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Jules VERNE
LE HUMBUG
1867
Illustrations de George Roux
R\u00e9cit diffus\u00e9 sur le site des
\u00ab Voyages Extraordinaires \u00bb
http ://jules-verne.uuuq.com
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Cette boutade in\u00e9dite a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite vers 1863.
M.J.V.

Au mois de mars 1863, je m\u2019embarquai sur le steamboatKentucky, qui fait le service entre New-York et Albany.

\u00c0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, des arrivages consid\u00e9rables provoquaient entre les deux villes un grand mouvement commercial, qui n\u2019avait, d\u2019ailleurs, rien de tr\u00e8s

http://jules-verne.uuuq.com
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exceptionnel. Les n\u00e9gociants de New-York entretiennent, en effet, par leurs correspondants, des relations incessantes avec les provinces les plus \u00e9loign\u00e9es et r\u00e9pandent ainsi les produits de l\u2019Ancien Monde, en m\u00eame temps qu\u2019ils exportent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger les marchandises de provenance nationale.

Mon d\u00e9part pour Albany m\u2019\u00e9tait une nouvelle occasion d\u2019admirer l\u2019activit\u00e9 de New-York. De tous c\u00f4t\u00e9s affluaient les voyageurs, les uns gourmandant les porteurs de leurs nombreux bagages, les autres seuls, comme de v\u00e9ritables touristes anglais, dont la garde-robe tient dans un sac imperceptible. On se pr\u00e9cipitait, chacun se h\u00e2tant de retenir sa place \u00e0 bord du paquebot, que la sp\u00e9culation douait d\u2019une \u00e9lasticit\u00e9 toute am\u00e9ricaine.

D\u00e9j\u00e0 deux premiers coups de la cloche avaient port\u00e9 l\u2019effroi parmi les retardataires. L\u2019embarcad\u00e8re pliait sous le poids des derniers arrivants, qui sont, en g\u00e9n\u00e9ral et partout, des gens dont le voyage ne peut se remettre sans notable pr\u00e9judice. Cependant cette foule finit se caser. Paquets et voyageurs s\u2019empil\u00e8rent, s\u2019embo\u00eet\u00e8rent. La flamme grondait dans les tubes de la chaudi\u00e8re, le pont du

Kentucky fr\u00e9missait. Le soleil, s\u2019effor\u00e7ant de percer la

brume du matin, r\u00e9chauffait un peu cette atmosph\u00e8re de mars, qui vous oblige \u00e0 relever le collet de votre habit, \u00e0 emprisonner vos mains dans vos poches, tout en disant : il fera beau aujourd\u2019hui.

Comme mon voyage n\u2019\u00e9tait point un voyage d\u2019affaires, comme mon porte-manteau suffisait \u00e0 contenir tout mon n\u00e9cessaire et mon superflu, comme mon esprit ne se pr\u00e9occupait ni de sp\u00e9culations \u00e0 tenter, ni de march\u00e9s \u00e0 surveiller, je fl\u00e2nais \u00e0 travers mes pens\u00e9es, m\u2019en remettant au hasard, cet ami intime des touristes, du soin de

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