IHAÏR, C’EST SOUFFRIR !
Sur l’une des routes accidentées qui conduisent d’Autricheen Pologne, une berline escortée par quelques serviteurs à che- val s’avançait aussi rapidement que le permettait le mauvaisétat du chemin.Elle était occupée par deux jeunes et vaillants amis, l’unhongrois de naissance et polonais d’origine, Maurice-Augustede Béniowski
dit
Samuelovitch
, qui, à peine âgé de vingt-septans, avait déjà couru nombre de grandes aventures, – l’autrefrançais autant qu’on peut l’être, Richard, vicomte de Chau-mont-Meillant, mauvaise tête, grand cœur, parfait gentilhommeet très convenablement romanesque.Béniowski était exaspéré. D’après les conseils de son bravecompagnon, qui ne manquait pas de crédit à la cour de Vienne,il s’y était rendu pour faire valoir ses droits à la propriété desdomaines de son père, le comte Samuel de Béniowski ; toute justice lui ayant été refusée, il retournait en Pologne, où se pré-paraient de grands événements. Durant le trajet, il avait longéles terres dont il aurait dû être le seigneur et maître. Sa décep-tion se convertit en fureur. À l’aspect des tourelles du châteauoù il était né, il proféra des malédictions, et ne tarda point à êtreatteint d’un violent accès de fièvre. Puis, loin de se calmer, lemal empira. En traversant le comté de Zips, il délirait, ne par-lant que de saccager, de massacrer, de pourfendre ses beaux-frères et jusqu’à ses propres sœurs. Puis, il restait anéanti, glacé,mourant. Le mouvement de la voiture devenait insupportable.Une pluie torrentielle refroidissait la température. Les petites
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On lit ailleurs
Béniowsky
ou
Bényowsky
, par un ou par deux y,mais au cours du présent ouvrage l’orthographe la plus simple, ou aumoins la plus française, sera constamment préférée autant que faire sepourra.
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