LE
LIVREDB
L'histoire
d'une
conversion
LA
QUINZAINE
La
Quinzaine
littéraire,
du
1'"
au
15
décembre
1969
1916:
ClaudeRoyetsonpère.
CT",u!,'
Roy
et
sonfils.
mais
comme
à
regret
et
en
se
cherchantbeaucoup
d'excuses,
et
l'on
peut
se
demander
sisonsen·
timentde
culpabiliténevient
pasen
partiede
ce
qu'il
a
confonduMaurras
avec
Lénine,
Thierry
Maulnier
avec
laLibertéde
Dela-croix.
Il
s'amuse
à
noter
lespali-nodies
de.
bien
destêtes
pensantesentre
1930
et
1940
et
celafait
certes
de
curieuxitinérairesen
zigzags,
mais
son
«
socialisme
national
:.
est·iljustifié
par
les
errementsdeMauriac,deDrieu,
de
Giono
oude
Nizan
?
Il
fautplutôt
leféliciter
d'avoir
changé
de
camp
enun
temps
oùil
y
avait
péril
à
lefaire,
et
si
denouveau,maiscette
foisà
propos
du
stali-nisme,
il
s'est
nourri
d'illusions,
s'ils'en
nourrit
encore
à
propos
du
rôle
qu'auraitpujouer
Mau-
rice
Thorez
(où
est-il
allécher·
cherque
le
«fils
du
peuple
aurait
pu
êtreautre
chose
que
ce
qu'il
a
été
:
un
parfait
valetde
Staline
?),
du
moins,
à
la
diffé-
rencede
la
plupart
de
sescama-
rades
du
Parti,
a·t·il
tiré
du
Rap-
port
Krouchtchev
lesconclusions
qui
s'imposaient.
Peut·être
n'est.ce
pasencore
là
l'essentiel
:
«
Mavéritable
mutation
intérieure,laplus
profonde
aumoins,
ce
n'estpaslepassage
d'unprojetchime·
riquedesocialismearistocratico·fasciste(unsocialisme
en
cluzm·bre,
une
utopieamère
élaborée
en
vaseclos)à
finsertion
volontairedanslegrand
projet
collectif
du
socialismeréel,à
fadhésion
aIL
P.C.F.
Ma
vraie
conversion
radio
1956
La
tentation
politique
Toutefois,
si
lesécrivains
qui
comptent,
entrelafin
du
règne
deLouis
XIVet
laRévolution,
sonttous
un
peu
penseurs
et
phi.
losophes,
ou
encore
réformateurs
des·
mœurs,
ceux
d'après
1920
n'ont
guèreévité
latentation
poli-
tique,
deMalraux
à
Drieuou
Ara·gon
jusqu'à
Gide(qui
retrouva
ainsi
une
secondejeunesse).
Clau-
de
Roy,
qui
a
vingtans
en
1935etnese
prend
pasen
cor
e
pourun
écrivain,commence
par
la
politique
et
prend
lemauvaischemin.
Il
en
convient,certes,désir
d'approcheren
perfection
deux
grands
modèles:
l'un,
Tché-khov,
qu'onpourraitappeler
son
maître
de
vie
(pourne
pas
dire
de
morale),l'autre
à
quiil
res-
sembledavantage
par
sa
mobilitéd'esprit,
sa
curiosité
en
tous
do-
maines,sonintelligence,
son
côté
debrillant
touche-à-tout
:
«
Di-
derotest
mon
maître.Maître
de
la
recherche
du
constantdans
fin-
constance,
du
vraidanslaversa-tilité,
du
pur
danslemélange.Maître
du
zig-zagd'aigle,
de
ladiagonalevertigineuse
qui
saisitlefildeschosesdanslatransver·sale
du
multiple...
:.
Vertu
des
modèles
:
Léautaud,
également,
se
serait
volontiersvu
en
filsspi.
rituelduplusspirituel
desfils
du
XVIIIe
siècle.
Chacun
voitsonmodèle
avecses
lunettes.
suspecté
du
péché
d'existentia·lisme
par
lesstaliniens,
du
péché
de
stalinisme
par
lessartriens,
du
péchéde
scepticisme
par
lesoppo-sitionnels,etdupéchéd'aristocra-
tisme
p,ar
tout
le
monde.
MaislamenJeilledesmenJeilles,c'est
que
j'assumaisàlafoistouscespéchés-là,
prêt
à
m'en
confesser,
et
àde-
manderpoliment
fabsolution.
:.
Le
ton
estplusgouailleur
qu'amerou
désespéré.
ClaudeRoyne
se
sent
pascoupable
à
la
façon
de
Kafka,et
il
ne
se
prend
pas
au
tragique.Néanmoins,
et
ce
sera
une
surprise
pour
beaucoupde
ceux
qui
levoientvirevolter
avec
tant
d'aisance,devirtuosité,demaîtrise,
il
se
sent
comme
toutun
chacun
(surtout
parmi
lesécri-vains)
mal
à
l'aisedans
sa
peau,
timide
(mais
oui),peuconfianten
ses
dons
(qu'on
peutpourtant
lui
envier)
et
souvent
porté
à
«en
faire
trop:.
(et
le
sachantau
mo-
ment
même,ce
quin'arrange
pas
les
choses).Voilà
qui
nous
lerendproche
et,
par
ce
regardporté
sur
lui-même
sans
complaisance
ni
masochisme,encoreplus
sympa-
thique:
s'il
agace
parfois,
il
s'agace
davantageencore.
Puisqu'ilen
est
àse
juger
maisc'est
d'un
jugementcontinuqu'il
s'agit
quandon
se
tient
commecela
sous
leregard
durant
presquecinqcents
pages-
ilne
délirepas
nonplusquant
àson
talent
d'écrivain.
Il
en
voit
les
limites
et
on
letrouvemême
un
peu
sévère
à
son
endroit.
Il
estvrai
qu'il
estaiguillonné
par
le
Decetteséquestrationdatesans
doute
pour
ClaudeRoy
un
senti-
mentdeculpabilitéquinel'a
guère
quitté
et
qu'il
discerne
encoreenlui
vingtans
plus
tard
:
«
Ainsi
jeréussissais
aux
alen-tours
de
1950
lamenJeille
d'être
D'abord,
il
y
eutl'enfant.
Pour
Claude
Roy,pasplusintéressant,
sympathiqueoumalheureuxque
beaucoupd'autres,
entreun
père
froid
et
distant,
unemère
de
têteunpeu
légère,
en
somme
des
pa-rents
mal
assortis
quelaGrandeGuerre
avait
fait
se
rencontrer
sous
l'édredon
rouge
d'unlit
cam-
pagnard,en
pleinelignede
feu.
n
était
officier,elle
était
postière,
et
celafaisait
plusdequatre
ansqu'ils
se
donnaientmutuellementdu
plaisir.
L'enfant
ni
pré-
vu
ni
souhaité.Ilsseront
désor-
maistenus
de
se
marier
et
de
vivreensemble.
Quipaiera
les
pots
cas-sés
?
Le
jeune
Claude,
condamné
à
sept
ans
deprison
au
lycée
d'Angoulême.
L'omoier
et
la
postière
Voilàbien
un
titreàlaClaudeRoy.
En
formed'ai-mableprovocation
à
Pascal,
en
dépit
deMontaigne
et
deJean-Jacques,
en
dépit
detousceuxquisesont
fait
un
nom
en
littérature
parconfes-sions,autobiographies
et
jour-nauxintimes.Mais
c'est
aussiunefaçond'annoncerlacou-leur.Et,
en
fin
decompte,
il
yalàmoins
de
désinvolture
qu'il
n'yparaît.
Si
«
le
«
Moi
je
»
n'est
paspoli
»,
Claude
Roy,
il
est
«
par-
fois
utile
pour
apprendreenfin
à
dire
nous.
Ce
que
cet
«
essai
d'autobiographie
veutsurtoutmontrer
c'estle
passage
du
«
je
au
«
nous
ou
encore,
la
façon
dont
unjeune
hommequi
se
prend
pour
lecentre
du
monde
finit
par
insérer
sa«
petite
his-
toirepersonnelle
:.
dans
«
la
grande
liistoiredes
hommes
Nous
sommes
conviés
à
accompa-
gnerle
récitantdanslapremièreétapede
son
voyage.
1
laudeRoy
Moi
je
Gallimard,
éd.,
480
p.
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