ENSEMBLE
! Page 3
Le pilote de cette série avait été réalisé par la RTBF. « ByeBye Belgium
» puisque c’est de lui qu’il s’agit, a connu un suc
cès sans précédent à l’échelle de notre télé dite de service
public. Le scénario à la fois souple et réaliste, à savoir la Flandre radicalisée sur le plan communautairo-linguistique décla
rant unilatéralement son indépendance, s’avèrera par la suite
très porteur. Après les élections, toutes les étapes de la négo
ciation gouvernementale pourront s’emboîter parfaitement
dans ce scénario pré-construit et nourriront des feuilletons,intitulés Journal télévisé, ou encore mieux, éditions spécialesdes dits journaux, sur RTL comme sur la RTBF.Ainsi, «
l’information télévisée
» aura atteint la perfection quiconsiste à faire confondre le réel avec les images domestiquées par la scénarisation de cette même réalité.Toute la crise politique sera lue en conséquence à travers leseul scénario de la radicalisation communautaire, bien réelle
d’ailleurs des partis flamands, mais jamais à travers les contra-
dictions politiques et socio-
économiques, tout aussi réelles pourtant, de l’Orange bleue. Les témoins
qui passeront la rampe médiatique seront de préférence des artistes, des sportifs, des patrons, des ci-toyens ou des couples mixtes (flamand et francophone) vivant ensemble sans problème, ou encore desacteurs politiques, francophones défendant les intérêts de leur communauté et de la Belgique, des fla-mands (le sénateur De Decker et le président de la NVA De Wever se révélant parmi les meilleurs
clients de nos plateaux) défendant une réforme radicale de l’Etat qui le viderait de sa substance.
Pourtant, d’autres personnalités flamandes, déjà absentes dans le «
pilote », ne feront jamais leur ap-parition dans ce feuilleton. Sait-
on par exemple que l’appel «
sauver la solidarité » signé par Arno, Hu-go Claus, Kim Gevaert, Axelle Red, était initié par des syndicalistes flamands ? Luc Cortebeeck prési-
dent de l’ACV (CSC en français) et Rudi De Leeuw président de l’ABVV (FGTB en français) sont à latête de syndicats qui comptent ensemble, rien qu’en Flandre, plus d’un million et demi d’adhérents.Tous deux néerlandophones maîtrisant bien le français, aucun d’eux n’a été aperçu sur nos plateaux
télévisés.Il est vrai que sauver la solidarité ne fait la promotion ni de la partition du pays, ni de la défense desfrancophones et encore moins de la monarchie, du drapeau, ou de la brabançonne. Il est vraisemblable
que les signataires de l’appel divergent sur le statut de BHV dont ils ne font pas mention. L’essentiel
pour eux réside dans « un salaire convenable pour le même travail », « le même droit et conditions detravail » pour les salariés, « le même soutien et aide » pour les sans emploi, « les mêmes chances pour chaque enfant » et « un droit identique à une pension décente » pour toutes les personnes âgées,« indépendamment, répète le Manifeste, de la langue que nous parlons » et de la région que nous ha-bitons.
Ils ne sont donc pas guidés par l’émotion «
pour » ou « contre » la scission de BHV ou de la Belgique,mais par la nécessaire solidarité qui découle des droits sociaux fondés sur le travail.
Puisqu’ils sont hors du scénario, les syndicalistes, et singulièrement flamands, sont aussi restés hors
des plateaux de nos télés francophones. Si la radicalisation des positions communautaires est bien ré-
elle, la partition pourtant n’a jamais été à l’agenda. Après avoir fait de la fiction une réalité, ne risque
-t-on pas de rendre inéluctable la scission de la protection sociale, de la formation des salaires et de la
fiscalité des entreprises pour sauvegarder un pays qu’aucun parti démocratique ne voulait pourtant dé-
truire ? La réalité dit-
on dépasse la fiction. N’est
-ce pas plutôt la fiction qui, en mettant les salariés etles territoires en compétition, crée une réalité à son image ?
Mateo Alaluf, Sociologue, professeur à l’ULB.
Scission de la Belgique : fiction et réalité
Leave a Comment