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Le Manifeste Cy Borg. D. Harraway

Le Manifeste Cy Borg. D. Harraway

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Le manifeste cyborg : la science , latechnologie et le féminisme-socialiste vers lafin du XXème siecle
Première publication en septembre 1992Mise en ligne le mercredi 21 juillet 2004 par Donna Haraway 
 Nous présentons ce texte qui a suscité des débats importants dans le monde anglo-saxon. Il veut se situer entre post-modernisme et marxisme en offrant une dimension critique du féminisme.Créativité, ironie, dépassement sont pour l’auteur les moyens de bouleverser le cadre des débatsthéoriques du moment.Une autre approche est possible, toujours dans l’hypothèse de la portée critique des réflexions féministes. Un numéro spécial de
 sera consacré à ces questions à la rentrée prochaine. Il reviendra sur quelques grandes références théoriques mobilisées dans les discours sur la différence des sexes pour tenter de situer leur sens, leur utilisation et leurs effets dans cesdiscours, qui permettent aussi de situer ceux-ci en retour.
Rêve ironique d’un langage commun pour les femmes dans "le circuit intégré".
Cet essai [1] s’efforcera de construire un mythe politique et ironique fidèle au féminisme, ausocialisme et au matérialisme, peut-être plus fidèle, au sens où le blasphème est fidèle qu’au sens dela vénération et de l’identification. Le blasphème a toujours semblé demander à prendre les chosestrès au sérieux. Je ne connais pas de meilleure position à prendre par rapport au cœur des traditionsséculières religieuses et évangéliques de la politique aux États-Unis (politique du féminismesocialiste incluse). Le blasphème nous protège de la majorité morale qui est à l’intérieur, tout eninsistant encore sur le besoin de communauté. Le blasphème n’est pas l’apostasie. L’ironieconcerne les contradictions qui ne la réduisent pas à des "touts" plus importants, même de façondialectique, elle concerne la tension à faire tenir des choses incompatibles ensemble parce que deuxd’entre elles ou toutes sont nécessaires et vraies. L’ironie concerne l’humour et le jeu sérieux. Elleest aussi une stratégie de rhétorique et une méthode politique que j’aimerais voir plus à l’honneur ausein du féminisme socialiste. Au centre de ma foi ironique, de mon blasphème, il y a l’image ducyborg.Un cyborg est un organisme cybernétique, un hybride de machine et d’organisme, une créature de laréalité sociale aussi bien qu’une créature de l’imaginaire. La réalité sociale, ce sont les relationssociales vécues, notre construction politique la plus importante, une fiction qui change le monde.Les mouvements internationaux des femmes ont construit "l’expérience des femmes" aussi bienqu’elles ont découvert cet objet collectif de la plus haute importance. Cette expérience, qui mêlel’imaginaire et le réel, appartient à une espèce politique des plus cruciales. La libération repose sur la construction de la conscience, l’appréhension imaginaire de l’oppression et donc de la possibilité.Le cyborg est un problème de fiction et d’expérience vécue qui change ce qui compte en tantqu’expérience des femmes à la fin du XXe siècle. C’est une lutte contre la vie et la mort, mais lafrontière entre la science-fiction et la réalité sociale est une illusion d’optique. La science fictioncontemporaine est remplie de cyborgs (des créatures à la fois animales et mécaniques qui peuplentles univers). La médecine moderne est elle aussi remplie de cyborgs, d’associations d’organismes et
 
de machines, chacune conçue comme un appareil codé dans l’intimité et avec un pouvoir nonengendré dans l’histoire de la sexualité. La reproduction cyborg est détachée de la reproductionorganique. La production moderne semble pareille au rêve du travail de colonisation cyborg, unrêve qui rend le cauchemar du taylorisme idyllique. Une guerre moderne est une orgie cyborg codéeC3I (commande-contrôle, communication-intelligence), soit 84 milliards de dollars dans le budgetde la défense américaine en 1984. Je suis en train de faire une démonstration du cyborg en tant quefiction dressant la carte de notre réalité sociale et corporelle, et en tant que ressource imaginaire quisuggère quelques accouplements très féconds. La biopolitique de Michel Foucault est une prémonition flasque de la politique cyborg, un terrain grand ouvert.A la fin du XXe siècle, notre époque, une époque mythique, nous sommes tous des chimères, deshybrides de machines et d’organismes pensés et fabriqués. En un mot, nous sommes des cyborgs.Le cyborg est notre ontologie, il nous donne notre politique. Le cyborg est une image condensée del’imagination et de la réalité matérielle, les deux centres reliés l’un à l’autre qui structurent toute possibilité de transformation historique. Dans les traditions scientifiques et politiques occidentales(la tradition du capitalisme raciste et à dominante "mâle", la tradition du progrès, la tradition del’appropriation de la nature comme ressource pour les productions de culture ; la tradition de lareproduction du moi qui provient des images reflétées par l’autre), la relation entre l’organisme et lamachine est devenue une guerre de frontière. Dans cette guerre de frontière les jalons utilisés ont étéles territoires de production, de reproduction et d’imagination. Cet essai s’efforce de contribuer à laculture et à la théorie socialiste-féministe dans une mode post-moderniste et anti-naturaliste et dansune tradition utopique qui consiste à imaginer un monde excluant le genre, ce qui est sans doute unmonde sans genèse mais aussi certainement un monde sans fin. L’incarnation cyborg est en dehorsde l’histoire du salut.Le cyborg est une créature dans un monde sans genre ; il n’a rien à voir avec la bi-sexualité, lasymbiose pré-oedipienne ou l’inaliénation du travail. Dans un sens, l’histoire du cyborg n’a pasd’origine au sens occidental du terme, pas d’ultime ironie puisque le cyborg est aussi l’horrible
telos
apocalyptique, résultat des dominations occidentales de l’individuation abstraite détachéeenfin de toute dépendance, un homme dans l’espace. Une origine historique au sens occidental, ausens humaniste du terme dépend du mythe de l’unité originelle, la félicité et la terreur, représentées par la mère phallique de qui tous les humains doivent se séparer, la tâche du développementindividuel et de l’histoire, les mythes puissants des jumeaux inscrits très fortement pour nous dansla psychanalyse et dans le marxisme. Hilary Klein a déclaré que le marxisme et la psychanalysedans leurs concepts de travail et d’individuation dépendent de l’unité originelle en dehors delaquelle la différence doit être engagée dans le drame de la domination qui monte en flèche de lafemme/nature. Le cyborg saute le pas de l’unité originelle de l’identification avec la nature au sensoccidental. C’est sa promesse illégitime qui devrait conduire à la subversion de sa téléologie commeles guerres des étoiles.Le cyborg est résolument engagé dans la voie de la partialité, de l’ironie, de l’intimité et de la perversité. Il est opposant, utopique et totalement dénué d’innocence. N’étant plus structuré par la polarité du public et du privé, le cyborg définit une
 polis
technologique partiellement basée sur unerévolution des relations sociales dans le
oikos
, le foyer. Nature et culture sont retravaillées ; l’unen’a plus la possibilité d’être une ressaisie d’appropriation ou d’incorporation par l’autre. Lesrelations consistant à former des "touts" à partir de "parties" (celles de la polarité et de ladomination hiérarchique comprises) existent dans le monde cyborg. Contrairement aux espoirs dumonstre de Frankenstein, le cyborg n’attend pas que son père le sauve par une restauration du jardin, c’est-à-dire par la fabrication d’une race hétérosexuelle, par son achèvement dans unensemble fini, une ville et le cosmos. Le cyborg ne rêve pas de communauté sur le modèle de lafamille organique, cette fois en dehors du projet oedipien. Le cyborg ne reconnaît pas le jardind’Eden, il n’est pas constitué de boue et ne peut pas rêver de retourner à l’état de poussière. Les
 
cyborgs ne sont pas respectueux ; ils ne se rappellent pas le cosmos. Ils se méfient de l’holismemais sont nécessaires à la convection - ils semblent sentir naturellement les fronts politiques unis ;le principal inconvénient avec les cyborgs, c’est que naturellement ils sont les enfants illégitimes dumilitarisme et du capitalisme patriarcal (ne pas mentionner le socialisme étatique). Mais les enfantsillégitimes sont souvent extrêmement infidèles à leurs origines. Leurs pères, après tout, sontaccessoires.Je reviendrai sur la science-fiction des cyborgs à la fin de cet essai, mais je veux maintenantsignaler l’existence de trois ruptures de frontières critiques qui rendent cette analyse politico-fictive(politico-scientifique) possible. A la fin du XXe siècle dans la culture scientifique américaine, lafrontière qui sépare l’homme de l’animal est complètement vidée. Les dernières têtes de pont del’unicité ont été contaminées si ce n’est transformées en parcs d’attractions : le langage, l’utilisationde l’outil, le comportement social, rien qui marque avec conviction la séparation de l’homme et del’animal. Et bien des personnes ne ressentent plus le besoin d’une telle séparation ; en effet, le lienqui rattache l’homme aux autres créatures vivantes plaît à de nombreuses branches de la cultureféministe. Les mouvements pour les droits des animaux ne sont pas des rejets irrationnels del’unicité de l’homme. Ils sont une reconnaissance lucide du lien qui va au-delà de la violationdiscréditée de la nature et de la culture. Ces deux derniers siècles, la biologie et la théorieévolutionniste ont simultanément changé les organismes modernes en objets du savoir et réduit laligne qui sépare les hommes des animaux à une faible trace regravée en lutte idéologique (oudisputes professionnelles) entre la vie et la science sociale. A l’intérieur de ce schéma, enseigner leslois de la création chrétienne moderne devrait être combattu comme une forme de mauvaistraitements infligés aux enfants.L’idéologie biologico-déterministe est la seule position ouverte en culture scientifique exprimant lesdifférents sens de l’animalité humaine. On laisse plus de place aux personnes, aux opinions politiques d’extrême-gauche pour contester les différents sens de la frontière violée [2]. Le cyborgapparaît dans le mythe précisément là où la frontière entre l’homme et l’animal est violée. Lecyborg signale avec inquiétude et avec plaisir l’accouplement étroit entre les gens et les autres êtresvivants. La bestialité a un nouveau statut dans le cycle de l’échange par le mariage.Le deuxième point distinguera l’animal-humain (organisme) de la machine. Les machines pré-cybernétiques pouvaient être hantées ; il y a toujours eu le spectre du fantôme dans la machine. Cedualisme a structuré le dialogue entre matérialisme et idéalisme qui fut mis en place par une progéniture dialectique appelée esprit ou histoire, selon les goûts. Mais à la base les machinesn’étaient pas autonomes, elles ne bougeaient ni ne se fabriquaient toutes seules. Elles ne pouvaient pas réaliser le rêve de l’homme, mais seulement le ridiculiser. Elles n’étaient pas homme maisseulement une caricature du rêve masculin reproducteur. Et il était paranoïde de penser qu’ellesétaient autre chose. Aujourd’hui nous n’en sommes pas si sûrs. Les machines de cette fin de siècleont rendu la différence entre le naturel et l’artificiel, l’esprit et le corps et bien d’autres distinctionsqu’on avait l’habitude de coller aux organismes et aux machines tout à fait ambiguës. Nos machinessont d’une vivacité dérangeante et nous-mêmes sommes d’une inertie effrayante.La détermination technologique n’est qu’un espace idéologique ouvert par les re-conceptions de lamachine et de l’organisme comme des textes codés par lesquels on s’engage dans le jeu d’écrire etde lire le monde [3]. Les marxistes et les féministes-socialistes condamnent la "textualisation"systématique dans la théorie post-structuraliste et post-moderniste pour son indifférence utopiqueconcernant les relations vécues de domination qui fondent le "jeu" de la lecture arbitraire [4]. Il estcertainement vrai que les stratégies post-modernes, comme mon mythe cyborg, renversentd’innombrables ensembles organiques (par exemple, le poème, la culture primitive, l’organisme biologique). En un mot, la certitude de ce qui compte en tant que nature est ébranlée, probablementcondamnée. On a perdu l’autorisation transcendant l’autorisation et, avec elle, l’ontologie qui fonde

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