/  12
 
L’ingnieur N° 259 - Novembre / Dcembre 2009
3
L
évoLution
 
du
L
ien
S
ociaL
coordonné par Luc Bretones (ECM 96)
es réseauX sociauX… Ft- y    ? lqtn  -t- n vmnt ? À tv xtt ’n   n  v ’tn  cntn  M, n vnmmnt  tq,  mn ’tn t -tn nvx t   mh tnt 
 nouvelles technologies du lien social
.d’b, p Mv n x-q q’ t n ’ntg  n n  mmntn tqt  v bq.p, x t n nt  nfn ntintnt t  t t ’vtn  nmmt n« nmmt ».enfn, à tv qt ntvw, n vnq  mn  ’tn  t ’ v n  , mmnt  thng  tmntmf  t  nnxn q’ n vnnntbnx,  q mnè intnt vnt  nmn  hng t nfn  nv v qènt  ntnt.
éric Devaux
(85)
n
L
L
E POLITIQUE s’est longtempsdésintéressé des nouvelles tech-nologies, à la fois pour des raisonssociologiques – les élus, pas toujourstrès au fait des dernières innovationstechniques, préférant souvent les rela-tions interpersonnelles, le contact directet traditionnel avec les militants et lesadministrés – et logistiques, les appareilsadministratifs des partis ayant mis un cer-tain temps à adopter les nouveaux outilsde communication déjà répandus dans lemonde du travail.
La relation entre l’éluet le citoyen évolue
Mais cette attitude apparaît de plusen plus injustifiée, et surtout intenable.Les exemples qui soulignent à la foisl’intérêt réel des citoyens pour les nou-velles technologies, et la puissance deces outils, se multiplient. En France, laloi « hadopi » a marqué l’irruption dumonde du net dans l’agenda politique. Àl’occasion d’une émission relativementconfidentielle, « Parlons net », j’ai évo-qué, au détour d’une phrase, la possible,probable, entrée de Claude Allègre augouvernement. Ce qui avait été men-tionné de manière informelle, presquecomme une boutade, a dans les heuresqui ont suivi pris une ampleur média-tique surprenante et déclenché un buzzrelativement inattendu.Cet évènement s’inscrit dans la conti-nuité d’un processus qui, depuis quel-ques années, bouleverse les cadres dela politique, en modifiant la relation ducitoyen à l’homme politique et l’élu. Onest ainsi passé d’une relation principale-ment « descendante » (dont le GénéralCharles de Gaulle est l’archétype) àune relation bijective (expérimentéenotamment par Ségolène Royal), voiretriangulaire (portée notamment parBarack Obama).Rien ne serait moins opportun que desous-estimer le changement qui s’opèredans la relation entre le politique etles nouvelles technologies. L’hommepolitique n’est plus dans une tour de
Net et politique
une
opportuNité
pour le politique
 Enjeux et usages des nouvelles technologies dans la vie publique.
Pierre Moscovici (Sciences Po et ENA), est un hommepolitique français, membre du Parti socialiste, rééludéputé du Doubs en 2007. Il se dit fasciné par les nouvellestechnologies et a créé son propre réseau social.
 Le net ne remplace pas la politique.
 
L’ingnieur N° 259 - Novembre / Dcembre 2009
L
évoLution
 
du
L
ien
S
ociaL
une
opportuNité
pour le politique
verre, sa parole, son expression ne sontplus sacralisées. Pendant longtemps,l’objectif de communication d’un grandélu était de publier une tribune dans
 Le Monde
; aujourd’hui Barack Obamamultiplie les vidéos courtes (cinq minu-tes), mises en ligne sur YouTube – la« weekly address » qu’il a expérimentéedès janvier 2009 – pour privilégier uneplus grande réactivité, une plus grandeproximité aussi avec le citoyen, quitte àperdre en solennité.
L’exemple Obama
Dans ce domaine, dans d’autres aussi,nous avons beaucoup à apprendre del’approche des nouvelles technologiesélaborée par le président américain. Jeretiens à titre personnel du parcoursexceptionnel du président américaindeux éléments :– tout d’abord, nous avons probable-ment en France une leçon à retenir enmatière de maîtrise de la communicationpolitique. En mettant sur pied le premierréseau social « politique » (mybaracko-bama.com), il a démontré qu’il compre-nait parfaitement les mécanismes d’ap-propriation / diffusion / viralité qui sontau coeur même d’Internet. Dans un paysde près de 10 millions de km
2
, qu’il estpratiquement impossible de sillonner enpersonne, il a su créer une relation quasidirecte avec des millions de citoyens.C’est un succès majeur, dont nous devonsnous inspirer ici ;– plus globalement, il a compris cequ’Internet changeait en termes de gou-vernance. Le président américain ne secontente pas d’utiliser Internet, il intègrevéritablement les nouvelles technologiesà ses politiques publiques. Dans sonschéma « d’empowerment » du citoyen,le citoyen change de rôle : il n’est plusseulement « consulté », selon les pro-cédures de « démocratie participative »traditionnelles, il est carrément « mis-sionné » pour participer à la rénovationet à l’innovation.Retenons trois initiatives :– le site data.gov tout d’abord, réunitsur un même site Internet l’ensembledes informations et des bases de don-nées aujourd’hui éclatées et disper-sées dans les différents départements,agences et bureaux du gouvernementfédéral. On y trouve par exemple – auhasard – une base de données mise à jour chaque mois depuis 1987 par le« Bureau of Transportation Statistics »décrivant les causes de retards des volsaériens intérieurs, les aéroports et lescompagnies concernés. Le site précisequ’il revient aux citoyens de suggérerles applications et les usages qui peu-vent être faits de la masse d’informa-tions ainsi rassemblées :– « Open Government Dialogue » estun site Internet qui organise une consul-tation publique en trois étapes sur lamodernisation de l’administration – undes thèmes phares de la campagne duprésident américain : foire aux idées,discussion sur le fond, et dernière étape,en mode wiki, qui doit aboutir à la coré-daction du mode opératoire d’applicationdes idées retenues et validées ;le Département d’État enfin, a invitéen mai les citoyens à jouer les ambassa-deurs pour le compte des États-Unis, viaune réflexion sur la « public diplomacy2.0 ». Les « citoyens ambassadeurs »sont appelés à prendre part aux effortsdiplomatiques de l’Amérique là oùils se trouvent dans le monde ou surle web, comme jadis on dépêchait lesmissi dominici aux marges de l’empire.Cette démarche témoigne de la prise deconscience par un département pas tou- jours réactif du rôle stratégique que jouel’espace public numérique dans l’infor-mation et la cristallisation d’une partiede l’opinion publique internationale.
Le net ne remplacepas la politique
Je n’ai pas la prétention de me compterparmi les pionniers politiques des nou-velles technologies. J’ai pu être aupara-vant réticent ; j’en suis aujourd’hui unpartisan convaincu. Pour le politique, lesnouvelles technologies représentent uneopportunité formidable tout à la fois pourcomprendre, convaincre et travailler.Reste qu’il ne faut pas confondre lefond et la forme, et que le net ne rem-place pas la politique. Donner la paroleet une forme de pouvoir de décisionaux citoyens – le fameux thème del’« empowerment » si cher à Obama –n’exonère pas l’homme politique de sesresponsabilités. Son rôle peut évoluer,subir une inflexion, se réorienter ; maissa mission fondamentale demeure deproposer une orientation politique etstratégique globale. Soyons lucides surla puissance, les potentialités, mais aussiles dangers inhérents à cette ouverturedu net : le web est aussi le lieu de toutesles rumeurs, de tous les fantasmes, detoutes les dérives et toutes les calom-nies, dues au manque de références, decontrôle des sources, à la plasticité desusages et du langage. Barack Obamaa su prouver, de manière éclatante,qu’Internet est un outil fantastiquepour mieux comprendre, mieux expli-quer, mieux organiser, et rapprocher lepolitique du citoyen. Encore faut-il encomprendre les codes et les limites.
Pierre Moscovici
 
n
 Le président américain Barack Obama utilise YouTube pour une plus grande réactivité.
 
L’ingnieur N° 259 - Novembre / Dcembre 2009
5
L
évoLution
 
du
L
ien
S
ociaL
Nous vivons une époque fascinante.Avec Internet, révolutions techno-logique et sociétale se croisent et serépondent. Des lames de fond sonten marche. Et, pour la première foisdans l’histoire, l’humanité laisse uneempreinte à la fois sensible et factuellede sa marche vers l’avenir sur unmédia participatif, et non hiérarchisé.Le futur s’écrit à livre ouvert. D’où lanécessité de tenter d’interpréter microet macro tendances pour décrypterla matrice de ce monde qui s’invente,sous nos yeux, en temps réel. Alors quenotre société connaît des ruptures sansprécédent, son miroir technologiquegéant agit comme un bras de levierphénoménal. Et l’émergence du nou-veau pouvoir des conversations estsans doute l’un des constats les plusimportants à faire.
C
HAQUE « CONNECTÉ » peutaujourd’hui éprouver le vertigede pouvoir dire son mot sur tout,comme de connaître le point de vue dechacun. Sur Internet, les contributeurssont à égalité : un blog personnel peutégaler en influence un puissant site ins-titutionnel d’entreprise. Renouant avecles idéaux démocratiques, ce nouveauparadigme rassemble aussi bien indi-vidualistes libertaires en conflit avecl’autorité, que promoteurs de nouvellessolidarités ou encore libéraux soucieuxde transparence des institutions et desmarchés, unis dans le projet d’une révo-lution internet au service des individus,des initiatives collectives et des libertés.Or, dans le même temps, de nouvel-les dynamiques sociologiques s’affir-ment qui s’emparent de cette nouvellepossibilité de converser : montée enpuissance des communautés, défianceà l’égard des médias, des pouvoirspublics, des entreprises et des marques,critique des excès du capitalisme finan-cier, défense du pouvoir d’achat et dudéveloppement durable.
Le troisième âgeconversationnel
Les nouvelles pratiques citoyennesdes internautes trouvent écho dans la viepolitique. L’initiative populaire – utili-sée en Suisse et dans certains états desÉtats-Unis et permettant à un groupe decitoyens d’obtenir par pétition l’orga-nisation d’un vote au parlement ou unréférendum sur un projet de loi, une révi-sion constitutionnelle ou une demanded’abrogation de loi – progresse et estinscrite dans l’article 11 de la Constitu-tion française depuis le 23 juillet 2008.Un projet européen prévoyait qu’unepétition signée par un million de citoyenseuropéens pourrait être présentée devantla Commission européenne.Nous assistons simultanément audéveloppement rapide d’un troc pla-nétaire qui fait une bonne place à laconversation : les échanges C2C (custo-mer to customer), ventes directes entreparticuliers, à prix fixe ou aux enchères.Comme l’a mis en évidence le cabinetThink-Out, nous sommes entrés dans letroisième âge conversationnel, celui desconversations numériques.Pendant des millénaires, l’huma-nité a fondé son développement surles conversations, les échanges directsentre êtres humains au sein de petitsgroupes. Les conversations étaient àdiffusion lente. Ouvrant une nouvelleère, le « broadcast » des mass mediaa monopolisé la parole et s’est imposépar sa verticalité. Le diktat du journalde 20 heures et de la publicité en ontété les purs produits. L’émergence denouveaux leaders d’opinion (entraî-nant des communautés ou mobilisantsur des causes un réseau mondial platet maillé), de médias participatifs etde gigantesques espaces de dialoguescommunautaires, est la caractéristiquedu nouvel âge conversationnel.
Une transformation sociétale irréversible
le
Nouveau pouvoir
des conversations
On ne contrôle pas une conversation, on y participe !
Luc Bretones (ECM 96) est spécialiste des réseauxcommunautaires on-line. D’abord ingénieur des ventes,il devient consultant stratégie, responsable canal web auprèsdes grands comptes, puis directeur du centre support clientsentreprise pour l’Île-de-France et directeur d’intervention.Il est aujourd’hui directeur des ventes indirectes chez OrangeBusiness Services. Vice-président de Centrale Marseille Alumni,il représente Centrales et Essec au sein de l’institut G9+.
Stéphane Dieutre, enseignant au Celsa et ancien élève del’Essec, est directeur associé et animateur du pôle consultingde Think-Out. Exerçant depuis 25 ans son activité deconsulting en marketing, communication et innovation, il adéveloppé une double compétence au service des marqueset des médias, acquérant une solide expérience Internet. Il afondé les agences l’Agence verte et Strategic Lab.
 Le pouvoir de dire son mot sur tout.

Share & Embed

More from this user

Add a Comment

Characters: ...