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L'analyse du discours en EuropeJohannes AngermüllerContribution pour :
 L'analyse du discours en sciences humaines
, dir. Simone Bonnafouset Malika Temmar.2 février 20061. IntroductionDepuis la fin des années 60, de nombreux courants d'analyse du discours se sontdéveloppés en Europe. Étant donné cette diversité, une vue d'ensemble n'est pas une tâchefacile d'autant moins que l'analyse du discours n'a pas de lieu disciplinaire propre (Ehlich1994)
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. En gros, l'évolution de ce champ hétérogène et relativement flou se caractérisepar le métissage de quelques tendances portant des connotations nationales. Si jusqu'à lafin des années 70, des champs relativement homogènes se développaient et coexistaientdans certains pays, dans les années 80, ces « écoles » commencent à produire de plus enplus de branches en dehors de leurs pays d'origine.Afin d’éclaircir la situation peu transparente de l’analyse du discours en Europe, je propose de distinguer trois tendances majeures – française, anglo-saxonne, allemande –qui relèvent de traditions de pensée anciennes et dont on trouve des porteurs de« casquette » aujourd’hui partout en Europe. Si ces tendances ne sont plus attachées à unterritoire donné, elles servent de fonds théoriques pour les quelques réseaux dechercheurs (« clusters ») qui dominent les discours sur le discours en Europe depuis lesannées 70 : « l’école française », la théorie du discours poststructuraliste, l’analyse dudiscours critique, l’analyse du discours interprétative.
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Je remercie Jacques Guilhaumou, Kjetil Jakobson, Reiner Keller, Isabelle Legrlise et DominiqueMaingueneau ainsi que les deux directrices de cet ouvrage pour leurs commentaires précieux.
Ce texte est disponible àhttp://www.johannes-angermueller.de/pub/AngermuellerADEurope.htmlVersion du 2 février 2006. L’auteur vous invite à vousréférer à la version finale si vous voulez l’utiliser (johannes.angermueller@gse-w.uni-magdeburg.de) .
 
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2. Trois tendances théoriques majeures2.1. La tendance « française »La tendance « française » s'inspire de la controverse sur le structuralisme desannées 60. Elle couple l’optique saussurienne (1962) avec la critique psychanalytique du« sujet parlant » (Lacan 1978) et une analyse marxiste de « l’idéologie » (Althusser1965). C’est la vision d’une description rigoureuse et exhaustive de la vie des signes ausein d’une société qui caractérise l’analyse du discours « à la française ». Vul’organisation transindividuelle de l’activité langagière, ce courant privilégie l’écrit et lesgrands ensembles de textes dont il s’agit de découvrir des règles de construction sous- jacentes ainsi que d’obtenir des modèles analytiques. Vers la fin des années 70 unchangement de cap a lieu en France avec le déclin du structuralisme et le tournantpragmatique. Dès lors, ce n'est plus le couple saussurien de
langue
et
 parole
, mais laproblématique de l'énonciation, c'est-à-dire les règles qui font que les actes de langagedeviennent des faits du discours, qui est au centre de la réflexion. Si la linguistique a uneemprise considérable sur ce champ dispersé, il inclut également de nombreux spécialistesen information et communication, des sociologues et des historiens qui se distinguent parla rupture épistémologique avec leur objet et par le privilège accordé à la matérialité dudiscours.2.2. La tendance « anglo-saxonne »La notion « anglo-saxonne » du discours puise son inspiration dans lepragmatisme américain et dans la philosophie analytique anglaise, notamment dans lathéorie des actes du langage (Austin 1962). A la différence des approches énonciativesfrançaises, le discours renvoie au niveau de l'agir langagier dans une situation decommunication donnée (Levinson 1983). Ainsi la
discourse analysis
américaineexamine-t-elle les règles qui organisent les interactions et conversations entre les acteurs(Brown et Yule 1998). Si les analystes des conversations décrivent la façon dont lespartenaires aboutissent à un cadre partagé de la situation en se relayant dans l’interaction
 
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discursive, les ethnométhodologues révèlent le savoir implicite gouvernant lesinteractions quotidiennes (Cicourel 1973). Vu l'insistance sur l'organisation déictique etpolyphonique du discours, l'analyse des conversations et l'ethnométhodologieaméricaines ont crucialement contribué à l'évolution de la pragmatique linguistique. Lesobjets d'investigation peuvent-être des rencontres entre des acteurs dans une situation oùun conflit doit être négocié. En Grande Bretagne, en revanche, c’est la linguistiquefonctionnaliste de M. A. K. Halliday qui a permis à un grand nombre de linguistesd’analyser les usages du texte au sein de la société. Comme la tendance « anglo-saxonne » se caractérise par un net ancrage dans le matériau empirique (cf. la « théorieancrée », Grounded Theory, Glaser et Strauss 1967), elle a donné naissance à denombreuses études appliquées sur les problèmes de communication surgissant dans lescontextes institutionnels différents (par ex. vie professionnelle, hôpitaux, prisons...).2.3. La tendance « allemande »En Allemagne, l'accent a longtemps été mis sur une
théorie
du discours plutôt quesur une méthode. Ainsi la théorie de l'agir communicationnel de Jürgen Habermas,influencée par les courants pragmatiques anglo-saxons, vise-t-elle à un modèle desconditions pour la critique de l’autorité et de l’inégalité. D'après Habermas et son école,quand on communique, on ne peut pas ne pas reconnaître certaines règles du discours,telle que l'égalité du partenaire discursif et la « critiquabilité » de chaque argument. Cesrègles sont basées sur un consensus entre les partenaires qui sert de mesure communepour la critique des arguments mis en avant dans le discours (Habermas 1981).Nombreuses sont les tentatives pour mettre l'éthique discursive habermasienne en œuvredans la recherche sociale empirique. En sciences sociales, par exemple, les discourspolitiques ont été analysés en vue des exigences démocratiques des sociétés modernes.Cependant, si en Allemagne le paradigme habermasien est en déclin depuis les années 90,le discours est devenu l'objet de la « sociologie compréhensive », plus particulièrement,de la « sociologie de la connaissance » (Knoblauch 2005) dans la lignéephénoménologique et interprétative de Berger et Luckmann (1966) ou de Max Weber(1921). Prolongeant le projet herméneutique qui consiste à reconstruire le sens partagé
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