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Sujet N°2 : Le bonheur ne consiste-t-
il qu’à poursuivre ce qui nous fait
plaisir ?
Introduction
L’aspiration au bonheur
« a deux faces » selon Freud : « un but positif et un but négatif »[
cf.
texte de Freud, p. 621]. «
Elle veut d’une part que soien
t absents la douleur et ledéplaisir
[c’est la finalité négative du bonheur], d’autre part que soient vécus de fortssentiments de plaisir [c’est la finalité positive du bonheur]
». La finalité négative dubonheur ne suffit pas, nous dit Freud. Le bonheur, au sens étroit du mot, se rapporte avanttout à sa finalité positive. Le bonheur consiste donc bien à poursuivre ce qui nous faitplaisir. La vie selon Freud est régie par le principe de plaisir, lequel se déploie précisémentdans les deux directions indiquées : fuir la douleur et le déplaisir ; et poursuivre le plaisir.
Cela dit
, et Freud le reconnaît, au principe de plaisir s
oppose ce qu
il appelle le principe deréalité. La réalité est telle qu
il est des plaisirs que nous ne pouvons poursuivre pour desraisons essentiellement morales et sociales. Ainsi je m
abstiendrai, par exemple, de fairedu mal à quelqu
un même si je tirerai un malin plaisir à le faire. Qui plus est, réduire
l’aspiration au bonheur
au seul plaisir serait réducteur. Q  
uiconque rêve d’être pilote ouchercheur ou garde forestier pense bien qu’un tel accomplissemen
t le rendra plus heureux.Et pourtant cet accomplissement suppose des sacrifices.
En réduisant l’aspiration au bonheur à la poursuite du plaisir, ne réduit
-on pas le bonheur à
ce qu’il n’est pas, des instants de plaisir
 
? Le bonheur n’est
-il pas bien davantage ? Nesuppose-t-il pas la réalisation de soi ? En quoi consiste cette réalisation de soi ? Si elle
n’exclut pas le plaisir, quel est son rapport au plaisir
? Le sujet nous demande si le bonheur
ne consiste qu’à poursuivre ce qui nous fait pl
aisir. La réponse semble claire
: c’est un non
franc et massif. Notre objectif sera dès lors de mieux appréhender la relation du bonheurau plaisir et de déterminer quelle est la finalité du bonheur si ce n
est la seule recherche duplaisir.Nous verrons donc dans une première partie combien la vie serait ennuyeuse sans plaisirs.Autrement dit, le plaisir est bien la manifestation la plus concrète du bonheur. Nousmontrerons toutefois que bonheur et plaisir ne sont pas irrémédiablement liés. Enfin nousnous demanderons ce que poursuit le bonheur et nous verrons que la finalité du bonheurest de poursuivre le bien et non l
agréable, quel qu
en soit le prix d
ailleurs.
Première partie
[Thèse]
Il est difficile de concevoir le bonheur sans le plaisir. Le plaisir est lamanifestation la plus concrète du bonheur même si le bonheur consiste moins à poursuivrece qui nous fait plaisir que le plaisir à nous procurer du bonheur. Autrement dit, le plaisircontient en lui-même sa propre finalité.
 
2
[Argument N°1]
 
Une vie sans plaisir serait ennuyeuse
.
[Illustration(s)]
On fait biensouvent du bonheur un état de satisfaction durable, de plénitude absolue. Autrement dit,le bonheur est une perfection. Mais un tel état suppose tous nos désirs satisfaits. Or leplaisir es
t l’aboutissement du désir. Peut
-
on sans se contredire parler d’un plaisir
constant ? Pour Jankélévitch,
la vie serait ennuyeuse si la perfection qu’on atteint parfois
pouvait durer. Un bonheur trop heureux, nous dit-il, se renverserait. Il se renverserait
parce qu’il tournerait à l’ennui
et au radotage
. Comme le solstice ne dure qu’un jour, écrit Jankélévitch, le bonheur ou la joie ne dure qu’un temps.
 
[Retour au sujet]
Une vie sansplaisir serait bel et bien ennuyeuse et la « mélancolie du bonheur », c
est-à-dire la certitudeque le bonheur ne dure jamais, est tout aussi triste qu
essentielle.
[Argument N°2]
 
Cela dit, le bonheur consiste moins à poursuivre ce qui nous fait plaisirque le plaisir à nous procurer du bonheur
.
[Illustration(s)]
 
Ainsi le plaisir qu’on éprouve à
lire un bon livre, à passer du temps en famille, à cuisiner, à se promener ou à rêvercontribue au bien-être et par extension au bonheur. Mais quand je prends plaisir à fairequelque chose, je me pose rarement la question de savoir si cette activité contribue à mon
bonheur. Si j’éprouve du plaisir à jardiner, par exemple, je ne le fais pas pour être heur
eux
mais je suis heureux quand je le fais. Autrement dit, ce n’est pas une activité que je
poursuis délibérément en vue du bonheur.
Le bonheur n’est pas tant l’objectif que le
résultat.
[Retour au sujet]
 Le bonheur consiste donc moins à poursuivre ce qui nous faitplaisir que le plaisir à nous procurer du bonheur.
[Argument N°3]
 
On peut dire que le plaisir contient en lui-même sa propre finalité
.
[Illustration(s)]
Quand on éprouve du plaisir à faire quelque chose, on va sans doutereproduire cette activ
ité mais on la reproduit d’abord pour le plaisir qu’on en tire. Ainsiqui aime lire, jardiner ou cuisiner le fera régulièrement parce qu’il y prend plaisir.
[Retourau sujet]
On poursuit donc bien le plaisir mais le plaisir contient en lui-même sa propre
finalité. Le bonheur n’est pas la finalité ou la visée première de l’action
; il en est lecorollaire ou la conséquence.
[Argument N°3]
 
C’est l
e désir, non le bonheur, qui consiste à poursuivre ce qui nous faitplaisir
. Le désir n’est
-il pas en effet la
recherche d’un objet ou d’une activité que l’on saitou que l’on s’imagine être source de satisfaction ou de plaisir
(
cf.
dictionnaire, p. 109) ?
[Retour au sujet]
 
Ce n’est donc pas le bonheur qui consiste à poursuivre ce qui nous fait
plaisir mais le désir.
[Transition]
 
On vient de montrer qu’une vie sans plaisir serait ennuyeuse. Il est difficile
de concevoir le bonheur indépendamment du plaisir. Cela dit, nous poursuivons ce qui
nous fait plaisir non pas tant en vue du bonheur que pour le plaisir qu’on
en tire justement.
C’est l’idée que le plaisir contient en lui
-
même sa propre finalité. D’ailleurs, ce n’est pas le
bonheur mais bien le désir qui consiste à poursuivre ce qui nous fait plaisir. En quoi dèslors consiste le bonheur ?
 
3
Deuxième partie
[Thèse]
La recherche du bonheur va bien au-delà du seul plaisir. En réalité, la recherche
du bonheur n’est pas toujours une partie de plaisirs. Elle suppose même qu’on discipline le
plaisir.
[Argument N°1]
 
Quand on se pose la question de savoir ce qui nous rendrait heureux, le
plaisir n’est pas l’objectif premier
. L’objectif premier est un objectif plus
lointain, plusfondamental
. C’est l’accomplissement de tout mon être que je recherche.
[Illustration(s)]
 Quiconque a un objectif de carrière recherche l
’accomplissement ou la réalisation de soi.
Quiconque essaie de changer de comportement
recherche l’accomplissement ou la
réalisation de soi. Ce sont des objectifs qui orientent ma vie toute entière. Pourpoursuivre de tels objectifs, il va sans doute falloir surmonter des obstacles parfoisdifficiles
: travailler sans relâche, ne pas se décourager, s’accrocher, se battre
ou surmonterses passions (sa colère, sa paresse, son égoïsme, etc.).
[Retour au sujet]
Le bonheur est unobjectif vers lequel on tend de tout son être en dépit des difficultés
; il n’exclut pas leplaisir mais ce n’est pas ce que le bonheur poursuit
en premier lieu. En réalité, la poursuite
du bonheur n’est pas toujours une partie de plaisirs.
 
Il n’y a
donc pas entre bonheur etplaisir une relation de nécessité.
[Argument N°2]
 
Au contraire, le bonheur consiste parfois à discipliner le plaisir plutôt
qu’à le poursuivre
. Tous les plaisirs, en effet, ne sont pas bons.
[Illustration(s)]
 
C’est ainsiqu’Epicure conçoit le plaisir. «
Le plaisir est [bien] le principe et la fin de la viebienheureuse », écrit-il dans la Lettre à Ménécée. Mais Epicure élabore une théorietripartite des désirs : les désirs nécessaires (manger et boire essentiellement), les désirs« seulement naturels » mais pas nécessaires (non seulement manger et boire mais bienmanger et bien boire) et les désirs vides ou vains (désir pour les honneurs, désir derichesse, par exemple). Cette théorie permet à Epicure de montrer que le bonheur supposeune gestion très strict
des désirs puisqu’il ne faut poursuivre ni les désirs «
seulementnaturels » ni les désirs vides. Pour Epicure, seuls les désirs nécessaires contribuent à la
santé du corps et à l’ataraxie ou sérénité de l’âme. L’homme ne peut se réaliser pleinement
si
ce qu’il poursuit abîme son corps ou ronge son âme de soucis ou d’inquiétudes. Or tous
les désirs, sauf les désirs nécessaires, auront cette tendance. Faut-
il refuser le plaisir d’un
bon repas ? Faut-il refuser la richesse ? Faut-il fuir la réussite ? Non mais il ne faut pasles poursuivre comme on poursuit les désirs nécessaires. Car de tels désirs produisent en
nous une telle dépendance que le jour où le plaisir d’un bon repas vient à manquer on se
retrouve malheureux. Qui était habitué à vivre confortablement, à disposer de richesses
qui lui assuraient un certain prestige aux yeux des autres, sombrera dans l’alcool le jour où
il perd tout ce qui le définissait.
[Retour au sujet]
 
Le bonheur n’exclut pas le plaisir
;
l’hédonisme d’Epicure ne dit pas autre chose. Mais le bonheur n’admet pas non plus tous
les plaisirs.
[Argument N°3]Plaisir et bonheur sont de nature différente : le plaisir est essentiellement
passivité alors que le bonheur suppose l’action
. Le plaisir est passivité car il est
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