Charité bien ordonnée ne commence-t-elle pas par soi-même ?
“Sœur Gertrude s’est toujours montrée impitoyable envers les réfugiés”.
En avril 1994, quand les gens commencèrent à réaliser qu’ils risquaient de mourir, leur premièreréaction fut de penser qu’ils seraient en sécurité dans une église et que le clergé leur prêterait mainforte. Ce fut le cas à Sovu, comme ce le fut dans tout le Rwanda. Cependant, lorsqu’ils atteignirent lemonastère des bénédictins, les réfugiés se trouvèrent face à une situation qu’ils n’auraient jamais puimaginer. L’entrée leur fut refusée par celle-là même dont ils pensaient qu’elle les protégerait. LaMère supérieure des religieuses bénédictines, sœur Gertrude Mukangango, montra qu’elles’inquiétait plus du sort des bâtiments de l’église que de celui des hommes, femmes et enfants quiessayaient par tous les moyens de la persuader de leur offrir un refuge. Bientôt, et pour la premièrefois, les portes du monastère furent fermées. Malgré cela, ils furent des milliers à parvenir à pénétrer dans l’enceinte de l’église. Les réfugiés furent laissés, sous la pluie battante, à l’extérieur du centrede santé rattaché au monastère. Il fut interdit aux religieuses de faire entrer quiconque dans l’égliseou dans les nombreuses pièces vides du monastère. Il leur fut également interdit de distribuer de lanourriture ou de soigner les nombreux blessés qui avaient fui leur maison suite aux attaques de lamilice. Comme son autorité s’étendait non seulement au monastère mais aussi à la communauté desenvirons, le comportement de sœur Gertrude fut un modèle de cruauté implacable. Elle parlait desréfugiés comme d’individus exaspérants, de “déchets” souillant l’église et dont on devait sedébarrasser. Elle afficha clairement ses propres préjugés ethniques et trouva une alliée en la personnede sœur Kizito, qui l’aida les nombreuses fois où elle essaya de renvoyer les Tutsis du monastère.Pendant la semaine qui suivit la mort du président Habyarimana, le secteur de Sovu, dans lacommune de Huye, préfecture de Butare, resta calme. Butare, située dans le sud du Rwanda, avaittoujours été, par le passé, la préfecture la moins touchée par les violences ethniques, et ses habitantsétaient considérés comme des libéraux sur le plan politique. C’était effectivement la seule région qui,en 1994, avait un préfet tutsi, Jean-Baptiste Habyarimana. Mais les habitants de Sovu étaient aucourant de l’explosion de violence dans les autres régions. Peu de temps après l’assassinat deHabyarimana, les miliciens avaient commencé à massacrer les Tutsis dans la commune voisine deMaraba, et il régnait la menace constante de ce que ces violences s’étendissent à Sovu. Dans le cadred’un effort conjoint pour assurer la sécurité des habitants de Sovu, des hommes hutus et tutsisformèrent des patrouilles. Les hommes tutsis décidèrent d’envoyer les femmes, les enfants et les personnes âgées au centre de santé qui dépendait du monastère des bénédictins, dans la cellule deKigarama. Eux resteraient dans les collines pour repousser les attaques de la milice. Mais lesviolences s’intensifièrent et l’unité des habitants de la commune fut détruite ; les hommes tutsis prirent la fuite pour aller rejoindre leur famille.Les réfugiés étaient persuadés que, comme le dit l’un des survivants, “il est interdit de tuer desgens qui se trouvent dans la maison de Dieu”. On n’avait, avant 1994, jamais entendu parlé demassacre de Tutsis dans des églises.
Les Tutsis de Sovu se réfugièrent également à la paroissecatholique de Rugango et au monastère des bénédictins de Gihindamuyaga.
Mais ceux quicherchèrent refuge au monastère bénédictin de Sovu réalisèrent qu’ils étaient loin d’être les bienvenus. Sœur Gertrude insista à maintes reprises sur le fait qu’elle n’appréciait pas leur présence,mais elle ne réussit pas à les faire quitter le centre de santé. Tandis que les intentions des miliciens deSovu devenaient de plus en plus évidentes, les Tutsis se trouvant dans le centre de santé se sentaientextrêmement vulnérables. Il n’y avait pas suffisamment de place pour abriter les milliers de personnes qui s’y étaient rassemblées et les réfugiés avaient froid et faim. Une fois encore, ils setournèrent vers les religieuses en quête d’une aide pratique et d’un peu de réconfort.La plupart des religieuses éprouvaient de la pitié pour les réfugiés qui se trouvaient danscette situation critique. Elles savaient qu’il existait de nombreux endroits à l’intérieur du monastèreoù ils auraient pu se cacher. Cependant, à cause de la réaction de la Mère supérieure, elles n’étaient pas en mesure de les aider. Régine Niyonsaba, âgée de 31 ans, est originaire de Kigarama.
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Il y eut, en particulier, des massacres organisés contre les Tutsis en 1959 et 1961-63.
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