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Séance 3 : la société française sous la monarchie absolue
l'exemple de la Révolte du Papier timbré en Bretagne
L'origine de la révolteDans les années 1660-1670, la Bretagne entre dans unephase de difficultés économiques, largement liées auxpremiers effets de la politique de guerre de Louis XIV, quiaugmente les impôts. La production baissant, les
fermages
payés par les paysans à leur seigneur diminuent eux aussi d’un tiers. Ainsi, les
seigneurs
,devant la baisse de leurs revenus depuis 1670, exigent deleurs paysans d'anciens
droits seigneuriaux
qui étaientpayés au moyen-âge, mais avaient disparus. Les paysanssont mécontents : déjà, en 1668, à Carhaix, ils refusent depayer les « services » dus aux seigneurs.Depuis qu'elle est rattachée à la France en 1532, laBretagne a conservé des
privilèges
: par exemple, aucunimpôt nouveau ne peut être décidé par le Roi sans l'accorddes Etats provinciaux de Bretagne, une réunion des
troisordres de la société
représentants du
clergé
, de la
noblesse
et de la
bourgeoisie
de la province ; autreexemple, les Bretons ne paient pas de
gabelle
, l'impôt sur le sel.Or en 1674, Louis XIV impose à tout le pays et même en Bretagne deux nouveaux impôts l'un sur le « papier timbré »(une sorte de timbre fiscal qu'il fallait payer pour tout acte passé devant un notaire : vente, achat de terres …) et sur letabac, sans demander l'avis des États provinciaux de Bretagne.C'est la début de la Révolte du Papier Timbré (d’avril à septembre 1675). La révolte a eu une grande ampleur en Basse-Bretagne. Elle y est connue sous le nom spécifique de
Emsavadeg ar Bonedoù ruz 
(« révolte des Bonnets rouges »), enréférence au bonnet porté par les insurgés.Le déroulement de la révolteEn Bretagne, des émeutes urbaines spontanées touchent les deux grandes villes, Rennes et Nantes. Partout le schémaest le même : le petit peuple des villes attaque et pille les bureaux fiscaux où l'on vend du papier timbré. Desaffrontements ont lieu au cri de « Vive le roi sans la gabelle ! » car la rumeur circule que le Roi va bientôt prélever lagabelle en Bretagne. D'autres villes sont touchées : Guingamp, Fougères, Dinan, Morlaix.Le 8 juin, les troupes envoyées pour ramener le calme provoquent la colère de Nantes. En effet, sous l’Ancien Régime,les troupes sont logées chez l’habitant, à sa charge : or, Nantes comptait parmi ses privilèges l’exemption du logementdes gens de guerre. Durant trois jours (9 au 11 juin), le duc de Chaulnes, gouverneur de la Bretagne, est assiégé dansson manoir, mais donne l’ordre de ne pas tirer, puis fait évacuer les troupes. Il subit des humiliations si importantes qu’ilcache, à partir de la fin juin, la réalité de l’agitation au roi dans ses rapports.L’exemple des villes est suivi, à partir de fin juin, par les campagnes de Basse-Bretagne. Les revendications despaysans sont confuses : d'un côté, ils s'en prennent aux bureaux des impôts royaux ; d'un autre côté, ils s'attaquent auxchâteaux des nobles qu'ils accusent d'abuser de leurs droits ; enfin ils ravagent certaines villes comme Carhaix ouPontivy. En Basse-Bretagne, ils sont menés par un notaire, Sebastian ar Balp.La répression de la révolteLa mort de Sebastian ar Balp au cours de l'attaque d'un château en septembre 1675semble marquer la fin de la révolte. C'est aussi le début de la répression organisée par les troupes royales sous l'autorité du Duc de Chaulnes.La « punition » commence à Nantes, où les troupes séjournent trois semaines, et où lemeneur Goulven Salaün, un valet de cabaret, est pendu. Le 12 octobre, le duc deChaulnes entre à Rennes, avec 6 000 hommes, logés chez l’habitant : durant un mois, laville subit les violences de la troupe.Les communautés villageoises sont sommées de livrer les meneurs sous peine dereprésailles collectives. Les prêtres
missionnaires
tentent de calmer les paysans enfaisant planer sur eux la menace des foudres de l'enfer ; les cloches des églises ayantsonné le tocsin pour appeler à la révolte sont déposées et plusieurs églises sontdécapitées de leur clocher avec interdiction de les remonter.Toute résistance politique aux demandes de la monarchie disparaît. Les États de Bretagne acceptent l’année suivanteune augmentation des impôts et doit subvenir entièrement aux besoins des troupes de répression, puis d’une armée de20 000 hommes. Par contre, la gabelle ne sera jamais un impôt payé par les Bretons.Finalement, Le 5 février 1676, Louis XIV accorde son
amnistie
à tous les fauteurs de troubles identifiés : seul 150responsables passent devant les tribunaux et seront condamnés à mort ou aux
galères
.
 
 La chapelle "décapitée" de Languivoa (Finistère) Jean-Bernard CHALETTE,
Allégorie de la Révolte du papier timbré
 , 1676, musée des beaux-arts de Rennes

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