2IntroductionAlexis Léger s’est réfugié aux Etats-Unis en juillet 1940, il habite lequartier de Georgetown à Washington ; sous le pseudonyme de Saint-JohnPerse, il travaille en tant à la Bibliothèque du Congrès que dirige le poèteaméricain Archibald MacLeish à qui est dédié le recueil
Exil
. En 1942, ilcompose un petit recueil qu’il intitule
Poème à l’ Etrangère
. Gr^ce au titre lui-même, le recueil est dédié à une Espagnole qui est, elle aussi, exilée et quisouffre de cet exil ; elle demande au poète de lui chanter un chant qui luirappelle le vieux continent et Saint-John Perse obtempère. Cette communiondans un malheur commun permet au poète de faire exception à la règle qu´ils’est tracée, de ne jamais s’attarder à exprimer sa souffrance. En effet, depuis
Anabase
Saint –John Perse ne cesse de fustiger l’abandon à toute sensiblerie :« Mais si un homme tient pour agréable sa tristesse, qu’on le produisedans le jour ! et mon avis est qu’on le tue, sinonIl y aura une sédition. »1
Poème à l’Etrangère
est constitué de trois poèmes de taille à peu prèséquivalente, qui s’achèvent tous par un même refrain : « Rue-Gît-le-Cœur »proféré par l’Etrangère, par les cloches et par L’Ange qui accompagne Tobie.Dans ce triptyque, un dialogue s’établit entre les deux protagonistes ; le poèteprend la parole dans le premier et le dernier poèmes, laissant à l’ Etrangère lesoin d’en dire le second.Pour mener à bien cette interprétation, nous allons négliger lesaspects syntaxique et métrique de façon à nous focaliser sur l’étude sémantiqueet rhétorique ; la méthode est fondée sur une analyse thématique qui estcomplétée par le recours à une stratégie rhétorique qui nous aidera à dissiper,nous l’espérons du moins, quelques unes des difficultés qui parsèment cerecueil ; comme toute l’oeuvre de Saint-John Perse,
Poème à l’Etrangère
comporte un grand nombre de ruptures d’isotopies qui suscitent desincohérences qui rendent la lecture malaisée sinon impossible ; il s’agit alors detrouver des procédures rhétoriques qui rétablissent la cohérence perdue.La violence de l’HistoireCe recueil est un dialogue entre deux protagonistes qui partagent le mêmesort ; il s’agit d’un Européen qui est né et qui a vécu pendant son enfance enGuadeloupe qu’il aimait et dont le sort l’éloigna ; il s’agit aussi d’une cubainequi vivait en France et qui a dû partir aux Etats – Unis. Ils ont été chassésd’Europe par la guerre qui a éclaté en septembre 1939. Ce sont deux personnesd’origine européenne qui avaient déjà goûté au fruit amer de l’exil et qui sontobligés d’émigrer une seconde fois. Dès le départ, le poète donne une indicationsur les origines de cette femme ; elle porte dans ses veines le sang des Castilles ;elle est donc de souche espagnole ; Saint – John Perse a eu une longue liaison
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