussi, par opposition au monde dénaturé des villes, des usines et des tripots
=
, aussi bien que des salons parisiens, des t"é5tres et de la littérature, qui tournent le dos ) la vraie vie, cultivent frénétiquement le plaisir mortif!re et sont en quête d’"onneurs dérisoires, aspire't'il ) se ressourcer au sein de la nature, sauvage ou apprivoisée, qui lui offre le refuge indispensable ) son équilibre, comme il l’a fait en 6<<1, ) /udierne, et,  par la suite, au *ouvra&, ) .oirmoutier, ) Nérisper, au$ amps, ) 2arri!res'sous'Poiss&, ) 2ormeilles'en'Ge$in et ) Qriel'sur'3eine# >t puis, comment ne pas mentionner qu’il a, pour les fleurs, aimées, de son propre aveu, «
d’une passion presque monomaniaque
 , ce qui s’apparente fort ) un succédané de «
religion
  ( «
)oute (oie me vient d’elles
A
.
  R cet amour de la nature si profondément enraciné en lui, il e$iste ) coup s%r aussi des e$plications d’ordre socio'politique# /lors que Mirbeau n’a que mépris ou dégo%t pour les nantis bardés d’une "omicide bonne conscience, les mondains
 genreu&
, les politicards c&niques, les bourgeois misonéistes, les artistes coupables d’académisme, les gommeu$ et autres psc"utteu$ gonflés de leur importance comme des baudruc"es, bref, tous les grimaciers du
theatrum mundi
 qui lui inspirent tant de vengeresses caricatures au vitriol, Mirbeau a toujours accordé sa s&mpat"ie au$ «
 petits
, au$ sans'voi$, au$ sans'logis, au$ "umiliés et offensés, ) tous ceu$ qui, e$clus, e$ploités, opprimés par un ordre social inique, sont restés  proc"es de la nature, ou du moins en lien avec elle ( les pa&sans, les pêc"eurs, les c"emineau$, les trimardeurs, les vagabonds, les prostituées, les domestiques – et aussi, pour d’autres raisons, les po!tes, les véritables artistes, les solitaires et les contemplatifs# .on qu’il idéalise les misérables et ignore la dureté, voire la brutalité, des conditions de vie infligées ) la masse des prolétaires dés"umanisés – ou, sur un autre plan, les dérapages grotesques d’artistes et de po!tes en quête de reconnaissance# Mais parce que, même «
 servilisés
 , pour les uns, même soumis au$ lois du marc"é culturel, pour les autres, ils conservent en eu$, de l’enfant qu’ils ont été, quelques restes d’"umanité et de CnaturelD que les dominants ont  presque toujours perdus# R ces préoccupations sociales et ) cette pitié douloureuse pour les souffrants de ce monde, il convient, bien évidemment, d’ajouter des raisons d’ordre est"étique# e c"antre fervent de pa&sagistes tels que 2laude Monet et 2amille Pissarro n’admire pas seulement les toiles où ils restituent la beauté de la nature dans tous ses frémissements, il est tout autant sensible au$ pa&sages mêmes qui les inspirent et dont ils parviennent ) rendre les incessantes transformations, qui témoignent du c&cle éternellement recommencé de la vie# «
Chaque ois que (e m’arr*te quelque part, n’importe o+, et qu’il ' a un peu d’eau, des arbres, et entre les arbres des toits rouges, un grand ciel sur tout cela, et pas de souvenirs, (’ai peine à m’arracher
, confie't'il dans
 #a -/0
<
# >t il écrit ) 2laude Monet, au risque de le froisser ( «
 1l n’' a que la terre. "oi, (’en arrive à trouver une motte de terre admirable et (e reste des heures entières en contemplation devant elle. 0t le terreau 2 3’aime le terreau comme une
J
 Octave Mirbeau, « es Petits ,
 #e 4aulois
, 6= mars 6<<J#
=
 >n 6<<4'6<<J, Mirbeau a mené toute une campagne contre les tripots, qui pourrissent les villes et les campagnes, dans les colonnes du
4aulois
 et de
 #a 5rance
#
A
 Octave Mirbeau, « e 2oncombre fugitif ,
 #e 3ournal 
, 6= septembre 6<E4# 3ur le culte que Mirbeau voue au$ fleurs, voir les articles de Hacques 2"aplain dans ce numéro des
Cahiers
 et dans le numéro précédent, n 6< 8pp# 66A'614;#
<
 Octave Mirbeau,
 #a -/0
 86EFA;, 7ditions du 0ouc"er, -FF1, pp# -61'-64#
 
 emme et les belles couleurs qui na6tront de là 2 Comme l’art est petit à c7té de 8a 2 0t comme il est grima8ant et au&
E
 2
 >nfin, et peut'être surtout, il convient de faire la part des raisons relevant de la santé  publique, de la salubrité sociale et du souci de l’avenir de l’esp!ce "umaine# Mirbeau est, certes, fort admiratif devant les prodigieu$ progr!s scientifiques et le génie des ingénieurs capables, par e$emple, de domestiquer la fée électricité S et il est, avec passion, l’un des  premiers utilisateurs des inventions tec"niques qui bouleversent la vie quotidienne, par e$emple le télép"one, l’électricité et l’automobile# Mais il ne s’en méfie pas moins du pouvoir croissant d’ingénieurs qui risquent d’éc"apper de plus en plus ) tout contrle et qui, devenus «
une puissance intangible
, sont susceptibles, ) terme, de menacer de détruire le monde ( «
 #es ingénieurs sont une sorte d9$tat dans l9$tat, dont l9insolence et la suisance croissent en raison de leur incapacité. :ne caste privilégiée, souveraine, t'rannique, sur laquelle aucun contr7le n9est (amais e&ercé et qui se permet ce qu9elle veut 2 ;uand, du ait de leur incurie notoire, ou de leur ent*tement s'stématique, une catastrophe se produit,
 T###U
ce n9est  (amais sur eu& que pèsent les responsabilités... 1ls sont inviolables et sacro/saints
#  ans une c"ronique de 6EFF en forme de fable
, « .octurne , il souligne le contraste entre, d’un cté, un ingénieur épanoui, parce qu’il se sent désormais «
le grand ma6tre des destinées
  et qu’il «
distribue à
 TsonU
 gré la douleur ou la (oie
 , et, de l’autre, «
les villes bouillonnantes comme des étuves
  et de mal"eureu$ "umains qui souffrent et qui meurent «
 par la aute de cet homme très savant
# ’inique et indécente impunidont jouissent ces criminels irresponsables est une menace d’autant plus grave que, comme le constatera Mirbeau en 6EFA, ) propos des canau$ d’/msterdam évoqués dans
 #a -/0
, «
on a beau aire, il ' a tou(ours un moment o+ la nature secoue ormidablement le (oug de l9homme
 #
Combats éo!ogi"ues
es articles qui suivent témoignent des interventions concr!tes de l’écrivain dans le c"amp de la protection de l’environnement et de ce qu’on appellera l’écologie quelques décennies plus tard# >n 6<<E, alors qu’il séjourne ) Menton, il dénonce la dénaturation du 2ap Martin, qui est désormais livré ) la spéculation immobili!re et dont la végétation risque fort de laisser la place ) des casinos et autres constructions «
rastaquouériques
 supposées l’embellir 
# >n 6<E1, dans « e l’air V , il rév!le ) ses lecteurs des classes mo&ennes les "orreurs cac"ées de la vie parisienne ( celle des immeubles sordides où s’entassent les familles des prolétaires, condamnées ) respirer un air gravement pollué et vicié# >n 6<EE, alors qu’il "abite depuis si$ ans ) 2arri!res'sous'Poiss&, dans deu$ articles portant le même titre provocateur d’« >mbr!nement , il rév!le au grand public les effets désastreu$ de la  pollution des eau$ dans la région de Poiss&
, scandale qui va perdurer encore quelques cennies et dont les "abitants d’aujourd’"ui subissent toujours des quelles# ans le  premier, il reproduit les doléances d’un "abitant, ou supposé tel, dont la région est littéralement empoisonnée par «
l’épandage des ordures parisiennes
 , et il s’en prend 5prement au$ ingénieurs, fauteurs de nuisances écologiques, et au ministre Pierre 0audin
# ans le second, il raconte la visite qu’il prétend avoir faite, en compagnie d’un anon&me
E
 Octave Mirbeau, lettre ) 2laude Monet de la fin septembre 6<EF 8
Correspondance générale
, ’/ge d’?omme –3ociété Octave Mirbeau, t# II, -FFJ, p# -<4;#
6F
 Octave Mirbeau, « Buestions sociales ,
 #e 3ournal 
, -= novembre 6<EE#
66
 Octave Mirbeau, « .octurne ,
 #e 3ournal 
, 6E juillet 6EFF# e te$te est reproduit dans la suite de l’article#
6-
 Octave Mirbeau,
 #a -/0
, 7ditions du 0ouc"er, -FF1, p# -JJ#
61
 Octave Mirbeau, « >mbellissements ,
 #e 5igaro
, -< avril 6<<E#
64
 Octave Mirbeau, « >mbr!nement ,
 #e 3ournal 
, -= novembre et 1 décembre 6<EE#
6J
 Pierre 0audin est alors ministre des Qravau$ Publics dans le gouvernement Pierre Waldec:'*ousseau#

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