I
LE MENEUR-DE-PIERRES
Les hommes de la Terre-rouge accomplissaient sous le cielclair l’œuvre monotone des jours. C’était la récolte finissante dupremier riz. Dans presque toutes les rizières, asséchées déjà, lesépis lourds gisaient ; dans d’autres, les hommes, de l’eau jus-qu’aux genoux, coupaient avec les longs couteaux le pied destiges ; au flanc des collines, dans les aires rondes, des groupesde femmes battaient les gerbes, à grands coups alternés, sur lespierres polies, et d’un geste las jetaient la paille vidée de sesgrains.Des pirogues noires, chargées de riz, avec un pagayeur nudebout à l’arrière, glissaient sur les canaux étroits vers le pieddes montagnes où les Ancêtres avaient jadis établi leurs de-meures.L’Imerne tout entière était en travail, depuis Tananarive-la-Haute jusqu’à l’Andrinnguitre pierreux qui barre de son arêtedentelée l’horizon occidental. Sur un de ses derniers contreforts,le village d’Ankadivouribé, dont le nom veut dire le Grand-fos-sé-rond, cachait derrière une ceinture de cactus et de figuiersl’écroulement de ses masures. La tristesse des hautes maisonsrouges aux toits de chaume gris, la mélancolie des murs ruinés,restes d’anciennes cases, étaient rendues plus saisissantes en-core par l’absence des habitants : tous, au Lieu-des-longues-pierres-plates, où l’on prend les dalles pour les maisons desmorts, aidaient selon la coutume Ralambe, un des leurs, qui bâ-tissait un tombeau neuf pour ceux de sa Race. L’ancien, trop pe-tit, ne pouvait plus contenir les cadavres, couchés depuis septgénérations sur les lits de pierre. Une nuit, le père de la lignée,
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