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 Alphonse Daudet
Le Nabab
 
 
 
LE NABAB
 
– 3 –
PRÉFACE
Il y a cent ans, le Sage écrivait ceci en tête de
Gil Blas
 
:
« Comme il y a des personnes qui ne sauraient lire sans faire desapplications des caractères vicieux ou ridicules qu’elles trouvent dans lesouvrages, je déclare à ces lecteurs malins qu’ils auraient tort d’appliquer lesportraits qui sont dans le présent livre. J’en fais un aveu public : Je ne mesuis proposé que de représenter la vie des hommes telle qu’elle est… »Toute distance gardée entre le roman de Le Sage et le mien, c’est unedéclaration du même genre que j’aurais désiré mettre à la première pagedu
 Nabab
, dès sa publication. Plusieurs raisons m’en ont empêché.D’abord, la peur qu’un pareil avertissement n’eût trop l’air d’être jeté enappât au public et de vouloir forcer son attention. Puis, j’étais loin de medouter qu’un livre écrit avec des préoccupations purement littéraires pûtacquérir ainsi tout d’un coup cette importance anecdotique et me valoirune telle nuée bourdonnante de réclamations. Jamais en effet, rien desemblable ne s’est vu. Pas une ligne de mon œuvre, pas un de ses héros,pas même un personnage en silhouette qui ne soit devenu motif àallusions, à protestations. L’auteur a beau se défendre, jurer ses grandsdieux que son roman n’a pas de clé, chacun lui en forge au moins une, àl’aide de laquelle il prétend ouvrir cette serrure à combinaison. Il faut quetous ces types aient vécu, comment donc ! qu’ils vivent encore, identiquesde la tête aux pieds… Monpavon est un tel, n’est-ce pas ?… Laressemblance de Jenkins est frappante… Celui-ci se fâche d’en être, telautre de n’en être pas, et cette recherche du scandale aidant, il n’est pas jusqu’à des rencontres de noms, fatales dans le roman moderne, desindications de rues, des numéros de maisons choisis au hasard, qui n’aientservi à donner une sorte d’identité à des êtres bâtis de mille pièces et endéfinitive absolument imaginaires.
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