Directeur de la publication :Edwy PlenelDirecteur éditorial :François Bonnet
Régionales : les arrière-pensées de la «mise au frigo» de Ju-lien Dray
Par Stéphane Alliès
Article publié le mardi 01 décembre 2009Julien Dray a-t-il été «exécuté politiquement», avant même que la justice ne se prononce sur son cas? La question est posée, aprèsson éviction de la tête de liste départementale de l’Essonne pourles prochaines régionales en Île-de-France. La scène s’est passéelundi 23 novembre, lors du conseil fédéral socialiste essonnien.Quatre jours avant, le parquet de Paris avait demandé un com-plément d’enquête dans l’affaire des présumés détournements defonds de la Fidl et de SOS-Racisme.Sur son blog, dimanche soir, Dray affirme maintenir sa candida-ture et reproche à
«l’actuelle majorité du Parti socialiste»
de lui
«faire payer un certain nombre de faits politiques qu’elle ne (lui)a jamais pardonnés».
L’avenir politique est désormais plus incer-tain que jamais pour Julien Dray. Il reste dans l’attente d’une miseen examen ou d’un classement sans suite d’une enquête entaméeil y a quasiment un an.Coincé dans une procédure aussi floue qu’inédite (lire notre inter-view du procureur Jean-Claude Marin, et la réplique des syndicatsde magistrats), à laquelle il a accepté de collaborer afin d’avoiraccès à son dossier, Julien Dray semble aujourd’hui lâché par sessoutiens, sans avoir encore la moindre idée de son calendrier ju-diciaire.C’est cette incertitude qui a motivé la majorité des cadres de l’Es-sonne pour «mettre au frigo» la candidature de celui qui était leurtête de liste en 2004, sur fond de vieilles rivalités locales. Jean-LucMélenchon,ancienténorsocialistedudépartement,estmêmevenu s’immiscer dans le débat, accusant Manuel Valls d’être lepremier responsable de la mise à l’écart de Julien Dray, en tantque «patron». Une accusation niant l’influence très relative deValls et les rapports de force complexes à l’intérieur d’une fé-dération historique du PS, où Julien Dray n’est plus en positionde force (lire notre enquête sur “l’animal politique Dray” dans sacirconscription).Mediapart a interrogé divers protagonistes du socialisme esson-nien pour comprendre les tenants et aboutissants d’une délicatemarginalisation politique sur fond de présomption d’innocencemaltraitée, entre laisser-faire coupable de Solférino et réalismeélectoral des ténors de l’Essonne.Que s’est-il décidé pendant le conseil fédéral?Tout s’est donc joué en un week-end, du vendredi 20 au lundi 23septembre. Après que les membres de la motion E (celle de Sé-golène Royal et Vincent Peillon au congrès de Reims) ont votéà une très large majorité une liste emmenée par Julien Dray, lepremier secrétaire fédéral Carlos Da Silva (un proche de ManuelValls) constate durant le samedi le désaccord des autres motions.Celles-ci menacent de présenter une, voire plusieurs listes alter-natives, au vote militant du 3 décembre prochain.Or, la “fédé” de l’Essonne est historiquement un territoire sansmajorité, divisée entre les courants nationaux, comme autant defiefs locaux. Et, en vertu des résultats du congrès de Reims, lesreprésentants des courants Aubry (18,4%), Delanoë (11,4%) etHamon (33,4%) sont majoritaires ensemble, face à une motion Earrivée en tête (avec 34,15%), et dont est issu Da Silva.Arrive alors le conseil fédéral du lundi. D’habitude lieu de dé-bats passionnés, l’ambiance n’est pourtant pas aux claquementsde portes et aux éclats de voix, comme tant de fois en de pareillesoccasions dans le passé. Elle est plutôt
«solennelle»
, aux diresde plusieurs participants.
«On voulait que ça se passe dans la di-gnité, pour Julien»
, explique l’un deux.Carlos Da Silva, suppléant du député et maire d’Evry ManuelValls,expliquepourquoiilaacceptélecompromis:
«Jemedevaisde trouver une situation qui permette de nous mettre en ordre debataille, même si je comprends l’amertume de Julien. Ce n’était pas une soirée agréable, mais on a fait au mieux vue la situation.C’est loin d’être extraordinaire, mais au moins on évite un mau-vais remake local du congrès de Reims, les militants sont unis et ils peuvent partir en campagne»
.Pour un membre du courant Hamon,
«Da Silva a agit dans l’in-térêt du parti et il n’y a pas eu de baroud d’honneur des amisde Julien. Valls dit ensuite qu’il est en désaccord avec l’issue duconseil fédéral, mais il s’y est rangé sans faire d’éclats, car il sait qu’il est minoritaire»
.Mais s’il déclare dimanche soir sur son blog
«toujours candidat»
, Julien Dray est en fait un candidat en suspens. Hors du jeu, jus-qu’à nouvel ordre du parquet. Une seule liste sera soumise au votedes militants, ce jeudi 3 décembre, et il n’y figure pas. Mais il peutrevenir à tout moment, en cas de classement judiciaire sans suitede son dossier.Car Martine Aubry et Jean-Paul Huchon
«s’associent à la dé-marche»
adoptée dans le communiqué final (38 voix pour, 10contre, 14 abstentions) :
«Dès que la justice aura mis un termeà son enquête préliminaire et établi qu’il n’y a pas lieu d’enga-ger une quelconque poursuite à l’encontre de Julien Dray, [lesresponsables socialistes de l’Essonne] s’engagent unanimement à ce que Julien retrouve sa place naturelle sur cette liste»
.1
Leave a Comment