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1776
  D  O  S  S  I  E  R
ethnomusicologie
Fête à Carnac.
 Elletémoigne de la traditionmusicale bretonne, qui demeure sans doute l’unedes plus vivaces de France.
/
 Aimard-Rapho
L’ethnomusicologie chez soi:les musiques de France
Étudiées depuis le
XIX
siècle seule-ment par la Schola cantorum et lesfolkloristes (Gaston Pâris, Eugène Rol-land), les musiques populaires françaisessont essentiellement constituées de chantset de danses. Les chants traditionnels sontle plus souvent monodiques et antiphoni-ques (alternance régulière de deux parties,tels les chants des gardiens de troupeaux).Les styles varient fortement d’une régionà l’autre: gwerz ou sonn bretons, ébaudeset kyriolées de Bresse, voceri (chantsfunèbres) corses. On trouve en Bretagneet en Vendée un type de chant où le solisteénonce une série de phrases que le chœurponctue par un répons. Autre chantbreton, le kan ha diskan utilise égalementle procédé de tuilage, où deux partiessolistes se chevauchent. C’est en Corse (lapaghiella) et au Pays basque que l’ontrouve les principaux chants polyphoni-ques. Les musiques de danses particulari-sent également les régions: farandole enProvence, gavotte et passepied en Bre-tagne, sardane en Catalogne, bourrée enAuvergne ainsi qu’au Berry et dans leLanguedoc.
 Étude du comportement musical dans toutes les sociétés dites « 
 primitives
»et, par extension, dans les cultures populaires traditionnelles,l’ethnomusicologie s’attache plus spécifiquement à trois objets:l’étude de la musique dans ses rapportsavec l’organisation sociale, matérielle et symbolique des sociétés
 ;l’analyse comparée des instruments de musique inconnus et oubliés en Europe
 ;la compréhension de tous les systèmes musicaux non écrits,et des pratiques musicales non savantes, sur la base de l’enregistrement systématique des musiquestraditionnelles survivantes dans le monde.
Procession religieuse en Espagne, accompagnée par un orchestre.
 La musique populaire espagnole, sans conteste l’une des plus typées et des plus diversifiées d’Europe, se divise entre une forte tradition profane de chant et de danse et une tradition religieuseardente, donnant lieu à des fêtes extrêmement réputées.
/
 AlainKeler-Odyssey
L
’objet de l’ethnomusicologie est d’étudierla musique des peuples de tradition orale.Elle est souvent considérée comme unebranche de la musicologie, qui consiste àappréhender la musique dans son contextesocial.
¡
Du récit de voyageà l’enregistrement collecté
Discipline relativement récente, l’eth-nologie n’a commencé à se développervraiment qu’au début du
XX
siècle. Desobservations rapportées par des voyageurset des missionnaires, aux
XVIII
et
XIX
siècles,constituent les premiers documents sur les-quels s’est fondée ensuite l’ethnomusicologie.En 1768, Jean-Jacques Rousseau mentionnades musiques extra-européennes dans son
 Dictionnaire de musique
, mais les premièresétudes scientifiques furent celles du pèreJoseph Amiot (
 Mémoire sur les musiques desChinois, tant anciens que modernes
, 1779) etcelles, ordonnées par Bonaparte pendant lacampagne d’Égypte, de Guillaume Villoteau(
 Rapport de l’état actuel de l’art musical en Égypte
, 1809
;
 Description historique, techni-que et littéraire des instruments de musiquedes Orientaux 
, 1813
;
 Mémoire sur la musiqueantique d’Égypte
, 1816). Les Anglais, quantà eux, traitaient de la musique de l’Inde(William Jones ou le capitaine Day).
En 1882, Theodor Baker rédigea une thèsesur les Indiens Senecas de l’État de NewYork, où, pour la première fois, l’observationethnographique et la description musicologi-que se côtoyaient. Karl Stumpf publia
 Lieder der Bellakula Indianer 
(1886)
; AlexanderJohn Ellis, dans
On the Musical Scale of Various Nations
(1885), observa que l’échellemusicale n’était ni unique ni naturelle, etFrançois Joseph Fétis, auteur de l’
 Histoire générale de la musique
(1869-1876), affirmaque «
l’histoire de la musique embrasse celledu genre humain
». Cependant paraissaientles premiers ouvrages traitant des origineset des fonctions de la musique: en Alle-magne, ceux de Karl Bücher et Karl Stumpf 
;en Grande-Bretagne, ceux d’Henry Balfouret, en France, de Jules Combarieu. En 1929,deux publications, de Robert Lachman et deCurt Sachs, furent à l’origine de la «
musico-logie comparée
». Cette tendance, encoreactuelle, de l’ethnomusicologie consiste àsélectionner un trait particulier dans unesociété donnée et à en examiner les manifes-tations dans le monde entier.
Mais c’est avec le développement destechniques de l’enregistrement (sur le terrainou «
en chambre
», à partir d’enregistre-ments collectés ou réalisés hors contexte) quel’étude des musiques de tradition orale pritvraiment son essor. En 1890, l’AméricainJ.Walter Fewkes réalisa les premiers enregis-
 
1777
  S  u  i  t  e   d  u   D  O  S  S  I  E  R
ethnomusicologie
Orchestre de balafons enCôte-d’Ivoire.
 L’Afrique noire, qui ne possède pratiquement pas de musique savante et accueille une grande diversitéde cultures populaires, est un prodigieux conservatoire de traditions orales vivantes. La percussion y joue un rôle clé.
/
Olivier Martel-Rapho
Musique tzigane.
C’est celle d’un peuple dispersé sur tout un continent. Fortement colorée destraditions des paysd’adoption (Roumanie, Bulgarie, Espagne), ellerelève donc de souchestrès différentes. Celle desTziganes de Hongriedemeure cependant la plus authentique et la plus caractéristique.
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 J. Koudelka- Magnum
Danses en Papouasie.
 L’Océanie, commel’Afrique, est l’une des régions du monde richesen cultures populaires authentiques, où musiqueet danse sont inextricablement liées.
/
 F. Gueney-Odyssey
trements phonographiques chez les IndiensZuñis du Nouveau-Mexique et les IndiensPassamaquoddy du Maine. En Europe, lespremiers enregistrements furent produits parBéla Vikar en 1896, en Hongrie, et parEvguenia Linjova en 1897, en Russie. EnFrance, pour l’Exposition universelle de1900, le docteur Azoulay exhiba des cylindresau Musée phonographique de la Sociétéd’anthropologie. Les premiers instituts d’ar-chives furent créés à Vienne, Paris, Berlin.
¡
Anthropologie ou musicologie
Le concept d’ethnomusicologie asso-cie deux termes, ethnologie et musicologie
;la spécificité de la discipline tient véritable-ment à la synthèse des deux approches. Del’histoire sont nés, sinon des «
écoles
», dumoins trois grands foyers: Berlin, l’Améri-que et l’Europe de l’Est. À Berlin, les étudesethnomusicologiques se sont fondées avanttout sur les archives sonores. Les principauxchercheurs sont Eric von Hornbostel (qui,de 1905 à 1932, a dirigé la collection dephonogrammes de la Staatliche Hochschulefür Musik, que Georg Herzog avait emportéeavec lui, aux États-Unis, quand il y avaitémigré), Otto Abraham et Kurt Sachs. AuxÉtats-Unis, on a développé les études sur leterrain: Franz Boas chez les IndiensKwakiutls (1895), Franck Speck chez lesIndiens Creeks et Juchis (1905), HelenRoberts, Georg Herzog chez les Indiens du Nord et les Esquimaux. Marius Barbeau aétudié le folklore des Canadiens français.
Vers 1932, les ethnomusicologues berli-nois, fuyant les persécutions hitlériennes, ontfourni un apport fondamental. Sachs publiades ouvrages majeurs
; von Hornbostel in-fluença Jaap Kunst, musicologue néerlandaisauquel on doit le terme d’ethnomusicologieet qui a formé à son tour de nombreuxethnomusicologues, dont Mantle Hood, di-recteur de l’Institut d’ethnomusicologie del’université de Californie (UCLA). MantleHood a mis en pratique le concept debimusicalité, c’est-à-dire l’étude pratique desmusiques extra-européennes auprès des musi-ciens professionnels occidentaux. Vers 1950,Alan P.Merriam a développé l’approcheproprement anthropologique de la musique,attachant autant d’importance aux structuressociales qu’aux structures musicales. Il a étésuivi par John Blacking (1928-1990) et, avecdes outils statistiques, par Alan Lomax.
L’ethnomusicologie en Europe de l’Est estcaractérisée par la collecte et la transcriptionde corpus propres à une aire culturelledonnée. Cette tradition est ancienne puisqueMily Alexeïevitch Balakirev (1837-1910),compositeur du groupe des Cinq, avaitharmonisé quarante mélodies populairespréalablement recueillies auprès des moujiks.En Hongrie, après Béla Vikar (véritableprécurseur qui, en 1899, recueillit les chantsépiques de la Carélie et fonda la premièrephonothèque), Béla Bartók a entrepris avecZoltán Kodály ses enquêtes sur la musiquefolklorique de la Hongrie et des pays voisins.Il a énoncé, en 1936, ses méthodes d’investi-
 
1778
  S  u  i  t  e   d  u   D  O  S  S  I  E  R
ethnomusicologie
Musiciens du Rajast
¯
an jouant du tabla et du sitar.
 En Inde, les différentes traditionsmusicales s’appuient sur des systèmes théoriques complexes régissant l’art spécifique del’improvisation. Les musiciens indiens sont donc des professionnels avertis possédant un savoir musical élaboré.
/
 Roland et Sabrina Michaud-Rapho
La tradition japonaise.
Spectacle authéâtre Matsubaya, à T 
¯
oky
¯
o. La musiquetraditionnelle japonaise est divisée en genres correspondant aux catégories sociales (de la musique de cour à lamusique paysanne), chacun d’entre eux ayant ses formes propres et sesinstruments. Intimement liée aux rituels,elle est aussi soumise à des cadres préfixés, d’une grande rigidité.
/
 M. Bertinetti-Rapho
Orchestre balinais.
 L’île indonésiennecompte près de mille cinq cents gamelans(ensembles constitués exclusivement demétallophones et de gongs). La musique, d’unerichesse polyphonique exceptionnelle, y ponctuechaque événement de la vie.
/
Yamasmita-Rapho
gation (l’enregistrement et sa transcription)et de classification (la détermination degrands types). Il a confronté les répertoiresde régions différentes afin de dégager leséléments communs et ceux qui leur appar-tiennent en propre. Cette tendance aucomparativisme a été reprise par ConstantinBr
¯
ailoiu.
Aujourd’hui, l’ethnomusicologie se diviseen deux tendances fondamentales: la ten-dance anthropologique, qui aborde la pro-duction musicale des peuples dans son rôlesocial (Hugo Zemp,
 Musique dan: la placede la musique dans la pensée et la vie socialed’une société
, 1971), et la tendance musicolo-gique, qui s’attache à l’étude strictementmusicale des musiques orales, afin d’endévoiler les principes structurels (SimhaAroh,
 Polyphonies et polyrythmies instrumen-tales d’Afrique centrale: structures et mé-thodes
, 1985).
Malgré des divergences méthodologiques,certains principes fondamentaux restentcommuns à ces deux tendances:
les musiques traditionnelles liées aux ri-tuels (classes d’âge, cérémonies propitia-toires, funéraires, etc.) sont les plus étudiées,car elles sont menacées par l’évolutionsociale et technique
;
les musiques dotées de systèmes de nota-tion et de théorie musicale souvent trèsélaborées sont elles aussi examinées: s’yattachent Alain Danielou pour l’Inde, TranVan Khe pour le Viêt-nam, Jean During pourl’Iran, Hab
 ¯
ıb Hassan Touma pour la musiquearabe, ou Pierre Landry pour la Turquie
;
l’investigation ethnomusicologique s’enri-chit des outils de la technologie contempo-raine: photographie, film et vidéo, informati-que musicale.
Après avoir recherché les traditions au-thentiques, l’ethnomusicologue travaille deplus en plus sur les phénomènes d’accultura-tion et de métissage (minorités ethniques despays industrialisés, musiquesafro-améri-caines) et revient en Occident étudier lesmusiques «
alternatives
».
¡
Musique et vie quotidienne
Le travail, la chasse, la pêche et lareligion motivent que l’on chante et que l’ondanse pour une meilleure productivité oupour s’attirer les bonnes grâces des esprits.Les sociétés à traditions orales ont unemusique qui leur est propre et qui prend sa
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