B- La conscience du sujet est-elle ce qu’il y a de plus connaissable ?Se connaître soi-même peut sembler une entreprise ardue : « Si, de fortunevous fichez votre pensée à vouloir prendre son être, ce ne sera plus, ne moinsque qui voudrait empoigner de l’eau », écrit Montaigne (Essais II, 12). Pour autant a-t-on besoin de savoir qui on est pour savoir ce qu’est la conscience ?Selon Bergson, rien n’est plus simple, plus clair, plus immédiatement accessibleque cette notion de conscience. Chacun en fait à tout moment l’expérienceimmédiate, ne serait-ce que dans le rapport essentiel de la conscience aux troisdimensions du temps : la conscience est mémoire du passé et anticipation del’avenir.Cette idée que la conscience est plus aisée à connaître est souvent imputéeà Descartes, quand bien même ce dernier n’utilise que rarement le mot deconscience, du moins en son sens psychologique, préférant employer les termes,à ses yeux équivalents, d’esprit, de pensée ou d’âme. Cependant l’usage qu’ilfait du terme de « pensée » autorise à l’assimiler à ce qu’on désigne aujourd’hui par conscience. Dans les Réponses aux seconde objections des Méditations ilécrit : « Par le nom de pensée, je comprends tout ce qui est tellement en nous,que nous en sommes immédiatement connaissants » (en latin
conscii
). La pensée(
cogitatio
) désigne donc la connaissance immédiate de
tout ce qui a lieu dans laconscience du sujet
. Il faut donc prendre ici le terme au sens large : les perceptions et les sentiments, par exemple, sont, au sens de Descartes, des pensées, non moins que les souhaits, les fictions de l’imagination ou lesconceptions pures d’un esprit s’appliquant à une démonstration mathématique.
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