À
la veille du second tour, les candidats commen-çent à faire leurs comptes, avant de les déposerd’ici deux mois, leurs budgets à la commissiondes comptes. Le code électoral prévoit un rembourse-ment partiel de la campagne pour les candidats ayantobtenu plus de 5 %.Dominique Slabolepszy, candidat sans étiquette à Va-lenciennes, n’a pas dépassé ce seuil.
« J’assume seul les 6 000eurosdépensés »
.593 eurosdetractsplus5000d’im-pressiondeprofessionsdefoietbulletinsdevotequisontà sa charge.
« Je m’engage par conviction politique et non pas par calcul financier »
. Sans compter les dépenses person-nelles, comme le téléphone et les enveloppes timbrées.Heureusementquelecandidatcomptesursalisteunres-taurateurquiluiafaitdonderepasentrecolistiersaprèslesréunions.Unplafondde50 %(parrapportaubudgetglobal) est prévu pour ce type de dépenses.Pour Les Gens d’Hellemmes, la note est salée. Même sielle aobtenuplusde24 %aupremiertour,lalistepour-rait ne pas se faire rembourser les 6 000 euros de fraispersonnels. Raison : une association n’a pas la recon-naissance politique dans une élection.D’autres ont recours au prêt bancaire pour se lancerdans la course à la mairie. Bagdad Ghézal, le tête deliste et trublion de la gauche à Etaples, a emprunté5 000 euros. Il garde soigneusement les factures pour bénéficier des remboursements puisqu’il a récolté9,97 % des suffrages. Le candidat connaît les montantspar cœur.
« Ce qui m’a coûté le plus cher c’est l’impressiondes tracts, des affiches officielles et des professions de foi. Entout, 1 682,26 euros qui seront remboursés par la Commissiondes comptes de campagne »
. Mener une campagne, c’estaussi compter sur les dons des sympathisants et mili-tants.De l’argent gratuit quimet du beurre dansles épi-nards. Parfois même des mécènes de la politique,comme pour Bagdad Ghézal qui a reçu ainsi 950 eurosdont
« 300 venaient d’un sympathisant dunkerquois du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen) »
.Pour rentrer dans ses frais, le candidat a donc tout inté-rêt à jouer de ses relations. Un “ami” imprimeur est in-dispensable. À Château-l’Abbaye, Quentin Sénéchal aprofitéd’uneremisegrâceàsesconnaissances.Autotal,sa campagne aura coûté 33 euros par colistier au lieude 100 euros pour faire imprimer 10 affiches, 350 dé-pliants, 350 professions de foi, et 1500 bulletins de vote.Quoi qu’il en soit, une gestion stricte du budget est né-cessaire, ce qui n’empêche pas quelques écarts de bud-get. Pour 200 euros, Les Gens d’Hellemmes se sontpayés une caravane équipée d’un mégaphone pour rou-ler en campagne … électorale bien sûr.
M.C.et B.P.
L’écharpeen bouts de ficelleLesdeux sousdes candidats
la campagne
L’ÉVÉNEMENT3
La Pression
de mars
Samedi 15 mars 2008
Il faut une légende
F
aire campagne sans un sou ? Pas siinsensé : SDF pendant trente ans,Jean-Marc Restoux briguait di-manche dernier la mairie du VI
e
arron-dissement de Paris. Aucune fortune per-sonnelle, relogé depuis un an grâce àEmmaüs, ce barbu débonnaire est par-venu sansgrosmoyensàtutoyer4 % dessuffrages.
« Quand tu fais campagne, tu es forcé de payer les affiches, les bulletins, les pro- fessions de foi,
détaille-t-il.
Ça coûte 1 800 eurosen tout.Unecolistière m’a avancé l’argent, et je vais lui rembourser petit à petit.C’est un prêt énorme pour moi ! »
, lance lequinquagénaire, évoquant ses 380 eurosde RMI. Ni QG, ni meeting : à la tête desa liste Un autre son de cloche, Jean-Marc a fait campagne avec sa gouaille,le soutien de bénévoles et de célébritéscomme Frédéric Beigbeder, et un jolisens de la provocation. En proposant àDavid Martinon, débouté de Neuilly, derejoindre sa liste, l’ex-SDF a faitmouche. France 2, LCI, M6… Son his-toire séduit les journalistes. Un bel es-pace médiatique pour pas un rond.Certains petits candidats rivalisent d’in-géniosité pour exister face à l’armadades partis nationaux. Tel Hamza ElKostiti, candidat de Génération écolo-gique à Halluin, qui a parcouru à pied117 km entre sa ville frontalière etBruxelles à trois jours du premier tour.Résultat : 7,27 % et fusion avec la listedu maire sortant Jean-Luc Deroo (PS).Djemi Drici, lui, a enregistré 3,57 % desvoix : il avait créé la polémique avec saproposition d’offrir 300 euros de “pou-voir d’achat” à tous les électeurs, soitune aide totale de 3,3 M d’euros surfonds municipaux.
« Je n’ai jamais voulu faire parler de moi,
se défend-il.
On m’aclassé parmi les dirigeants de républiques ba-nanières, mais mon idée avait été mal for-mulée. Il y a eu une incompréhension. »
À Lille, l’inventivité d’Etienne Forest nelui a valu que 642 voix, soit 1,09 % dessuffrages. Speed-dating politique, webTV, apéro-rap, soirée slam, et mêmel’organisation d’une grande “chenilledémocratique” orange et verte sur uneplace lilloise… Le parfait arsenal pourattirer les médias. Sauf que les25 000 euros investis dans sa campagnene lui seront pas remboursés.
« Je suis un peu plus léger sur mon portefeuille d’ac-tions »
, confie le candidat, philosophe.
Même les grands partis la jouent éco-nome. Les réunions d’appartement, parexemple, coûtent peu et convainquent beaucoup, comme l’explique StéphaneBaly, 15
e
sur la liste des Verts à Lille :
« Ça se passe chez un sympathisant ou un mi-litant, sur le principe d’une auberge espagnole : chacun amène ce qu’il veut. Financièrement,c’est neutre. »
Pas de location de salle, pasde frais de bouche. Et une efficacitémaximum :
« À la fin d’une réunion, cer-tains invités étaient convaincus au point de vouloir tracter dans leur voisinage. »
Preuvequ’à l’heure du dépouillement,une cam-pagne dépouillée peut aussi payer.
J.D.
Add a Comment