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© Jesús de Prado Plumed, 2009
« Qu’est-ce qu’un livre juif ? À propos de quelques paradoxes tirés de l’œuvre manuscrite d’Alfonsode Zamora (fl. 1512-1545) »
Jesús de Prado Plumed
[Diapo nº 1]Pour le bonheur de nous tous, la base de données
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va être mise en ligne dans lesquelques semaines, voire les quelques mois, à venir. Quoiqu'elle se soit faite attendre,puisque des publications savantes la réputaient publiée déjà en 2008, la voilà enfin,semble-t-il. Si les avantages que l'on pourrait appeler « thodologiques » nousapparaissent clairs dès le départ et ils nous incitent à saluer cette mise en service au grandpublic comme un événement majeur de nos disciplines, qui fera nul doute l'objetd'analyses dans le proche avenir, ils nous restent de forts doutes que l'on voudrait appeler« épistémologiques ». C'est justement une interrogation de cette nature qui sera le fil del'argument de cet expo, tout d'abord parce que, dans le contexte du corpus desmanuscrits en écriture hébraïque examinés par les créateurs de
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, le cas de figuredes manuscrits d'Alfonso de Zamora se manifeste paradoxal de même qu'illustratif. Eneffet, seulement un très faible pourcentage des manuscrits en écriture hébraïque, quiforment le corpus de Zamora, a été reproduit par l'Institut des manuscrits breuxmicrofilmés à Jérusalem et, par conséquent, ils n'auraient été pris en compte pour SfarData. Et pourtant, de tous les manuscrits « breux » l'on constate la main« hébraïque » de Zamora, 85% sont datés et 97% environ sont facilement datables. Mais laplupart, on le sait, n'ont pas été reproduits dans l'Institut des microfilms de Jérusalem.[Diapo nº 2]D'après ce que nous avons appris jusque-là à propos de l'inspiration de cette grandeentreprise qui est le
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, il nous est resté alors le même doute que nous avionsauparavant : les livres, ont-ils une religion ? La religion des hommes qui ont fait les livres,peut-elle être inférée de par la lecture des livres qu'ils ont faits ? Et la croyance (ou lamécroyance) des lecteurs, accompagne-t-elle les livres qu'ils ont lus ? Dans cet exposé je ne voudrais que semer deux doutes, tout simplement. Premièrement, douter que la patrie des juifs aient été historiquement leurs livres. Deuxièmement, mettre en cause que les histoireslivresques laissent comprendre noir sur blanc l'histoire des êtres humains qui me sembletoujours plutôt l'histoire d'une absence que celle d'une présence, et pour l'histoire deslivres, et pour l'histoire des êtres humains. Alors, et pour reprendre le titre de cet exposé (« Qu'est-ce qu'un livre juif? »), je trouveutile de faire un très bref détour par des exemples variés qui pourraient encadrer notre
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réflexion. Ainsi, est-ce que cette bible de Kittel est-elle un livre juif? [Diapo nº 3] Est-ceque ces quelques traits hébreux écrits dans l'image forment-ils un livre juif? [Diapo nº 4](La question, néanmoins très pertinente, s'ils font pourtant un livre « anti-juif » seramieux gardée pour l'avenir d'une deuxième rencontre, par exemple, d'une tradition àétablir dont notre rencontre d'aujourd'hui serait la première étape). Pour continuer notreinterrogation, nous pourrions accorder que cette page ou encore cette autre page [Diapo nº5] ne font point un livre juif (et encore, ce n'est pas aujourd'hui qu'il faudrait se poser laquestion s'ils constituent, par contre, un livre « anti-juif », malgré l'intérêt certain de cetteinterrogation). Mais, puisque le copiste de ce manuscrit « latin » est justement le mêmeque celui de ce manuscrit cent pour cent « hébreu » [Diapo nº 6], il est juste, à mon avis,de s'interroger sur la pertinence de la catégorie d'« identité », très malheureusementemployée d'une façon tellement « inflationniste » dans les sciences humaines, et passeulement, de nos jours.[Diapo nº 7]Nous sommes arris, tout doucement, au personnage principal de notre trajetd'aujourd'hui autour des manuscrits en écriture hébraïque : Alfonso de Zamora. Il a été,principalement, professeur d'hébreu, de façon officielle, et d'araméen, de façon peut-êtreun peu plus officieuse, à l'université de Salamanque et, finalement et très probablement jusqu'à sa mort, à l'université d'Alcalá de Henares, autrement dite « Complutense » (à nepas confondre avec l'université de Madrid qui a repris l'appellatif « Complutense » auxannées 70 du xxème siècle). Nous ne retiendrons pas pour notre évocation d'aujourd'huison premier métier de cordonnier, fort remarquable sinon. Il a signé, par des colophons àpart entière ou par des notes éparpilles bien que datables, près de 52 manuscrits,totalement copiés par lui ou complétés, dans une carrière de « scribe » (mettons ce titreentre les guillemets du doute terminologique) qui a duré 33 ans à peu près, de 1512 à 1545.Né certainement juif en 1474 environ, dans la ville castillane de Zamora, très près de lafrontière avec le Portugal, il est un des ces convertis du judaïsme au christianisme(autrement appelés « conversos de judío ») [Diapo nº 8]
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 que l'on pourrait appeler, d'unefaçon quelque peu lyrique quoiqu'évocatrice comme « des émigrés qui n'ont jamais quittéleur patrie ». Il a côtoyé les grands de ce monde qui ont été leur contemporains: parexemple et tout d'abord, le cardinal Ximénès de Cisneros, archévêque de Tolède, cardinalde Sainte Balbine à Rome, grand inquisiteur; mécènes, fondateur et patron de la touteneuve et toute humaniste université d'Alcalá de Henares, à 5o km de Madrid, où Alfonso adaté tous ses manuscrits dont le colophon est conservé (à hauteur de 90% du corpus qui aété le sien et qui nous est arrivé). Le grand cardinal d'Espagne (comme Alfonso lui-mêmel'appelle dans une dédicace) a pourtant contribué, d'une façon égale, au succès et auxchagrins de la carrière de Zamora, dont le premier travail pour le cardinal a été departiciper à la grande œuvre de la Bible Polyglotte Complutense, financé dès le départ jusqu'à la fin par Ximénès de Cisneros. Zamora nous a laissé des témoignages frappantsdes corvées attachées à la grande œuvre de la Polyglotte, qui « l'auraient épuisé et quiauraient affaibli sa vue et ses forces, de même que ses compétences scribales ». La citation
1« Les juifs et les maures, après leur conversion à la sainte foi catholique, ne doivent-ils point être vexéspar les autres chrétiens. De ce fait, nous ordonnons que toute personne qui les traiterait de 'marranes' ou'tornadizos' ou d'autres mots injurieux, reçoive une amende de 300 maravedis chaque fois et, s'il étaitdépourvu de moyens, qu'il passe quinze jours dans la prison publique, d'après ce qu'il est établi dans celivre à nous, dans le titre de la sainte foi catholique. »Ordonnances royales de la Castille, 1484 [ms. Madrid, BNE, nº I1338]. [Sur la diapo]
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est littérale même s'il faudrait s'interroger à propos de l'exactitude historique, certes pasdu lyrisme, de ces affirmations de Zamora. A partir de la mort du cardinal, en 1517, c'est une ère nouvelle qui s'ouvre en Castille et en Aragon par l'arrivée du nouveau roi Charles I de Castille et d'Aragon, le futur Charles V,empereur du Sacre Empire, dont Alfonso fera la chronique –en hébreu— des premièresannées troublées de son règne dans une évocation qui n'a rien de complaisante aux intérêtsdu pouvoir en place. Il semblerait que notre Alfonso, installé d'après nos notices de façonpermanente à Alcalá, à l'université mise en activité par Cisneros en 1508, a diversifié, enquelque sorte, son niche de marché. En effet, les commandes se multiplient en mêmetemps que les commanditaires, jusqu'à arriver au chiffre des 52 manuscrits et des troisimprimés,
cinquecentine
comme les appelle la belle tournure italienne, qui ne feront pasl'objet de cette communication, mes limites étant si claires que la patienceraisonnablement limité de mon public averti et discret. Retenons juste que le corpusmanuscrit conservé d'Alfonso semble, dans son intégralité, représenter plutôt une œuvrede maturité, constat qui nous fait bien entendu nous poser la question de savoir ce qu'ilavait fait jusque-là: c'est alors tout à fait vrai que sa participation à la grande oeuvre de laPolyglotte Complutense a-t-elle réclamé toute son attention, toutes ses énergies et toutesles heures de ses journées?Parfois je m'admire du nombre de ces 52 manuscrits, qui auraient mené Alfonso à uneactivité d'écriture inépuisable bien qu'épuisante pendant les trois dernières décennies desa vie. La reconstitution du corpus manuscrit de Zamora a pris bien trop longtemps queprévu : éparpillés à présent entre Madrid, l'Escurial, Salamanque, Rome, Naples, Leyde, Vitoria-Gasteiz (au Pays basque espagnol) et Paris, il y a des manuscrits qui ont été réputés« perdus » (bien qu'ils soient été plutôt « égarés ») jusqu'à très récemment, comme laformidable copie avec des gloses latines et castillanes du commentaire aux Psaumes deDavid Qamhi. Ce manuscrit a été redécouvert en 2005 par Giancarlo Lacerenza à laBibliothèque nationale de Naples. [Diapo nº 9] Outre cet exemple, par le heureux hasardde la lecture des catalogues les plus inattendus, j'ai découvert, au mois de juillet de cetteannée, un manuscrit totalement inconnu de Zamora dans le fonds de la Faculté dethéologie de Vitoria-Gasteiz, au Pays basque espagnol, un manuscrit latin, de la maind'Alfonso, avec une traduction complète des 613 commandements positifs et négatifs du judaïsme, dédié (commandité, alors) à l'inquisiteur général de l'époque. Le manuscrit estdatable entre 1523 et 1538. [Diapo nº 10] Ce manuscrit, que l'on retiendra comme « lemanuscrit de Vitoria », fera l'objet d'une publication scientifique dans les quelques mois à venir.[Diapo nº 11]Revenons, pourtant, aux outils: il est le premier réflexe, sûrement conditionné, de presquenous tous, chercheurs dans les disciplines diverses qui touchent les manuscrits en écriturehébraïque, de nous adresser tout d'abord au grand fonds de reproductions qui est géré parl'Institut des manuscrits hébreux microfilmés à Jérusalem. Nul peut se tromper à l'égarddes ambitions de cette institution, telles qu'elles ont été évoquées par David Ben Gourionlors de sa création:« C'est le devoir de l'État d'Israël d'acheter et de rassembler ces exilés de l'esprit [lesmanuscrits hébreux], dispersés en diaspora. Je ne crois pas qu'il soit possible
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