INTRODUCTION
Neiges
est un petit recueil que Saint - John perse compose à New York en1944 ; la même année, les quatre recueils,
Exil, pluies, Neiges
et
Poème àl’Etrangère,
sont réunis et apparaissent dans
Lettres françaises,
à Buenos Aires enArgentine, sous le titre commun de
Quatre poèmes
. Plus tard, ce groupe de recueilsrecevra, tout simplement et de façon définitive, le nom de l’une de ses parties,
Exil
.
Neiges
est dédiée à la mère du poète, Françoise - Renée Saint - Léger Légerqui vit en France où elle meurt en 1948. Le recueil est constitué de quatre chantsde longueur à peu près égale, numérotés en chiffres romains de I à IV. Les versetss’allongent remarquablement et deviennent des laisses qui ne doivent pas êtreconfondues avec des paragraphes pour deux raisons essentielles, les laissescommencent par une minuscule et ne jouissent pas toujours d’une intégritésyntaxique dans la mesure où le passage d’une laisse à l’autre se fait parfois nonpas à la fin d’une phrase mais au milieu, à tel point que cette articulation prend unrelief particulier puisque les termes qui se trouvent de part et d’autre de cettecharnière sont particulièrement soulignés. Il faut insister sur la volonté du poète demettre en relief cette transition ; le passage à la ligne se produit à un momentcrucial où, comme dans un suspense, un élément fondamental intervient dans laphrase.Le premier chant est composé de quatre laisses, la première débute curieusementpar la conjonction de coordination
et
; alors qu’au début les deux laissescommencent par une majuscule et s’achèvent par un point, la troisième qu’ouvreune majuscule, se termine au milieu de la phrase et la quatrième laisse qui devrait,comme tout vers français, commencer par une majuscule, se contente d’uneminuscule. Saint - John Perse semble opter pour une sorte de rejet dans la mesureoù il crée volontairement un divorce entre l’aspect métrique et l’aspect syntaxique.Le rejet permet de souligner le SN
cette buée d’un souffle à sa naissance
, et demettre en évidence la seconde tentative d’appréhension du phénomène mystérieuxqui se fait jour.Le second chant comporte également quatre laisses ; les mêmes liensunissent la troisième et la quatrième laisses ; dans le troisième chant, l’on relève sixlaisses où se produit le même désaccord entre la métrique et la syntaxe, étant donnéque juste au début de la phrase, qui commence par le SN
Une lampe
, le poètedécide de changer de laisse où il place le reste de la phrase. Un rejet apparaît à ladernière laisse. Quant à l’ultime chant, il est composé de quatre laisses où intervientaussi un rejet. Après un astérisque, une dernière phrase inachevée met fin au
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