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Bulletin
du
Comitéde Madagascar
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ANNEE – N° 8 – Novembre 1895
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LES ÉVÉNEMENTS DE MADAGASCAR
AOUT
15. – Le correspondant de l’
 Agence Havas
lui fournit lesinformations suivantes sur la situation des soldats du corps ex-péditionnaire qui se trouvent disséminés entre Suberbieville etla baie de Bombetoke.L’armée s’émiette grand train, tous les jours. Les hôpitauxde campagne qui sont montés (il n’y en a que trois sur quatre, etle quatrième reste à Marololo, toutes tentes ples, toutescaisses clouées, sans rendre aucun service), les hôpitaux, dis-je,regorgent, débordent de malades. Calculés pour deux cent cin-quante hommes, ils en contiennent : celui du Ranamangatsieka(Suberbieville), six cents, et celui d’Ankaboka, mille en chiffresronds. Dans ce dernier, il y a des couchettes improvisées surplusieurs étages de hauteur, et c’est le plus lamentable spectacleque celui des gémissements des coolies qui y sont empilés et qui y vivent dans une saleté dont rien ne peut donner l’idée.Il y a de malheureux Kabyles qui n’ont pas changé de vête-ments depuis leur départ d’Algérie ! La vermine les recouvre.Que faire ? Savez-vous ce qu’il y a de médecins pour millemalades, dans cet hôpital d’Ankaboka ? Quatre. Combien d’in-firmiers valides ? Quatre ! Vous imaginez-vous bien le dévoue-ment, le sacrifice absolu de tout, qui doivent inspirer ces quatredocteurs ? A Suberbieville aussi, l’encombrement est énorme. Ilreste, je crois, six infirmiers debout pour servir les six centsmalades dont une partie couche par terre, sans couchette, sansmatelas. C’est miracle qu’on ne perde pas plus de monde ; maisenfin si la mortalité n’est pas aussi grande qu’on le pourraitcroire, la maladie terrasse beaucoup trop de gens, avec la ter-rible anémie qu’elle entraîne à sa suite.
 
Cette anémie a un effet bien curieux, une sorte de foliedouce qui persuade aux pauvres diables qu’ils sont les gens lesplus heureux du monde.Cela ne vous paraîtra sans doute que bizarre ; pour nousqui vivons ici, c’est affreux. Et si, des soldats que je plains dufond de l’âme, je passe aux conducteurs kabyles, porteurs soma-lis, etc., tous, sauf les Sénégalais, qui ont, eux, conservé engrande majorité leurs forces, inspirent une douloureuse pitié.Pour les soldats, on n’a certainement pas assez prévu lamaladie, mais pour les coolies, on dirait qu’on n’a rien prévu dutout. C’est le « va comme je te pousse » et pas autre chose. Cer-tainement on en admet dans les hôpitaux, et les médecins quifont si noblement et si largement leur devoir, les soignent avecautant de zèle. Mais combien, parmi les infortunés auxiliairesde l’expédition, sont déjà couchés dans la terre malgache quedes mesures mieux prises auraient préservés ! En vérité, je vousdemande pardon d’exposer tant de choses tristes ; mais j’estimeque la sincérité est un devoir, car il ne faut point que ce qui sepasse ici se renouvelle ; il ne faut pas que, dans une autre expé-dition de ce genre, les porteurs, conducteurs, etc., soient traitésavec un sans gêne qui frise l’inhumanité.Ou a engagé avec des promesses séduisantes des hommesqu’on est allé prendre chez eux et ces hommes ont porté la peinede l’insuffisance du personnel et des moyens de transport. Sur-menés de travail, et souvent, je le dis à regret, insuffisammentnourris, quelquefois brutalisés par des subalternes énervés, lesinfortunés ont laissé leurs os un peu partout.On en peut voir sans sépulture dans la brousse qui borde laroute. Ah ! cela rend le cœur dur, la guerre, surtout quand ellese fait au milieu des souffrances qui marquent celle-ci. Nous au-rons peut-être de la peine à faire oublier plus tard le mauvais ef-fet que produiront dans les pays d’origine de nos coolies la mortd’un grand nombre et les récits des vivants.Sans doute, ces ombres, ces taches dispartront dansl’apothéose finale du succès, et la nouvelle de l’entrée à Tanana-rive les effacera momentanément. Pour le public indifférent,
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