VOLUME 52, NUMÉRO 05
|
29 NOVEMBRE 2007 AU 16 JANVIER 2008
|0
(FACEBOOK)
FACEBOOK à 15 MilliArds?
lA vAlEur dE FACEBOOK sElOn un ExpErt
BRunO ASSEO
bruno.asseo@hec.ca
EnTRETIEn AVEC PASCAL FRAnçOIS
PROFESSEUR AGRÉGÉ EN FINANCE À HEC MONTRÉAL
CE quE FACEBOOk A à VEnDRE(à PART LA PuBLICITÉ)
« Facebook a créé une
mailing list
et peut vendre un servicemarketing. C’est une manière de segmenter le marché. C’estaussi un accès privilégie à une certaine cible marketing qui, si onréléchit bien, peut tre intéressante pour beaucoup d’entreprises.N’oublie pas qu’à l’origine, Facebook a été créé par des diplmésde Harvard qui ont utilisé la liste des anciens élèves de leur école.Et durant les deux premières années, Facebook était réservé à uneclientèle d’anciens élèves universitaires, c’est-à-dire des gensjeunes, diplmés, donc probablement avec un revenu intéressant,peut-tre encore sans ou avec peu d’enants et dans une phase deconsommation asse active. Et c’est une asse grande diérenceavec MySpace, par exemple, qui a une clientèle plus adolescente etdonc peut-tre un peu moins intéressante que celle de Facebook. Il ya aussi la capacité de développer des applications. Il en existe déjàpour échanger des photos et de la musique. »
LA REnTABILITÉ DE FACEBOOk
« Facebook génère des revenus, ce qui est déjà une grandediérence avec beaucoup de
startups
. Il ne audrait pas aire unparallèle avec les types d’entreprises qu’on a pu voir pendant labulle technologique, au sens où pour ces entreprises de hautestechnologies, il n’y avait encore aucun revenu qui était généré,donc le marché essayait principalement d’évaluer des options decroissance, soit ce qui peut expliquer éventuellement des erreursd’évaluation. Alors que dans le cas de Facebook, le modèle d’aairesest clairement identiié, on sait pourquoi cette entreprise vaut del’argent. Facebook aiche un chire d’aaires de 100 millions dedollars en 2006 et des revenus estimés de 200 millions pour l’année2007. Donc on passerait du simple au double de l’année 2 à l’année3 d’existence. Cela montre aussi toute l’incertitude qu’il y a sur lacroissance de cette entreprise. »
LA PRISE DE POSITIOn DE MICROSOFT DAnS LECAPITAL DE FACEBOOk
« La prise de position de Microsot dans le capital de Facebook aprobablement été réalisée pour empcher Google de aire de mme.On sait que Facebook a déjà eu des ores par le passé; on a parléde Google, de Viacum et de Yahoo en 2006. D’une certaine manière,c’est l’aichage d’une prise de position : quand Microsot prend 1,6 %du capital de Facebook, c’est autant de capital que Google n’aurajamais. Cela conorte le signal que Facebook n’a pas l’intention dese aire acheter, ce qui explique cette petite prise de participation,mais cela envoie aussi le signal que Facebook se donne pourl’instant une priorité à collaborer avec Microsot. Finalement, cepourcentage, en étant petit, laisse la place à d’autres surenchères,à d’autres alliances et je pense que l’on est à peine au début d’unedynamique où les droits de propriété peuvent s’échanger dans lesannées à venir. »
L’ÉVALuATIOn DE FACEBOOk
« On a aaire à une entreprise privée. Typiquement, la théorieinancière est moins bien armée pour évaluer ce genre d’entreprise,essentiellement à cause du peu d’inormations disponibles. Dansl’absolu, pour évaluer une entreprise, il aut avoir une idée desrevenus uturs et essayer de les actualiser avec un taux pertinent.En l’absence d’inormations, on peut toujours essayer d’évaluerune entreprise avec la méthode des multiples. Donc, l’idée est deprendre un agrégat comptable et de lui appliquer un multiple quiserait cohérent avec des entreprises comparables. On peut s’amuserà aire cet exercice si vous prene le ratio “valeur de l’entreprise/chire d’aaires d’entreprises comparables”. J’ai pris par exempleles entreprises dans le secteur Internet Inormation Providers dusite Yahoo, où l’on trouve Google, Yahoo, Baidu, Expedia, et AkamaiTech. Évidemment, dans les pondérations, Google a un point énorme,donc c’est un indice qui est déjà très déséquilibré. Et si vous prenele ratio qui nous intéresse, cela va de 3,32 à 53,91, laissant ainsi dela marge… Si vous prene ne serait-ce qu’un multiple de 10, ce quià mon avis n’est pas déraisonnable, et que vous aites coniance aux200 millions de dollars de chires d’aaires pour l’année 2007, onarrive à 2 milliards. On pourrait penser que l’on est loin du compte.Une remarque à propos de cette méthode : elle onctionne mieuxquand l’entreprise est dans un état stable. Le problème est que cetteentreprise est jeune, n’a pas d’historique, et si l’on prévoit qu’elledoublera encore son chire d’aaires pour les deux prochainesannées, on arriverait en appliquant naïvement la méthode desmultiples à 4 milliards puis 8 milliards, donc beaucoup plus près del’évaluation. Par conséquent, le ait de dire que cette entreprise estlargement surévaluée est très hâti.De manière plus importante, quand on dit que l’entreprise a étéévaluée à 15 milliards, on calcule ce montant à partir des 1,6 % desparts de Facebook évaluées à 246 millions de dollars. Mon pointde vue est qu’il s’agit d’une extrapolation dangereuse. Parce quequand Facebook et Microsot ont négocié leur entente, ils n’ont pasprocédé par l’évaluation de Facebook pour ensuite s’entendre sur leprix de 1,6 %. Ils ne sont pas partis du total pour ensuite découperla part qu’ils voulaient. Je pense que d’emblée et pour des raisonsstratégiques, Facebook n’a jamais été intéressé par une grosse prisede position dans son capital et que donc les négociations ont tout desuite débuté sur combien Microsot pourrait payer un petite partiede l’entreprise. Mon point est aussi que quand Microsot ore 246millions de dollars, elle aurait tout aussi bien pu orir 220 ou 280millions, ce qui n’aurait guère changer grand-chose pour Microsot.Mais du coup, cela aurait changé de beaucoup la valeur extrapoléede Facebook.Il aut donc comprendre que d’une part la négociation n’a pas portésur l’ensemble de la valeur de Facebook mais sur une très petitepartie. Et que d’autre part, cette ore de Microsot a été aitedans un contexte de concurrence entre les oreurs, et c’est ce quel’on appelle la malédiction du gagnant. Il est évident que dans laproposition de Microsot, il y a la volonté de remporter l’ore etdonc de surenchérir quitte à payer trop cher – ce qui a surement étéle cas. Mais pour eux, cela était d’importance moindre que l’alliancestratégique et technique qui allait en résulter. De plus, quandl’oreur a les “poches proondes”, ce n’est pas très grave de payerun peu plus cher. Ces deux aspects expliquent donc peut-tre quequand nous extrapolons, nous arrivons à chire de 15 milliards.Je conclurais en disant deux choses. S’il y a surévaluation, elle nedoit pas tre si énorme que cela parce que nous avons aaire à uneentreprise dont le potentiel de croissance est évident. Ensuite, ces15 milliards sont une valorisation virtuelle, car personne n’a payécette somme. Il n’y aura une évaluation iable que lorsque Facebookpassera par un vrai processus d’analyse inancière avec un grandnombre d’investisseurs en réelle concurrence entre eux. C’estl’introduction en Bourse qui crée ce contexte. Ainsi, tant qu’il n’y apas d’introduction sur le marché boursier, on pourra toujours douterde la réelle évaluation de Facebook.
MIcROsOFt pRENd 1,6 %dU cApItAL dE FAcEBOOk,c’Est AUtANt dE cApItALQUE gOOgLE N’AURAJAMAIs.
Leave a Comment