Bulletin
du
Comitéde Madagascar
1
re
ANNEE – N° 4 – Juillet 1895
   B   i   b   l   i  o   t   h   è   q  u  e  m  a   l  g  a  c   h  e   /   6
 
LES ÉVÉNEMENTS DE MADAGASCAR
AVRIL
1
er
. – Trois individus, surpris à Diego-Suarez faisant des si-gnaux avec les Hovas, ont été arrêtés et conduits devant le com-mandant Martin.Un d’eux, qui a fait les aveux les plus complets, a étéacquitté. Les deux autres, nommés Victor Boulanger et Koutiti,Malgaches, nés à Sainte-Marie, ont été condamnés à mort et fu-sillés, le 3 avril au matin, devant toute la population indigène.Fin avril. – Un certain nombre de chefs sakalaves parmilesquels Salimy, chef d’une petite tribu sakalave de la baie dePampamena, se soumettent au fur et à mesure que le corps ex-péditionnaire s’avance dans l’intérieur du pays. Ces soumissionsse produisent en arrière de la colonne et non en avant, de tellesorte qu’elles ne nous rendent aucun service politique.
MAI
3-23. Le correspondant du
Temps
donne les tailssuivants sur les opérations militaires qui ont suivi l’occupationde Marovoay :Le 2 mai, après la prise de Marovoay, la brigade Metzingera repris sans tarder sa marche en avant. Le 4, le détachement ducolonel Pardes, fort de deux compagnies de tirailleurs sakalaves,d’une compagnie de tirailleurs algériens et d’une pièce d’artille-rie, recevait l’ordre de se porter au delà du marais de Marovoay, vers Manonga, à douze kilomètres environ à vol d’oiseau dans lesud-est de Marovoay, afin de tenter de rejoindre le gouverneurRamasombazaha qui s’était enfui dans cette direction. Le 6, lapetite colonne arrivait à Manonga après une marche rendue ex-cessivement pénible par le mauvais état des sentiers et les nom- breux marais qu’elle avait dû traverser. D’après les renseigne-ments fournis par les Sakalaves du village de Manonga, les Ho- vas étaient partis depuis deux jours déjà et s’étaient dirigés vers
 
Trabonjy par des sentiers peu fréquentés, à travers la forêt qui borde la rive gauche de la rivière de Marovoay. Des reconnais-sances envoyées par le colonel démontrèrent en effet l’existenced’un rassemblement de troupes hovas au village d’Ambodimon-ty situé entre Ambohibary et Manonga ; interrogés, les indi-gènes de la contrée déclarent que les Hovas étaient environ2.000 et qu’ils auraient avec eux 6 pièces de canon. Ils venaientdirectement de Tananarive et devaient renforcer la garnison deMarovoay. Arrivés après l’évacuation de cette ville, ils s’étaientarrêtés à Ambodimonty. Le colonel Pardes reçut alors l’ordre deles surveiller et de garder un gué de la rivière Karembo qui se jette dans le marais de Marovoay, et qui pouvait servir aux Ho- vas pour gagner l’est au cas où une colonne partie de Marovoay les aurait chassés de leur position.
Occupation de Manonga
. – Le 15 mai, jour fixé pour l’oc-cupation du gué, on s’aperçut, vers sept heures du matin, quel’ennemi tenait déjà ce gué et marchait sur le village de Manon-ga. Notre colonne se mit immédiatement en mouvement ensuivant les collines qui bordent à l’est la route du gué et en pro-fitant, pour s’abriter, des bouquets d’arbres dont elles sont cou- vertes. A 1.500 mètres du village, les éclaireurs signalaient lesHovas en assez grand nombre, un peu en arrière d’un mamelondistant de 100 mètres environ. La section d’avant-garde, com-mandée par le lieutenant Forestou, de l’infanterie de marine,s’avança rapidement pour arriver sur le mamelon avant l’enne-mi ; au moment où elle atteignait la
crête
, elle se trouva àquelques mètres des Hovas et reçut presque à bout portant unfeu de salve. Un peu surpris, nos tirailleurs se reprirent rapide-ment, et entraînés par leurs officiers et sous-officiers, se précipi-tèrent à la baïonnette. Le corps à corps ne dura que quelquesminutes ; les Hovas laissèrent sur le terrain 60 morts. Un canonKrupp mis en batterie sur la route, à 30 mètres du mamelon,leur fut pris avant que les tirailleurs hovas eussent le temps des’en servir ; cinq d’entre eux s’étaient laissé tuer sur la pièce.De notre côté, douze tirailleurs étaient blessés, dont quatregrièvement, parmi lesquels un sergent. Le lieutenant Forestou,qui a très brillamment enlevé sa troupe, était légèrement blesséau flanc.
– 3 –

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