PRÉFACE
Êtes-vous pour ou contre l’expansion coloniale ? Et, moi-même, suis-je pour ou contre cette expansion ? Ni vous ni moi ne le savons au juste, je le crains. Car l’échec ou le succès défi-nitif de ce genre d’entreprises est toujours fixé à une très loin-taine échéance ; elles exigent, de la nation qui les poursuit,beaucoup de persévérance et de très grands sacrifices ; et nousdevons nous méfier, à cet égard, de l’opinion populaire, tou- jours impatiente et trop prompte aux découragements et aux alarmes. L’un des motifs les plus légitimes que nous ayons au- jourd’hui de maudire la mémoire de Louis XV est, assurément,le lâche abandon de cet admirable Dupleix, qui, s’il eût été ap- prouvé et soutenu jusqu’au bout par la métropole, nous aurait sans doute conquis l’empire des Indes ; et nous frémissonsd’indignation en nous rappelant qu’un tel homme, qui avait exercé, au milieu des pompes et du luxe de l’Asie, un pouvoirquasi-royal, et à qui douze millions étaient dus, est mort obs-curément à Paris, de misère et de chagrin. Mais nous n’étions pas là en 1754, et nous ignorons les appréhensions, enapparence très raisonnables, que les actes téméraires de cet aventurier de génie avaient pu, sans doute, provoquer alors, jene dis pas parmi le peuple, – il n’était point consulté – maisdans les Conseils du roi et de la Compagnie des Indes. Souvenons-nous, s’il vous plaît, par comparaison, de laviolente agitation qui éclata, dans toute la France, à la nou-velle de la défaite – sans grande importance pourtant – subie par nos troupes à Langson. Le peuple souverain ne fut pas plussage que le monarque par la grâce de Dieu. Parce quequelques-uns de nos bataillons avaient dû momentanément
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